"Beyond the piano" : quand le classique rencontre l'électro

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Classique de Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 25/01/2014 à 09H33
Le trio Aufgang se produit au festival "Beyond my piano" avec Brandt Brauer Frick

Le trio Aufgang se produit au festival "Beyond my piano" avec Brandt Brauer Frick

© Samuel Kirszenbaum

Un (petit) festival rien que pour cela : du piano, au-delà de tous les genres musicaux, mais avec de grands interprètes - parmi lesquels le luxembourgeois Francesco Tristano, et une bonne dose d'électronique. Première édition, cette année, de "Beyond my piano", au Théâtre des Bouffes du Nord, à Paris, les 26 et 27 janvier prochains.

L’organisateur du festival, Joachim Olaya, s’en défend : non, "Beyond my piano" n’est pas à proprement parler une rencontre de la musique classique et de l’électro, même si la programmation – qui inclut notamment Francesco Tristano ou le duo inédit de Vanessa Wagner (classique) et Murcof (musicien électronique), propose un métissage des genres. « Mon souhait, avec "Beyond my piano", a été d’inviter des artistes qui s’affranchissent des cadres musicaux et qui peuvent travailler sur des projets transgenres, hybrides, ou en tout cas assez singuliers », explique Joachim Olaya. 
Brandt Brauer Frick

Brandt Brauer Frick

© Nico Stinghe & Park Bennett
Le point de départ est le piano, instrument à la fois historique et avant-gardiste, « fini » et promis à être « augmenté » par une technologie complexe qui est aussi au cœur du projet. Amplification exigeante, traitements informatiques en temps réel, synthétiseurs, offrent des sonorités particulières et évoquent ce que Joachim Olaya appelle « l’à côté du piano ». Mais si "Beyond my piano" offre une part non négligeable à l’électronique, les artistes invités se nourrissent tous d’influences diverses : le jazz évidemment chez Bojan Z, mais aussi le rock et la mélodies des Balkans.
Et la musique classique dans « Aufgang », trio d’instrumentistes (deux pianistes et un batteur) sortis des meilleurs conservatoires mais désireux d’expérimentations techno, et chez les Berlinois de « Brandt Brauer Frick ». Avec une base instrumentale empruntée au classique et une régularité mécanique et rythmique, ce trio invente une « techno acoustique » étonnante.
Enfin, Francesco Tristano est à lui seul, et malgré lui, le porte-drapeau de ces pianistes « transgenres » tant son implication dans les différentes formes musicales est importante. Personnalité atypique du piano, il est issu de la prestigieuse Julliard School de New-York et de divers conservatoires européens pour le classique, le jazz et la musique contemporaine. Mais pour lui les classifications de genre n’ont plus de sens, surtout depuis sa découverte de la musique électronique il y a une dizaine d’années : « qu’est-ce que la musique classique ? » demande-t-il avec honnêteté. «  Doit-on concevoir un récital de piano comme l’avait imaginé Liszt il y a près de 150 ans ? On peut certes faire la distinction entre la musique acoustique et les sons électroniques, mais a-t-elle une signification ? Je préfère concevoir la musique autrement, en partant de mon intérêt pour les musiques contemporaines ; écrites, populaires, savantes, acoustiques… Mon bagage culturel me permets également d’aborder un répertoire ancien, pourquoi pas une Partita de Bach, en l’incluant dans un programme actuel ». 
C’est d’ailleurs ce que devrait faire Francesco Tristano dans le cadre de "Beyond my piano", dans lequel le pianiste interviendra seul, mais aussi dans la formation « Aufgang » qu’il a participé à créer. Le conditionnel s’impose, le festival a prévu de ne présenter le programme définitif des concerts qu’au dernier moment. « Rien que cela », conclut Tristano, « ce n’est pas classique ! »

« Beyond my piano » les 26 et 27 janvier
au Théâtre des Bouffes du Nord, Paris