Patricia Petibon inaugure le "Festival de Paris" le 9 juin à la Tour Eiffel

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Classique de Culturebox
Mis à jour le 05/06/2017 à 17H40, publié le 05/06/2017 à 16H37
Patricia Petibon le 31 mai 2017.

Patricia Petibon le 31 mai 2017.

© Lorenzo Ciavarini Azzi/Culturebox

Anciennement Festival Mezzo, le "Festival de Paris" de musique classique entame sa 3e saison : jusqu’au 29 juin, des récitals romantiques, baroques ou de mélodie française investissent la capitale hors des circuits habituels, du Musée de la vie romantique à la Sainte-Chapelle. Première étape à la Tour Eiffel, vendredi 9 juin, avec Patricia Petibon. Rencontre et explications.

Imaginé il y a deux ans par Michèle Reiser pour offrir aux Parisiens en musique classique une programmation et des interprètes de premier plan (stars et découvertes) à des prix très abordables, le Festival de Paris entame sa troisième saison dès vendredi prochain, le 9 juin.

A chaque lieu insolite de Paris sa programmation spécifique

La manifestation investit des lieux de la capitale rarement utilisés pour des concerts classiques, du « hors circuit » en quelque sorte, et fait correspondre à chaque lieu de patrimoine un répertoire particulier. Des Lieder (poèmes romantiques allemands) de Clara Schumann et de Strauss, ainsi que des œuvres de Debussy et de Ravel, interprétés par la soprano Regula Mühlemann auront un écrin idoine au Musée de la vie romantique.
Affiche Festival de Paris 2017 © Festival de Paris 2017
Chopin (interprété par David Fray) trouvera sa place dans la Salle des fêtes de la Mairie du 4e arrondissement construite en 1868 par un élève de Violet Le Duc. En écho à l’exposition Le Baroque des Lumières au Petit Palais, le chœur de chambre Les Cris de Paris s’adonnera à un répertoire baroque et Vivaldi sera interprété par le jeune contre-ténor britannique Tim Mead (avec l’ensemble Les Accents dirigés par Thibaud Noally) à la Sainte-Chapelle.

Patricia Petibon plus engagée que jamais

En ouverture du festival le 9 juin, Patricia Petibon chantera, accompagnée au piano par Susan Manoff, un répertoire français (mais pas uniquement) en hommage à Paris, depuis la Tour Eiffel. Nous avons retrouvé la très célèbre soprano colorature française il y a quelques jours à la Maison de la Radio. Comme à son accoutumé Patricia Petibon nous a répondu enthousiaste, drôle, poétique, un peu lunaire, profonde, engagée comme jamais.

Culturebox : Pendant le Festival de Paris, la musique classique sort de son cadre habituel (salles de concert, opéras…) pour investir d’autres lieux dans Paris, des lieux de patrimoine. Or on vous sait très attachée à la scène comme "réceptacle" de votre travail…
Patricia Petibon : Oui, mais ça c'est l'adaptation nécessaire du chanteur ! Il faut savoir adapter sa présence à chaque lieu, tout en faisant de cette présence quelque chose de pas enfermé, de volatile.

De "volatile" ?
Oui, la présence a plusieurs aspects, elle se déplace : la voix se déplace, la conscience se déplace aussi dans un lieu, c'est ça qui fait qu'on existe ou qu’on n’existe pas. Quand, dans le public, certaines personnes n'arrivent pas à comprendre pourquoi elles sont émues, c'est qu’on a réussi un chemin qui est ressenti mais qui n'est pas forcément compris. C’est ce lâcher-prise du chanteur, le fait de ne pas être en représentation, mais d’être plein dans le moment où on existe.

Et le lieu, ça change ?
Oui, ça change !

Que pourra apporter la Tour Eiffel par exemple ?
Ah, ce ne sera pas une acoustique de cathédrale ! La chose agréable, pour les spectateurs, c'est qu'ils vont être dans les bras de la Tour Eiffel. Ce lieu a un côté assez mystique : vous aurez remarqué, on a l'impression de pouvoir le toucher depuis un tas d’endroits de la capitale et puis, non, on s’aperçoit qu’il est loin. Et inversement, quand j'ai chanté en bas de la Tour Eiffel pour le 14 juillet l’année dernière, je croyais qu'elle était là derrière, mais de fait elle n'était pas là, elle était loin ! Vous voyez, il y a plusieurs points de vue visuels de la Tour Eiffel et pour la voix, c'est la même chose : il y a plusieurs placements dans l'espace et plusieurs strates d'émotion.

Comment avez-vous pensé votre récital ?
A la Tour Eiffel je vais me placer de manière à la fois naturelle, spontanée et symbolique. Il n’y a pas beaucoup de places assises, 200 à priori, ce sera comme si je chantais dans ma salle à manger !
Le "Voyage à Paris" de Francis Poulenc fera sûrement partie du récital du 9 juin à la Tour Eiffel.
Ce sera un voyage dans la musique française, de Poulenc à Satie, mais aussi dans la musique espagnole et puis il y aura… les recettes de cuisine de Berstein évidemment ! Ce sera un récital un peu à part, je raconte souvent les choses avec la pantomime, avec des absurdités, c'est très dadaïste, pas du tout cartésien, un peu surréaliste, dans un lieu qui l’est un peu aussi… Ce que j'aime de toute façon dans les récitals, c'est la proximité avec les gens. C'est de les balader ! On prend le bateau, on prend le cerf-volant, on va dans des lieux sonores un peu insolites, voilà, c'est une joie ! On ne doit pas être là pour s'ennuyer, ni pour prouver, on ne se prend pas au sérieux, on est là pour partager !

Qu’est-ce qui vous pousse à vous engager dans ce festival avec autant de passion ?
Il y a une histoire de fidélité, d'amitié aux "Grandes voix" (ce cycle de concerts dont la directrice artistique est Frédérique Gerbelle, la même qui programme le Festival de Paris avec Michèle Reiser, NDLR). Et puis on m'a parlé de la Tour Effeil… Mais de toute façon, quel que soit le lieu, au fin fond de la France ou sur de grandes scènes internationales (et je suis allée dans des lieux cultes) ce qui m'importe, c'est d'être présente au moment présent, c’est d'être vivante, pas dans un musée !

Etre vivante ?
Oui ! Moi je suis toujours dans l'expérimentation, j'apprends de chaque public, de chaque culture, de chaque salle, et je ne mets aucune hiérarchie, je prends les choses comme si je devais à chaque fois chanter au Musikverein de Vienne ! Vous savez, beaucoup de jeunes, notamment ceux qui viennent des banlieues et de différentes cultures, qui n'ont pas facilement accès aux salles (aussi parce qu'ils se disent que ce n'est pas pour eux), quand ils peuvent assister à un concert, sont subjugués par la beauté et transcendés par le contact avec le réel, avec l’orchestre ! Tout d'un coup ils ont un intérêt, et leur mode de pensée change aussi. Je crois qu'il faut permettre à la jeunesse d'entrer dans des lieux qui sembleraient des musées... Mais non, ils sont vivants ! C'est important parce que ce sont les nouvelles générations qui vont transmettre notre patrimoine et de toute façon le patrimoine ne restera jamais tel quel, il évolue, c'est comme le squelette, il évolue aussi.

Vous êtes, vous musiciens, comme investis d’une nouvelle responsabilité, celle d’ouvrir toujours plus les portes du concert classique.
On est bien d'accord ! Mais c’est plus large que ça, c'est tout un ensemble de choses... Le monde a changé, et pas en bien, parce qu'il manque terriblement d'empathie. De grands scientifiques comme Hubert Reeves, des hommes comme Nicolas Hulot, ont des discours remarquables sur l'individu. Je parle d'écologie, je parle d'humanité, on est dans un monde compliqué où on efface l'individu, on efface la singularité. Or l’individu passe par l'éducation et la culture, indispensables à une ouverture sur le monde et sur l’autre. Comme le reste, les concerts ne sont pas là seulement pour faire joli, le côté artificiel ne compte pas, c’est le côté humaniste qui doit l’emporter, parce que les jeunes, enveloppés dans la virtualité, ont besoin d'être rassurés.