Ambronay 2017 : Julien Chauvin et son Concert de la Loge adoubés par le festival

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Classique de Culturebox
Mis à jour le 23/09/2017 à 18H40, publié le 23/09/2017 à 12H37
Julien Chauvin dans le cloître d'Ambronay le 22 septembre 2017.

Julien Chauvin dans le cloître d'Ambronay le 22 septembre 2017.

© Lorenzo Ciavarini Azzi / Culturebox

En plus de 35 ans, le Festival d’Ambronay a vu s’agrandir la famille du baroque et de la musique ancienne. Parmi ses pépites, le violoniste et chef Julien Chauvin, découvert dans de précédentes éditions. Il fait son retour avec la soprano star Karina Gauvin et ses musiciens du Concert de la Loge, un ensemble qui monte, qui monte… Culturebox vous raconte et vous fait vivre le concert en live.

Il a beau être l’un parmi les nombreux musiciens que l’on croise ici et là dans l’enceinte d’Ambronay, étui de l’instrument sous le bras, Julien Chauvin est reconnaissable entre tous : catogan impeccable, petite barbe taillée en bouc, veste élégante et chaussures en daim rouges. Une touche résolument dandy. Et un sourire frais et spontané omniprésent, signe sans doute que le musicien goûte à son chemin avec enthousiasme et gourmandise.

Un lien artistes-public très fort à Ambronay 

Julien Chauvin est de retour à Ambronay, qu’il a découvert jadis comme violoniste dans la formation de Jean-Christophe Spinosi, puis fréquenté, plus récemment, avec un autre ensemble, le Cercle de l’Harmonie qu’il co-dirigeait avec le chef Jérémie Rohrer. Cette fois, sa casquette est celle de fondateur et chef d’une autre formation encore, qui a le vent en poupe, le Concert de la Loge, créé il y a deux ans. Son passage par Ambronay, festival parmi les plus réputés de musique ancienne (et baroque en particulier), est une étape de taille. "Ce qui est excitant d’abord ici, c’est qu’on y donne avec la soprano Karina Gauvin un spectacle en création, autour de la folie baroque", explique le musicien que nous rencontrons dans le cloître de l'Abbaye peu avant le début des répétitions.
Pendant les répétitions à l'Abbatiale, sous l'oeil des caméras de Culturebox qui diffuse le concert en Live. 

Pendant les répétitions à l'Abbatiale, sous l'oeil des caméras de Culturebox qui diffuse le concert en Live. 

© Lorenzo Ciavarini Azzi / Culturebox
"Notre état d’esprit est donc d’arriver très préparés pour faire découvrir un programme qu’on a conçu expressément pour le festival. Ensuite, Ambronay, c’est une très grande notoriété, c’est un passé, et le public y est extrêmement exigeant, très connaisseur. C’est une des choses qu’on apprend la première fois qu’on vient, c’est un lien, artistes-public, qui n’existe pas partout." S’approchant de l’Abbatiale où se déroule le concert quelques heures plus tard, Julien Chauvin voit avec les techniciens quelques détails de réglage de la scène. "Voilà justement un aspect qui montre cette donnée importante qu’est le respect du public : il faut être le plus proche possible des spectateurs qui sont devant, derrière et sur les côtés."

L’esprit du Concert de la Loge Olympique retrouvé

Vingt ans déjà que Julien Chauvin, lauréat notamment du Concours de musique ancienne de Bruges, roule sa bosse d’abord comme violoniste dans de prestigieuses formations comme Concerto Köln, Les Musiciens du Louvre ou le Concert d’Astrée ou en compagnie d’interprètes comme Alain Planès, Bertrand Chamayou ou Renaud Capuçon, ensuite comme chef. Son univers, la musique baroque certes, mais vraiment pas que cela : le répertoire romantique y a aussi de l’importance, sans parler du XXe siècle, où Chauvin nourrit une étroite collaboration avec Steve Reich, Thierry Escaich ou Philippe Hersant. Son dernier disque, le deuxième avec Le Concert de la Loge qui sort ces jours-ci chez Aparté, est consacré à Haydn.

En 2015, se séparant du Cercle de l’Harmonie, Julien Chauvin a fondé un nouvel ensemble sur instruments anciens en référence à une formation historique, Le Concert de la Loge Olympique, créé en 1783. On passera sur les vicissitudes qui ont contraint le musicien à abandonner le mot "olympique" suite à un conflit juridique – ubuesque et ridicule – avec le Comité olympique français. En perpétuant ce nom (ou en tentant de le faire), Julien Chauvin rend hommage d’un côté à la richesse artistique d’un orchestre parmi les plus réputés d’Europe, qui passa même commande de six symphonies à Haydn, et de l’autre aux valeurs d’harmonie sociale et d’égalité par le mérite, à l’époque véhiculées par la franc-maçonnerie à laquelle adhérait une grande majorité de musiciens. D’où la référence à "la Loge" dans le nom d’origine. Le rôle "citoyen" du Concert de la Loge aujourd’hui à Paris, avec le désir d’amener la musique là où elle n’est pas évidente et notamment en milieu scolaire dans les zones dites prioritaires, fait intégralement partie de l’esprit de l’ensemble.

"Le violon déjà dit beaucoup de choses"

À Ambronay, l’esprit de l’ensemble tient en un mot : l’enthousiasme. Avec la vingtaine de musiciens - d’une quinzaine de nationalités différentes - qu’il connaît depuis souvent plus de dix ans, Julien Chauvin ne fait qu’un. En répétition, dans l’Abbatiale, l’entente est visible à œil nu, comme la rigueur préalable. "Évidemment il y a l’exigence, évidemment il y a de la recherche, on fait de l’histoire et de la musicologie, on fait des disques… Mais ce qui compte c’est qu’on est sur scène et, simplement, on (se) fait plaisir", dit Julien Chauvin. "L’enthousiasme est communicatif. On est sur cette terre pas très longtemps et on doit absolument en profiter et surtout faire que chaque moment sur scène soit jubilatoire et que les gens ressortent avec plus de sourire et de bienveillance qu’avant le concert."
Julien Chauvin, violoniste et chef d'orchestre en répétition à l'Abbatiale d'Ambronay.

Julien Chauvin, violoniste et chef d'orchestre en répétition à l'Abbatiale d'Ambronay.

© Lorenzo Ciavarini Azzi / Culturebox

Les répétions vont bon train. Seul avec ses musiciens, puis avec la soprano Karina Gauvin, Julien Chauvin y règle les derniers détails. Sur ses souliers rouges, il ne cesse de sautiller et se laisse porter par la musique. Il est placé face à ses musiciens mais au milieu d’eux quand même. Ici, à Ambronay il dirige au violon."Le violon déjà dit beaucoup de choses", confie-t-il. "Il parle. Les musiciens comme d’ailleurs les chanteurs, se sentent libres. Je n’ai rien contre la notion de chef, mais parfois, dans certaines musiques, et surtout la musique baroque, il faut arriver à s’effacer pour laisser le champ à l’instrument." Mais parfois Julien Chauvin dirige sans violon. "Mais pas non plus à la baguette. Et si je le fais, c’est pour insuffler aux musiciens plus facilement confiance, joie et émotion. En tout cas pas pour les mener à la baguette", ajoute-t-il en riant.

"Mise en oreilles"

L’heure du concert approche, mais Julien Chauvin sacrifie d’abord à une tradition d’Ambronay, la "mise en oreilles" offerte au public, Salle Monteverdi, dans l’enceinte de l’Abbaye, à quelques pas du cloître. Une demi-heure de rencontre, animée par une étudiante du Conservatoire de Lyon, Lisa Nannucci.
La "mise en oreilles" avec Julien Chauvin à Ambronay.

La "mise en oreilles" avec Julien Chauvin à Ambronay.

© Lorenzo Ciavarini Azzi / Culturebox
Une première découverte du programme du concert. Et plus que cela : les questions, à dessein, sont d’ordre musicologique et historique. Chauvin y dévoile notamment les origines de la direction d’orchestre et les rapports entre musique et franc-maçonnerie au XVIIIe siècle. Ou encore il explique que dans le programme du soir, chez Haendel la mort est suggérée par la flûte, alors que chez Graupner, un contemporain, les trompettes de la mort sont écrites… au hautbois. Pointu ? Détrompez-vous. Les gens d’ici, vrais passionnés, apprécient. Le sourire de Julien Chauvin, et sa pédagogie enthousiaste y sont sans doute pour beaucoup…