Les "Danses" virtuoses de Benjamin Grosvenor, star classique "made in Britain"

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Classique de Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 17/09/2014 à 20H12
Benjamin Grosvenor, pianiste britannique, en 2014 © Decca/Sophie Wright

Troisième disque, déjà, de l'ancien "enfant prodige" de la scène classique anglaise, le pianiste Benjamin Grosvenor, aujourd'hui âgé de 22 ans. "Dances" (chez Decca) convoque, sur trois siècles, des musiques inspirées des danses, depuis l'époque baroque jusqu'au XXe siècle : suites françaises, mazurkas, valses, tangos et boogie-woogie ! La virtuosité au service de la fantaisie.

Dans un pays, la Grande Bretagne, où les "phénomènes" artistiques sont légion dans la pop music, Benjamin Grosvenor est l'une des rares étoiles venues du monde plus feutré du classique. Jeune prodige révélé il y a dix ans, en devenant le "BBC Young Musician" de l'année, catégorie piano, à seulement 12 ans, ce fils d'une professeure de piano a réussi le plus ardu : rester dans les rangs des années plus tard.
2003 : Benjamin Grosvenor joue pour le "BBC Young Musician of the Year", catégorie piano, finale.
En 2011, l'année même où il joue à la soirée d'ouverture des BBC Proms, Benjamin Grosvenor gagne une autre distinction : il est le premier Britannique depuis plus d'un demi siècle à signer pour le prestigieux label Decca. Son premier disque est consacré à Chopin, Liszt et Ravel (2012), le suivant, "Rhapsody in blue", à Saint-Saëns, Ravel et Gershwin (2013). Un tel parcours éclair, ou l'appellation de "génie" qui lui est souvent accolée peuvent être lourds à porter : "C'est vrai qu'il y a de la pression et des attentes. J'essaie, malgré cela, de maintenir mon cap avec pour seul désir de progresser. Et dans ma vie quotidienne, de me préserver des moments avec des amis ou en famille", nous explique l'artiste de 22 ans pas encore transformé par les récompenses et les succès internationaux.

Les danses comme fil rouge, des partitas de Bach au Boogie-Woogie…

Sort ces jours-ci le troisième disque de Benjamin Grosvenor, "Dances", qui reprend le programme de son récital au Queen Elizabeth Hall de 2012. "Je conçois mes disques par thèmes", dit-il : "cette fois, j'ai choisi les danses comme fil rouge, car je me suis inspiré d'une lettre du compositeur italien de la fin du XIXe, Ferruccio Busoni, qui les conseillait à un élève comme thème de concert. Il y avait des compositions originales et des transcriptions, nous sommes partis de là et avons élargi évidemment considérablement le répertoire.
Au total, cela fait beaucoup de compositeurs, il a fallu donc faire tenir ensemble un répertoire vaste et surtout hétéroclite : depuis les "Partitas" de Bach – qui sont des danses françaises très variées, avec des parties tragiques et des parties plus "charmantes" - jusqu'au "Boogie-Woogie" de Morton Gould ! Mais j'ai voulu aussi du Scriabine des débuts, les œuvres également de jeunesse de Granados et – évidemment – Chopin !"
C'est un vrai plaisir de parcourir ce voyage aux couleurs si différentes : léger et subtil, majestueux et noble, tendre et poétique, rythmé et capricieux… Le programme fait se côtoyer des œuvres célèbres, comme les deux (si différentes) "Polonaises" de Chopin, ou l'incroyable transcription du "Beau Danube bleu", de Strauss, signée Adolf Schulz-Evler et dont Benjamin Grosvenor montre la grande virtuosité ; et, à découvrir, des pièces plus rares, comme la version de Leopold Godowsky du "Tango" d'Albeniz ou méconnues, comme les "Dix Mazurkas" de Scriabine, œuvres réalisées par le compositeur russe quand il était encore étudiant. 
Disque "Dances" du pianiste Benjamin Grosvenor © Decca
"J'ai enregistré ce disque pour jouer l'ensemble de ces pièces, car je les aime toutes. Mais il est vrai aussi que je ne travaillais plus certains répertoires depuis longtemps, c'est le cas de Bach auquel je ne m'étais plus confronté depuis mes 17 ans, avant ce récital de 2012. C'était donc important".
Technicité et imagination 

Ce disque est à l'image de la carrière de Benjamin Grosvenor jusqu'à présent. Si la profession a loué dès ses débuts sa technique de jeu et sa virtuosité digitale, c'est par sa sensibilité et sa poésie qu'il séduit. "Dans les limites d'un cadre d'interprétation que je me suis fixé, je m'autorise des libertés", dit le pianiste. Il appelle cela "des options", comme ces rubatos (variations de vitesse) ici et là que l'on perçoit particulièrement dans les Chopin de cet enregistrement. Il est également partisan d'une tradition ancienne - "propre notamment à Vladimir Horowitz", dit-il – qui consiste à décaler légèrement le jeu de la main droite de celui de la main gauche pour en valoriser le rythme. Pour le reste, ses règles d'interprétation tiennent en peu de mots : "Une lecture attentive de la partition, mais également de ce qu'il y a entre les portées, pour essayer de comprendre au mieux l'intention du compositeur. Et pour cela, se fier à l'instinct".