Claire Gibault, parcours d'une chef(fe) citoyenne

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Classique de Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 24/01/2014 à 14H06
Claire Gibault est à la tête du Paris Mozart Orchestra

Claire Gibault est à la tête du Paris Mozart Orchestra

© Elodie Grégoire

À la fois chef invitée de prestigieux orchestres et militante de la musique pour tous, Claire Gibault a créé le Paris Mozart Orchestra, avec lequel elle se produit samedi à la Salle Pleyel à Paris. Au programme : "Soudain dans la forêt profonde" de Fabio Vacchi, d'après le roman d'Amos Oz, avec Julie Sicard en récitante.

Claire Gibault rencontre les journalistes pour évoquer la saison musicale à venir. La chef d’orchestre ne peut s’empêcher, d’emblée, de l’évoquer, lui : Claudio Abbado, le maestro italien récemment disparu, le mentor et l’ami. Il est en photo, sur son téléphone portable. Et de rappeler sa force, son perfectionnisme et son ouverture aux autres.
Le Paris Mozart Orchestra

Le Paris Mozart Orchestra

© Amélie Baudry Tcherniak
De lui vient le nom du Paris Mozart Orchestra, petit frère français de l’Orchestre Mozart de Bologne, dont Claire Gibault fut l’adjointe. De son exemple surtout, l’esprit qui habite l’orchestre, un ensemble de 11 à 45 membres non permanents, de jeunes solistes ou chambristes issus de prestigieuses formations parisiennes (de l’Opéra Bastille notamment), « venus ici par attachement aux valeurs humaines et à la cohésion de l’ensemble », dit-elle fièrement. « Cette dernière passe par exemple, par l’homogénéité des talents qui permet d’éviter d’éventuelles frustrations. Ou encore par le principe d’autorité partagée, que je tiens d’Abbado, qui consiste à donner de la liberté et des responsabilités aux musiciens parce que le chef, lui, apporte sa vision globale. »

De l’Opéra de Lyon au Parlement européen

Claire Gibault connaît, pour les avoir vécues, les lourdeurs des grosses structures, les problèmes d’égos et la difficulté pour les femmes d’y faire carrière. Promise à un grand avenir à sa sortie de conservatoire en 1968, elle compose avec les moyens proposés. Ainsi, l’Opéra de Lyon lui offre ce que les hommes refusent de diriger et dont elle fera sa force : l’opérette, la musique contemporaine, et les formations de jeunes, l’Atelier lyrique et la Maîtrise de l’Opéra. Mais c’est surtout à l’étranger qu’elle fait ses armes de chef de premier plan, à Covent Garden, à l’Opéra de Washington, à Glyndebourne ou à la Scala.
Claire Gibault en concert
« C’était l’époque où je voulais, moi-même, faire carrière. » Elle en est revenue, la rencontre avec Abbado y a sans doute contribué. Et une réflexion politique a pris le pas, mûrie tout au long d’un parcours qui a vu Claire Gibault notamment siéger au Parlement européen (2004-2009) et actuellement encore, au Conseil économique, social et environnemental. 

Intervenir dans les cités

Aujourd’hui, le Paris Mozart Orchestra revendique une démarche sociale ou citoyenne, à la rencontre des publics éloignés de la musique : dans les prisons, les hôpitaux, les quartiers défavorisés. Par conviction, et par nécessité. « C’est une question de survie », clame sérieusement Claire Gibault ; « la moyenne d’âge du public dans les salles approche 65 ans ; à nous d’en former un nouveau, d’investir de nouveaux lieux et d’intervenir in situ dans les collèges et les lycées. »
Le Paris Mozart Orchestra (PMO) en concert dans une école

Le Paris Mozart Orchestra (PMO) en concert dans une école

Cet engagement ne signifie pas, pour elle, un renoncement sur le plan artistique. Mais elle choisit un répertoire qu’elle limite à deux grandes périodes : le classique et pré-romantique (en gros, de Mozart à Mendelssohn en passant par Beethoven et Schubert) et la musique contemporaine.

La création y est importante : Graciane Finzi, Silvia Colasanti (à qui le PMO vient de passer commande) et surtout Fabio Vacchi, complice de longue date de Claire Gibault. C’est en créant sa « Station Thermale » en 1995 qu’elle a dirigé pour la première fois l’orchestre de la Scala – c’était d’ailleurs la première femme à ce poste. Fabio Vacchi est au programme du concert de samedi à la salle Pleyel, « Soudain dans la forêt profonde », un « mélologue », spécialement conçu pour le jeune public, associant musique et littérature, ici d’après le roman de l’Israélien Amos Oz, réflexion sur la discrimination chez les mineurs.
Samedi 25 janvier 2014 – 11h Salle Pleyel (Paris)
Soudain dans la forêt profonde. Conte pour adultes et enfants
Musique de Fabio Vacchi
Texte de Amos Oz – Traduction Sylvie Cohen
Paris Mozart Orchestra
Claire Gibault, direction
Julie Sicard, récitante