Etienne Vatelot, le luthier de Rostropovitch et Isaac Stern, est mort

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 13/07/2013 à 12H19
Le luthier Etienne Vatelot à l'inauguration de la Salle Pleyel à Paris, le 13 septembre 2006

Le luthier Etienne Vatelot à l'inauguration de la Salle Pleyel à Paris, le 13 septembre 2006

© Leemage/MAXPPP

Le luthier français Etienne Vatelot est mort dans la nuit de vendredi à samedi à son domicile de Neuilly-sur-Seine à l'âge de 87 ans, a annoncé une proche collaboratrice. De renommée internationale, il avait notamment travaillé sur les instruments de Yehudi Menuhin, Isaac Stern ou Mistlav Rostropovitch. Il était souvent proche des solistes pour qui il travaillait.

Soigneur attitré des instruments de grands solistes comme Yehudi Menuhin,  Arthur Grumiaux, Isaac Stern, Ivry Gitlis, Anne-Sophie Mutter, Maurice Gendron,  Yo Yo Ma et, surtout, son ami Mstislav Rostropovitch qu'il a cotoyé pendant  un demi-siècle. Son génie consistait à régler la sonorité des instruments en  fonction de la personnalité du musicien.

"Il a beaucoup apporté à notre métier mais aussi à la musique en général", selon un de ses fils spirituels, le luthier parisien Pierre Caradot,  qui évoque un homme très généreux.

Un homme généreux
Jean-Jacques Rampal (fils du flûtiste Jean-Pierre Rampal, aujourd'hui décédé), qui a repris voici 17 ans la maison Vatelot à Paris, louait lui aussi son grand coeur, notamment dans la transmission de son savoir, qu'il s'agisse d'expertise ou de restauration. "Il prêtait des instruments de très grande  valeur à des musisiens doués mais sans moyens, pour qu'ils aient toutes les chances de leur côté, pour un concours, un concert ou un enregistrement de disques", raconte-t-il.

Né à Provins (Seine-et-Marne) le 13 novembre 1925, Etienne Vatelot entre en apprentissage en 1942 dans l'atelier de son père, Marcel Vatelot. En 1949 il obtient le diplôme d'Honneur au Concours International de  Lutherie de La Haye.
 
Le luthier des grands solistes
A partir de 1950, il poursuit avec son père le développement de l'atelier et s'occupe plus particulièrement du réglage de sonorité des solistes internationaux tels que Yehudi Menuhin, Arthur Grumiaux, Isaac Stern, Mistlav Rostropovitch, Yo-Yo Ma, Ivry Gitlis, Lorin Maazel et Anne-Sophie Mutter.
 
En 1959, Etienne Vatelot prend officiellement la succession de son père et est nommé expert près la Cour d'Appel de Paris.
 
Etienne Vatelot à l'origine d'une école
En 1970, il créé l'Ecole de Lutherie française à Mirecourt (Vosges), ce qui va démocratiser la profession : "Quand j'ai créé l'école de Mirecourt, la lutherie en France était sinistrée, expliquait-il au Monde en 2004. Il ne restait qu'une trentaine de luthiers. J'ai lutté quatre ans auprès des pouvoirs publics avant qu'un documentaire sur le violon tourné en 1969 par Claude Santelli pour la  télévision nous sorte de l'impasse. Cela a provoqué un raz-de-marée et le  ministère de l'Education nationale s'est décidé à m'octroyer royalement 30.000  francs ! J'ai aussitôt cherché un professeur, recruté des élèves."
 
Officier dans l'Ordre du Mérite National, Commandeur dans l'Ordre des Arts et Lettres et Commandeur dans l'Ordre de la Légion d'Honneur, Etienne Vatelot a reçu tout au long de sa carrière de nombreuses distinctions dont les Palmes académiques.
 
Il avait créé la Fondation Marcel Vatelot afin de venir en aide aux jeunes luthiers et archetiers désireux de porter leur métier au plus haut niveau.

Auteur en deux volumes d'un livre sur les "archets français", il avait donné de nombreuses conférences dans le monde entier.