La mairie d'Orange renonce à la présidence des Chorégies et annonce une élection

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 15/03/2016 à 10H35
" Nabucco" de Verdi aux Chorégies d'Orange (8 juillet 2014)

" Nabucco" de Verdi aux Chorégies d'Orange (8 juillet 2014)

© Franck Pennant / AFP

Un nouveau président des Chorégies va être élu, a annoncé l'adjointe au maire d'Orange Jacques Bompard (Ligue du Sud, extrême droite), tentant ainsi de désamorcer un conflit périlleux pour le festival, qui risquait de perdre ses subventions après la démission de son président.

Dans un courriel à son conseil d'administration, parvenu à l'AFP, Marie-Thérèse Galmard, adjointe à la vie sociale de la municipalité d'extrême droite, "confirme que cette élection se tiendra dans un délai raisonnable et en tout état de cause dans les toutes prochaines semaines", tout en regrettant "que des considérations politiques viennent compromettre l'image de notre festival".
 
Elle lève ainsi le doute suscité par les déclarations de Jacques  Bompard, selon qui "la présidente actuelle par intérim est présidente de droit jusqu'à la fin du mandat" en 2018. C'est elle qui était présidente par intérim des Chorégies depuis la démission de Thierry Mariani le 19 janvier.

Quant au maire, il a assuré mardi vouloir sortir "par le haut" de la crise, dénonçant au passage "les pressions de l'Etat et de la région" et le "sectarisme bolchévique" et le "mépris total de l'art lyrique" de la ministre de la Culture Audrey Azoulay.
 
Le directeur du festival lyrique le plus populaire et le plus ancien de France (1869), Raymond Duffaut, avait également donné sa démission vendredi, jugeant impossible la cohabitation avec la nouvelle présidente.

Les subventions risquaient d'être retirées

Dimanche, la ministre de la Culture et le président Les Républicains de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur Christian Estrosi avaient envisagé le retrait de leurs subventions si les règles de gouvernance n'étaient pas respectées.
 
Le ministère a aussitôt réagi : "C'est un premier pas dans la bonne direction", a-t-il dit. "Il faut que le conseil d'administration se réunisse au plus vite pour que les choses reprennent un cours normal", poursuit l'entourage de la ministre, qui se déclare "vigilant".
 
L'affaire remonte à janvier, lorsque le député Thierry Mariani avait annoncé sa démission de la présidence du festival qu'il assumait depuis 20 ans.
 
Selon les statuts de l'association, il revenait à Marie-Thérèse Galmard, adjointe à la vie sociale à la mairie d'extrême droite, d'assurer l'intérim de la présidence, avant que le conseil d'administration n'élise un nouveau président.

Un conflit ancien entre la mairie et le festival

L'interprétation faite par Jacques Bompard, selon laquelle l'élection pouvait ne pas être organisée avant la fin du mandat de Thierry Mariani en 2018, avait mis le feu aux poudres.
 
En promettant cette élection "dans un délai raisonnable et en tout état de cause dans les toutes prochaines semaines", Marie-Thérèse Galmard tente manifestement d'éteindre l'incendie.
 
Elle "déplore que notre association, son personnel et ses adhérents soient de nouveau les otages d'une querelle politique vieille de plus de 20 ans". Les relations entre le festival et la mairie se sont en effet tendues lors de l'élection en 1995 de Jacques Bompard.
 
Le nouveau maire s'était présenté à la présidence de l'association du festival. Il n'avait pas été élu et avait suspendu sa contribution pendant trois années, dont une seule avait été compensée par l'Etat, ce qui représentait une perte de quelque 456.000 euros. Le climat s'était ensuite apaisé, mais le festival a dû composer avec des finances fragilisées et une stagnation de ses subventions publiques depuis 20 ans.

Un équilibre financier qui dépend du succès de la billetterie

Deux épisodes ont aggravé le déficit : l'annulation en 2013 d'un récital du ténor français vedette Roberto Alagna (500.000 euros de perte) et la faible fréquentation du "Vaisseau fantôme" de Wagner la même année.
 
Les Chorégies  d'Orange, avec la jauge gigantesque de leur théâtre antique (8.300 places) et une part de subvention inférieure à 20% du budget, dépendent du succès de la billetterie et des ouvrages les plus populaires.
 
Le déficit du festival est passé de 1,3 million d'euros à 1,1 million  d'euros grâce à une bonne année 2015 (200.000 euros d'excédent, avec trois représentations de "Carmen").

Un conflit qui pourrait inquiéter les mécènes

Un conflit politique pourrait compromettre le rétablissement du festival et inquiéter le mécénat. Le festival a recueilli l'an dernier 285.000 euros de mécénat, soit autant que la subvention de l'Etat (287.000 euros, la région versant pour sa part 197.000 euros, le département 210.000 euros et la ville 152.000 euros).
 
Raymond Duffaut, qui plaide depuis des années pour l'augmentation de la subvention publique, a jeté l'éponge notamment parce que Marie-Thérèse Galmard lui avait retiré sa délégation de signature.
 
"La confiance n'exclut pas le contrôle", dit la présidente par intérim.  Elle va demander au successeur désigné de Raymond Duffaut, Jean-Louis Grinda  (directeur de l'Opéra de Monte-Carlo), d'avancer sa prise de fonction, prévue initialement en septembre 2017.