Dessine-moi un festival, une série de l'été : Pascal Escande à Annecy

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Classique de Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 25/08/2015 à 15H13
Pascal Escande dirige le "Annecy classic festival"

Pascal Escande dirige le "Annecy classic festival"

© Droits Réservés.

Ils sont chanteurs, chefs d'orchestre, producteurs, patrons de salle… ou simples mélomanes. Pour le plaisir de la musique, ils consacrent leur été à faire vivre un festival. Baroque ou romantique, Boulez ou Mozart. A la ville, dans les champs, ou en bord de mer, qu'est-ce qui fait que ça marche ou pas ? Rencontre, aujourd'hui, avec Pascal Escande, à la tête du "Annecy Classic Festival".

Musicien, musicologue et surtout grand mélomane, Pascal Escande découvre très jeune la programmation musicale, initié notamment par la pianiste Eliane Richepin, son enseignante et mentor. Dès 1981, les concerts qu'il organise dans l'église d'Auvers-sur-Oise (celle de Van Gogh…) prennent la forme d'un festival de musique de chambre régulier qui acquiert avec le temps une renommée internationale. Premier gros succès. Dix-sept ans plus tard, Eliane Richepin lui confie les clés de son Festival d'Annecy qu'il va transformer peu à peu. Deuxième gros succès : en 2010 avec le pianiste Denis Matsuev, il en fait le "Annecy Classic Festival", un festival classique de référence, alliant le symphonique, le récital, la musique de chambre, une académie instrumentale et un campus d’orchestre.

Qu'est-ce qui vous pousse à vous investir dans un festival ?
L'envie de partager mes coups de cœur, mes découvertes, tout simplement mon amour de la musique classique. Cette passion m'est venue il y a très longtemps déjà comme public de festival. C'était à Menton où je passais mes vacances : je n'en revenais pas de pouvoir écouter et côtoyer Rostropovitch ou Jessye Norman mais aussi les jeunes talents d'alors qu'étaient Krystian Zimerman ou Fazil Say ! C'est à Menton aussi que j'ai fait la rencontre d'Eliane Richepin, une pianiste de la génération de Marguerite Long, qui avait entre autres fondé le Centre Musical International d’Annecy (futur festival d'Annecy). Elle m'a mis le pied à l'étrier. Elle a été pour moi à la fois un déclic et l’aiguillon qui m’a décidé de faire du piano, le viatique de mon chemin de vie.  En 1998, alors que j’avais créé le Festival d’Auvers-sur-Oise depuis 17 ans, Eliane Richepin m'a demandé de reprendre sa création annécienne que j'ai transformé peu à peu, sans en changer l’esprit, en ce qu'il est aujourd'hui, le "Annecy Classic Festival".

Que faut-il pour attirer les artistes au festival ?
La réponse n'est pas la même selon qu'on parle du festival d'Auvers-sur-Oise que j’ai créé en 1981 ou de celui d'Annecy ! A Auvers, c'est beaucoup plus simple d’inviter de grands interprètes aujourd'hui qu’au tout début ! Auvers était connu dans le domaine de l’art grâce à Van Gogh qui y a peint plus de 80 toiles, mais il fallait bâtir une image professionnelle pour que les grands interprètes puissent venir y jouer ! A Annecy, c’est différent grâce aux possibilités offertes par un mécénat important, celui de la Fondation AVC Charity. Et la résidence qu'on a pu avoir d’un orchestre mythique comme le Philharmonique de Saint-Petersbourg, dirigé par son chef à vie, Youri Temirkanov, est un gage d’excellence pour les artistes. Ce sont eux qui sont plutôt demandeurs pour venir à Annecy ! Avec Denis Matsuev nous partageons la direction artistique depuis la renaissance du festival en 2010 en amitié et complicité.
L'Orchestre de Saint-Petersbourg en concert au festival.

L'Orchestre de Saint-Petersbourg en concert au festival.

© Yannick Perrin.

Quel est votre secret de fabrication pour que ça marche ?
La seule recette, c’est la passion chevillée au corps en gardant le même esprit d’aventure qu’au début. C'est elle qui permet de continuer à convaincre les financeurs institutionnels et privés, pierres angulaires du budget d’un festival. Car ne nous le cachons pas, les festivals ont le grand privilège en France – et cela fait partie aussi de l’exception culturelle française – d’être aidés et soutenus par l’Etat, les régions, les départements et les villes. Le mécénat est un « plus » permettant de conjuguer audace, risque, excellence et découvertes dans une programmation. Donc sans argent, point de festivals… Et il faut, pour que cela puisse perdurer,  que « l’humain » soit au cœur de l’aventure.  Prenons l’exemple du festival de Menton que je fréquentais à vingt ans. Si André Borocz a réussi à tenir son festival pendant plus de 50 ans, c’est qu’il en était l’âme : le public pouvait le croiser aussi bien sur son vélomoteur en train d’arpenter la ville que le soir en smoking pour essayer de trouver une place pour Martha Argerich ! Un festival qui marche et qui perdure, c’est un mariage réussi entre un lieu, un public, des artistes, des institutionnels et des mécènes et surtout coordonné par une âme musicale.

Et concernant le public du festival d'Annecy, quel est votre degré de satisfaction ?
Le public est là. Mais, toute proportion gardée, une légère comparaison avec Paris ou la région parisienne est toujours utile. L'offre de musique classique y est pléthorique, le public n'a qu'à regarder et choisir ou même transformer son choix. A Annecy c'est différent, il faut le rappeler. Donc le public est gourmand de musique au festival, parce qu'il n'y en a pas suffisamment en temps habituel ! Les Annéciens me le disent, c'est formidable que fin août il y ait une telle concentration de concerts car durant l'année, il faut plutôt aller à Genève, Lyon ou Chambéry. Même cette année où le festival est condensé sur une semaine, les réservations montrent bien que la demande est très forte, d'autant que le prix des places est abordable pour de tels concerts, en moyenne entre 20 et 30 euros. En retour, la programmation est là pour intéresser le public - qui doit se retrouver dans certaines œuvres - mais ne doit pas seulement "faire plaisir". La découverte est aussi essentielle. Dès l'année prochaine, par exemple, le festival il s'ouvre à la création. Et même cette année, il a démarré avec des œuvres peu données de Tchaïkovski et de Poulenc et se poursuit avec un "Quintette" de Taneïev rarement joué en France !

Pour terminer : un  souvenir de festival…
Parmi une quantité innombrable de souvenirs marquants, j'en choisis un  très récent : le récital de la jeune violoncelliste Anastasia Kobekina ! Pour moi, c’est la réincarnation de la violoncelliste Jacqueline Du Pré ! A 20 ans, Anastasia est « LA » violoncelliste que le monde musical va s’arracher très bientôt.

"Annecy classic festival"
Jusqu'au 30 août 2015