"Manifeste", le festival de l'Ircam : un mois de découvertes musicales à Paris

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Classique de Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 01/06/2015 à 21H49
"Rhapsodie démente", mis en scène par François Verret, sur une musique de Jean-Pierre Drouet et Marc Sens. L'oeuvre sera créée au Nouveau Théâtre de Montreuil (les 4 et 5 juin) dans le cadre de Manifeste. 

"Rhapsodie démente", mis en scène par François Verret, sur une musique de Jean-Pierre Drouet et Marc Sens. L'oeuvre sera créée au Nouveau Théâtre de Montreuil (les 4 et 5 juin) dans le cadre de Manifeste. 

© Paul Poncet

L'Ircam, à Paris, à quelques mètres du Centre Pompidou : à la fois laboratoire de recherche sur le son et lieu de création musicale, c'est le saint des saints de la musique contemporaine. A partir du 2 juin et pendant un mois, l'institution sort de ses studios au sous-sol pour s'exposer dans 12 lieux de la capitale. Un vaste programme dont la thématique cette année est liée au rapport au temps.

L'Ircam : l'institut de recherche et coordination acoustique/musique, créé dans les années 1970 par Pierre Boulez. On y invente des sons, on les étudie, on les transforme… et on y crée des œuvres. Une institution célèbre dans le monde pour son expertise au point que des compositeurs et des interprètes viennent de toute part pour profiter du savoir faire de ses "Rim" (réalisateurs en informatique musicale) notamment.
L'Ircam à Paris, place Stravinsky, à quelques mètres du Centre Georges Pompidou.

L'Ircam à Paris, place Stravinsky, à quelques mètres du Centre Georges Pompidou.

© ERIC FEFERBERG / AFP
Une activité féconde, et des lieux - en plein cœur de Paris, en face de la fontaine Stravinsky, de Tinguely et Niki de Saint Phalle, pourtant parfaitement inconnus du grand public. Le festival "Manifeste", qui commence demain le 2 juin, et dure un mois entier à Paris, est une vitrine des activités de l'Ircam et l'une des manières de se faire découvrir.

Plus d'une trentaine de spectacles – concerts, ateliers, master classes

Il y a certes une journée "portes ouvertes", le 6 juin, pour un premier contact, instructif et ludique : le public peut expérimenter les dernières innovations technologiques pour la musique et le son grâce à toutes sortes d'animations interactives. Parmi elles, un "ping pong sonore" et un "karaoké inversé" où la musique accompagne la voix du chanteur.

Mais surtout, le festival Manifeste, ce sont vingt créations et premières en France et au total plus d'une trentaine de propositions artistiques différentes – spectacles, installations, master classes publiques dans douze lieux de la capitale. Franck Madlener, à la tête de l'Ircam et principal initiateur du festival a également instauré une règle nouvelle : plus de formats courts (de 10 ou 20 minutes) qui s'enchaînent – comme il arrive souvent dans la musique contemporaine, mais une œuvre par soirée.

Le rapport au temps

L'un des grands thèmes qui émergent de la programmation du festival cette année est le rapport au temps : celui-ci est questionné, ré-interprété, déformé. "Le passé n’est plus un socle assigné à une date mais une image mouvante, réveillée par notre présent et par la vivacité de l’appareil technologique", écrit Franck Madlener. Lui parle "d'œuvre-monde" qui "noue ainsi une intrigue spécifique avec l’Histoire. La musique, art du temps, serait-elle l’art par excellence de la simultanéité – l’hypothèse de ce manifeste ?", dit Madlener.

Dans "Requiem pour un jeune poète" écrit en 1969 par le compositeur allemand Bernd Aloïs Zimmermann (qui se donnera la mort l'année suivante), le temps du XXe siècle (avec ses protagonistes Mao, Hitler, Staline et leurs idéologies) est littéralement dévasté par une explosion apocalyptique. Œuvre à la fois musicale, littéraire, politique et philosophique, le "Requiem" de Zimmerman repose sur une articulation musicale complexe, formée d'un orchestre, un jazz-band, des chœurs, des solistes et des récitants, une bande électronique… L'œuvre est donnée le 2 juin à la Philharmonie sous la direction de Michel Tabachnik.

Le temps reparcouru, "séparé" ou "dilaté" est au centre de l'installation sonore et vidéo du jeune compositeur et mathématicien italien Daniele Ghisi, "An experiment with time" (le 2 juin à la Maison de la poésie). Autre moment important de Manifeste, la présentation de "Répons", œuvre cruciale de la musique spatialisée de Pierre Boulez dont on fête cette année le 90e anniversaire. Faisant face à un ensemble de chambre placé au centre de la salle, le public sera entouré de six solistes et de six haut-parleurs projetant l'électronique en temps réel. L'œuvre, dirigée par Matthias Pintscher, est donnée le 11 juin  à la Philharmonie de Paris.

Langage populaire-langage savant

Le festival propose aussi la création d'une nouvelle version de "La métamorphose" de Michaël Lévinas, d'après la nouvelle de Kafka, par l'ensemble Le Balcon (du 12 au 17 juin, Théâtre de l’Athénée). A la baguette : Maxime Pascal avec son orchestre sonorisé et la complicité de l'artiste visuel Nieto. Altération de la musique par l'électronique, altération de la notion de temps.
Les petites histoires se heurtent à la grande Histoire dans "Rhapsodie démente", œuvre du metteur en scène François Verret sur une musique de Jean-Pierre Drouet et Marc Sens, qui sera créée au Nouveau Théâtre de Montreuil (les 4 et 5 juin) dans le cadre de Manifeste : "montage de tableaux vivants, tranchées vocales, paysages acoustiques et optiques", annonce le festival.

Enfin, autre grande thématique abordée cette année, l'articulation populaire/savant. Exemple de confrontation entre la tradition orale et l'écriture contemporaine, le travail du compositeur Stefano Gervasoni à partir du fado de la chanteuse portugaise Cristina Branco, typique d'une tradition transmise hors de toute partition. La création s'appelle "Fado Erratico" (le 6 juin au Centre Pompidou) : l'Italien filtre ce chant mélancolique à traves l'électronique préparée à l'Ircam en incluant des sons de Lisbonne : rumeurs de la ville, bruits de la mer et du vent… Autre expérimentation, celle que réalisera en atelier le chorégraphe Christian Izzo avec des jeunes musiciens électroniques à partir de différentes types de danses : populaires, tango ou  "clubbing" dans "In Vivo Electro" (1er juillet, au Centre Pompidou).


Festival Manifeste, de l'Ircam, dans 12 lieux à Paris
Du 2 juin au 2 juillet 2015
Tous les spectacles sur manifeste.ircam.fr