Les mémoires du plasticien Alain Kleinmann exhumées au musée de Châteauroux

Par @Culturebox
Mis à jour le 28/03/2017 à 11H14, publié le 28/03/2017 à 10H53
"Mémoires", exposition Alain Kleinmann à Châteauroux 

"Mémoires", exposition Alain Kleinmann à Châteauroux 

© France 3 / Culturebox

Le musée Bertrand de Châteauroux (Indre) accueille jusqu'au 7 Mai prochain les oeuvres d'Alain Kleinmann. Peintre de la mémoire et du souvenir, ce juif né en 1953 n'a pas connu l'holocauste, mais construit depuis toujours une oeuvre destinée à lutter contre l'oubli. L'artiste a également offert une oeuvre magistrale avec la stèle des justes installée dans le jardin du Souvenir au centre-ville.

La nouvelle exposition du Musée Bertrand de Châteauroux propose un parcours autour des oeuvres-souvenir du plasticien contemporain Alain Kleinmann. Sobrement intitulée "Mémoires", la déambulation présente le travail d'exhumation que l'artiste produit pour rendre hommage à sa famille juive. Des huiles sur toiles, des sculptures et des lithographies illustrent le travail de cet artiste français qui place la mémoire et l’identité au centre de son oeuvre.

Reportage : C. Lacroix / F. Simoes / P. Ngankam 

Les objets dépositaires de la mémoire

Exposées dans le monde entier, les oeuvres d'Alain Kleinmann invitent le visiteur à une certaine introspection. Des photos en noir et blanc, des visages, des livres, des valises entassées et des centaines d'objets racontent la peur, l'exil et la déportation du peuple juif lors de la seconde guerre mondiale.

Des vies fauchées en plein vol dont l'artiste a parfois retrouvé la trace avec une seule photo. "Comme il l'a fait pour lui, Alain Kleinmann reconstitue une histoire, une mémoire, un être à travers une photo". 
kleinmann photo.png © France 3 / Culturebox

Le passé pour construire l'avenir

Au-delà de l'Holocauste, le parcours du musée Bertrand transcende l'histoire du peuple juif et fait écho aux souffrances actuelles de la disparition et de l’absence. Car l'exposition pose aussi la question existentielle qui taraude l'artiste : que reste-t-il du passage d’un être humain sur terre ?
Alain kleinmann 2 © France 3 / Culturebox

Ni passéiste, ni nostalgique, Alain Kleinmann se sert de la mémoire comme matière pour reconstruire le temps et l'espace. Et pour bâtir son futur, l'artiste puise dans ses racines et dans son grenier intérieur. 
kleinmann exposition © France 3 / Culturebox

Des histoires d'errances

L'an dernier Alain Kleinmann a fait don à la ville de Châteauroux d'une œuvre magistrale pour le monument des Justes, dans le jardin du Souvenir. Intitulée "Errance", la stèle raconte l'histoire universelle de millions d'exilés. "Je tiens à ce que mes créations restent suffisamment anonymes et ne s'enfoncent pas dans l'anecdote des précisions. La peinture parle où l'écriture s'arrête", d'éclarait-il à la Nouvelle République
"La stèle des Justes" - Alain Kleinmann

"La stèle des Justes" - Alain Kleinmann

© France 3 / Culturebox

Riche de réflexions de philosophes et d'artistes (Amos Oz, le Mime Marceau, Vladimir Jankélévitch, André Glucksmann), un ouvrage publié en 2014 chez Somogy répertorie l'oeuvre prolifique d'Alain Kleinmann. 

Les regards que je vois dans les toiles d’Alain Kleinmann, je les reconnais, ils sont comme surpris de notre mémoire vraie : les écritures qui les barrent, les espaces qui les enveloppent, les mouvements dans lesquels ils frissonnent semblent des morceaux arrachés à la réalité. Souvenirs d’instants de vie, art puissant qui ancre ses racines dans le quotidien même et qui par pudeur s’autoparaphe à l’infini comme après un long chemin dans le temps.
La peinture d’Alain Kleinmann appartient à ce qui fonde l’art : un sentier pétri d’humanité chaude et douloureuse qui bouleverse par sa vérité plastique et poétique.

Louis Aragon