Du 15 au 18 juillet, découvrez chaque soir à 21h30 un concert de baroque dirigé par Jordi Savall en direct de Fontfroide
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Le festival Musique et Histoire de Fontfroide propose une soirée de « Dialogues instrumentaux & Réunion des Goûts » entièrement dédiée au génie de J. S. Bach.

Nous entendrons les différents instruments solistes dialoguer alternativement avec l'orchestre ; le clavecin dans l’un de ses plus beaux concertos (BWV 1052), la flûte traversière dans l’incomparable suite no 2 en si mineur (BWV 1067), les deux violons dans l’un des concertos (BWV 1043) les plus inspirés de cette époque pour ces instruments et orchestre, composé entre 1717 et 1723 à Köthen, et enfin, la magnifique 1ère Ouverture/suite en Do majeur (BWV1066) pour 2 hautbois et basson concertants et orchestre. Ces quatre Ouvertures ou Suites apportaient aux cours allemandes l’aura et le charme de la cour française de Versailles, renouvelés et magnifiés par le génie incomparable d’un des plus grands musiciens de tous les temps.

Aujourd’hui encore, l’image de Bach reste pour beaucoup celle, aux traits épais, de ce vieil homme bien nourri et légèrement couperosé que le portraitiste officiel de la ville de Leipzig a représenté sous la perruque blanche et dans le noir habit du cantor. Confit en dévotion luthérienne, on le voit parcourir d’une démarche puissante les trente pas qui séparent son logis, dans l’école st Thomas, du porche gothique de l’église où, dimanche après dimanche, année après année, il va venir faire entendre cantates, motets et pièces d’orgue, à la plus grande gloire de Dieu. Il est vrai que l’importance en quantité comme en qualité de son oeuvre sacrée tend à privilégier cette image de musicien religieux. Mais enfermer Bach en ce domaine, si vaste soit-il, serait réduire une personnalité beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît, limiter même la juste perception de cette oeuvre sacrée. Les oeuvres pour clavecin, pour instruments solistes, les partitions de musique de chambre témoignent du versant « profane » de sa production ; elles renvoient à l’homme intime, au petit cercle domestique de la famille et des amis, des élèves et des collègues.
Dans la toute petite principauté d’Anhalt-Coethen, de 1717 à 1723, la charge lui incombe d’un orchestre, une « chapelle » qui, en nombre comme en talent, en eût remontré à bien des cours illustres ; il joue avec le gambiste Abel ou le violoncelliste Linigke, fréquente le violoniste Pisendel : à Mietke, il achète un clavecin, acquiert des violons de Stainer. Peu après, en poste à Leipzig, et passées les cinq années consacrées à la constitution d’un fonds de répertoire pour St Thomas, le voilà, assumant pleinement ses responsabilités de Director Musices, prenant en mains un Collegium musicum, l’un des deux orchestres de la ville, celui-là même qu’au début du siècle avait fondé le tout jeune Telemann.
On n’a pas retrouvé de manuscrit autographe des quatre Suites aujourd’hui connues de Bach. Tout laisse à penser d’ailleurs que le musicien a pu en écrire d’autres. A l’inverse des six « Concertos Brandebourgeois », elles ne constituent pas un ensemble cohérent, cycle ou recueil voulu comme tel par l’auteur. Composées isolément, pour les besoins de la cause, elles ont vu le jour en l’espace d’une demie douzaine d’années, pour des circonstances différentes, sans que l’on puisse les dater avec précision : fin des années de Coethen, début des années de Leipzig, avec des reprises ultérieures. Le terme même de Suite, généralement employé (et non sans raisons) de nos jours, ne l’était pas au XVIIIe siècle, où l’on parlait d’Ouverture. L’ouverture proprement dite constituait l’introduction, amplement développée, d’un ensemble de pièces plus brèves groupées en suite de danses, ensemble que, selon la figure de rhétorique du pars pro toto, on désignait par le nom du premier morceau. L’époque était friande de ces
divertissements – le record du genre appartenant, une fois encore, à Telemann, avec quelque deux cents Ouvertures attestées... Musique d’apparat autant que de réjouissance, l’Ouverture ou Suite avait surtout pour les contemporains l’inestimable attrait de les mettre à la mode de Versailles. La francomanie faisait rage, en effet il n’était guère de principicule qui ne se veuille nouveau Louis XIV en ses états, et la fureur avait gagné jusqu’aux petits bourgeois qui singeaient, parfois jusqu’à la caricature involontaire, les manières françaises.

Le modèle de l’ouverture tripartite et des danses stylisées de Lully n’avait pas tardé à franchir les frontières ; passé outre-Rhin dès les années 1670, le genre s’en était répandu, connaissant une vogue foudroyante durant les trente premières années du XVIIIe siècle. Pour Bach, les modèles germaniques ne manquaient pas, et ses Suites s’inscrivent dans le droit fil d’une tradition qui répond à un goût affirmé du public, alliant le prestige de l’apparat des ouvertures à la simplicité bonhomme de danses familières : de la grandeur et du rythme, de la gaieté, des bonnes manières et une pointe d’émotion, tous les ingrédients s’y trouvaient réunis pour séduire un auditoire. Mais la Suite pour orchestre offrait aussi au musicien l’occasion d’emprunter à un art auquel il avait, dès son adolescence, voué une vive admiration, celui des Français, et de Lully en particulier. A la petite cour francophile de Celle, n’avait-il pas jadis rencontré, parmi les émigrés huguenots, le Kapellmeister français Philippe de la Vigne, ou le maître de ballet Thomas de la Selle, propre élève de Lully ? La structure même de ses Suites en sera le reflet.

En effet, les très nombreuses Suites alors destinées à des instruments solistes – chez Bach, le clavecin (Partitas, Suites anglaises et françaises), mais aussi le luth, le violon ou le violoncelle seuls – s’articulaient selon un schéma constant :quatre danses s’y succédaient, alternativement lentes et rapides – allemande, courante, sarabande et gigue – généralement précédées d’une introduction : ouverture, sinfonie ou autre prélude. Mais adoptant dans ses Suites pour orchestre une manière résolument française, Bach tient à se démarquer très nettement de ce schéma, commençant par bannir systématiquement l’allemande de la succession des danses et évitant tout stéréotype, il y déploie une fantaisie et une liberté déjouant les conventions. Mais l’effectif instrumental varie beaucoup d’une Suite à une autre.
Dans la Suite No. 2, le second volet grave de l’Ouverture n’est pas une reprise modifiée du premier, mais un épisode complètement nouveau et il s’y déploie le plus grand faste instrumental : tutti orchestral, écriture pleine. Léger, transparent dans la Suite No. 2, la seule en mode mineur, avec sa partie de flûte simplement soutenue par les cordes et le continuo, il évoque l’écriture d’un concerto pour flûte et cordes – il se peut, d’ailleurs, que cette suite ait été écrite à l’intention du fameux flûtiste français Buffardin, premier soliste à la cour de Dresde, que Bach connaissait bien. L’ordonnance générale de la Suite No. 2 est sans doute la plus originale des quatre. Après l’Ouverture se succèdent en effet un Rondeau en rythme de gavotte, une Sarabande, deux Bourrées, la deuxième « doucement » avant la reprise « alternativement » de la première, une Polonaise avec son Double dans lequel la flûte varie le motif principal entendu à la basse, un unique Menuet et, pour conclure, une Badinerie virtuose et gracieuse, hommage obligé à la France et à sa légendaire légèreté.
J.S. Bach a aussi écrit plusieurs concerti pour clavecin, cordes et basse continue et l’on peut considérer qu’à cet égard, il a été le précurseur du concerto pour clavier. Le concerto pourclavecin en ré mineur BWV 1052 provient peut-être d’une partition plus ancienne (et aujourd’hui perdue) et son thème a été repris pour des cantates ultérieures. Quant au concerto pour 2 violons et cordes en ré mineur BWV 1043, il est parfois connu sous le nom de Double concerto pour violons et l’on pense qu’il a été composé à Coethen entre 1717 et 1723. Il est particulièrement remarquable pour le dialogue expressif des deux violons et pour sa forme de fugue et son contrepoint.
Après son Ouverture à la française, la Suite No. 1 propose une Courante, deux Gavottes, la deuxième faisant appel aux cordes à l’unisson, comme pour suggérer un effet de fanfares en l’absence de trompettes, Suit une Forlane, danse originaire du Frioul et reprise en France, seule à apparaître dans les quatre Suites. Puis deux Menuets, deux Bourrées et deux Passepieds, trois danses également françaises. Les quatre couples de danses sont indiquées « alternativement », c’est-à-dire que la première est chaque fois reprise après l’exécution de la deuxième, ainsi que procèdera plus tard le troisième mouvement de la symphonie classique. On notera les jeux d’opposition du tutti avec le concertino constitué par les deux hautbois et le basson, là encore dans l’esprit de la suite française.

Gilles Cantagrel

Distribution

  • Date 18 juillet 2013
  • Durée 2h
  • Production Karl More Productions / Mezzo
  • Réalisation Benjamin Bleton
  • Compositeur Jean-Sébastien Bach
  • Chef d'orchestre Jordi Savall
  • Solistes Marc Hantaï, Pierre Hantaï, Manfredo Kraemer, Riccardo Minasi, Paolo Grazzi, Alessandro Pique & Le Concert des Nations
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