Le pianiste Fazil Say définitivement acquitté par la justice turque

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 07/09/2016 à 15H40
Le pianiste turc Fazil Say a Paris pour la remise du Prix 2015 de la laïcité

Le pianiste turc Fazil Say a Paris pour la remise du Prix 2015 de la laïcité

© IBO / SIPA

Le célèbre pianiste turc Fazil Say, accusé d'insulte à l'encontre des valeurs religieuses, a finalement été acquitté mercredi par un tribunal turc qui met fin à une saga judiciaire de plusieurs années qui a soulevé des inquiétudes pour la libre expression dans le pays.

Fazil Say, 45 ans, pianiste virtuose de renommée mondiale, avait été condamné en 2013 à dix mois de prison avec sursis pour une série de commentaires sur Twitter jugés "injurieux envers les valeurs religieuses". Cette peine avait été confirmée en appel la même année avant d'être annulée en octobre 2015, au nom du droit à la libre expression, par la Cour suprême d'appel qui a renvoyé le procès devant le tribunal d'Istanbul qui l'avait condamné en première instance.

Le jugement est définitif

Ce tribunal a confirmé mercredi la décision de la Cour suprême d'appel en acquittant Fazil Say, rapporte l'agence progouvernementale Anadolu. Ce jugement est définitif.
 
Athée revendiqué et critique du gouvernement islamo-conservateur au pouvoir depuis 14 ans dans son pays, Fazil Say s'était livré à une série de commentaires mettant en doute l'image répandue du paradis chez les musulmans croyants.
 
"Vous dites que des flots de vin coulent au paradis. Est-ce que le paradis est une taverne ?" ou "vous dites qu'il y a au paradis deux houris (femmes vierges) pour chaque croyant. Est-ce que le paradis est un bordel ?", avait-il  écrit en citant des vers d'Omar Khayyam, grand poète persan du XIe siècle.

La condamnation avait été très critiquée

Dans une apparente pique aux islamo-conservateurs au pouvoir, il avait aussi écrit que "tous les cons, la pègre, les bouffons et les voleurs sont aussi des Allahistes. Est-ce un paradoxe?".
 
Dans sa plaidoirie mercredi, l'avocate de Fazil Say, Meltem Akyol, a affirmé que son client n'avait fait que partager ses opinions.
 
"Mon client n'a pas écrit d'article ni diffusé de film. Il a partagé ses opinions et retweeté des opinions critiques. Le fait que ce procès ait eu lieu, c'est ça l'insulte", a dit l'avocate, citée par l'agence Dogan.
 
La condamnation de Fazil Say avait suscité de nombreuses critiques contre l'actuel régime turc, accusé par ses détracteurs de dérive autoritaire et islamiste.