L'usine Peugeot de Saint-Ouen fermée... le temps de trois concerts

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 27/01/2014 à 12H42
Nicolas Frize en résidence à l'usine PSA

Nicolas Frize en résidence à l'usine PSA

© DR

Du 31 janvier au 1er février, le bruit des presses et des robots va complètement cesser dans l'usine PSA Peugeot Citroën de Saint-Ouen, aux portes de Paris. Durant ces trois jours, six concerts vont y être donnés, aboutissement de deux ans de travail du compositeur Nicolas Frize avec les salariés du site.

Deux ans d'immersion au sein de la plus ancienne usine de Citroën en France (1924), 630 salariés, 800.000 pièces destinées à toutes les usines du groupe, le travail en 3X8, nuit et jour, week-ends compris.

Deux ans d'écoute des sons, mais aussi des gens : "On parle généralement dans les médias du travail de façon technique, anecdotique ou négative, à propos de fermetures, de grèves, rarement du rapport intime qu'a la personne au travail", souligne le compositeur Nicolas Frize. "J'ai voulu faire un concert qui montre les gens."

Des concerts "déambulatoires"
"Intimité", c'est précisément le titre de l'oeuvre, donnée six fois, lors de concerts gratuits "déambulatoires", censés mener le public d'une école à une église, puis à l'usine qui fête ses 90 ans avec des "portes ouvertes" à cette occasion.

Quelque 90 participants, musiciens et choristes amateurs et professionnels, dont 17 récitants salariés de Peugeot Citroën participent aux concerts. 3000 spectateurs sont attendus à l'usine exceptionnellement fermée pour l'occasion.

"Au début j'étais dubitatif, mais je sens que ça m'a fait du bien", a confié à l'AFP Blilik Abdelaziz, 36 ans de travail chez PSA, dont 12 à Saint-Ouen. "Ça me fait voyager par l'esprit. Ici, on est un peu en vase clos, alors c'est comme un grand soleil, ces gens qui arrivent dans l'usine et qui attachent tellement d'importance à un dessin, une photo ou un son."

Opérateur à l'atelier de ferrage (soudure de pièces), cet ouvrier d'origine marocaine doit lire un texte pour le concert, comme son collègue Eric Soumpholphakdy, originaire du Laos. "C'est un peu stressant, je ne suis jamais allé à un concert", dit Eric. "J'ai réservé pour ma femme et ma fille." Il est fasciné par l'usage musical que fait Nicolas Frize des pièces automobiles. "C'est pas ce qu'on entend à la radio, c'est pas les Bee Gees ou les Beatles !"
Nicolas Frize (à droite) à la rencontre d'un des salariés de l'usine PSA de Saint-Ouen

Nicolas Frize (à droite) à la rencontre d'un des salariés de l'usine PSA de Saint-Ouen

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À la rencontre des salariés
En deux ans, Nicolas Frize aura rencontré les 600 salariés de l'usine, dont 80 lors d'entretiens individuels. Passionné par le monde du travail, le compositeur s'est installé depuis 40 ans en résidence dans les lieux les plus improbables, des centrales pénitentiaires pour longue peine ("J'y suis toujours") aux hôpitaux en passant par la manufacture de Sèvres et l'usine Renault à Boulogne-Billancourt, où le comité d'entreprise lui avait demandé de constituer une "mémoire sonore" avant la fermeture.

Cet ancien militant maoïste fait une petite mise au point pour prévenir tout malentendu éventuel : "Je ne suis pas là pour faire la promo de PSA, je suis là pour témoigner de la richesse incroyable de ces salariés."

Son message, "c'est qu'un compositeur vienne dans une usine pour y travailler, et pas à l'Opéra Bastille ou au Théâtre des Champs-Elysées". Éclectique, il a pourtant aussi joué au Théâtre des Champs-Elysées, parmi plus de 400 concerts en France et à l'étranger.
Nicolas Frize, percussionniste à l'usine PSA...

Nicolas Frize, percussionniste à l'usine PSA...

© DR
À Peugeot-Citroën, Nicolas Frize a "trouvé une bienveillance inouïe". "C'est un secteur qui a besoin qu'on parle de lui autrement." Non content de se balader jour et nuit dans l'usine et d'y promener son micro, le musicien a récupéré une centaine de pièces métalliques, qu'il a organisées selon leurs sonorités. Elles seront jouées suspendues sur des portiques ou posées comme les lames d'un xylophone.

Comme toujours dans ses oeuvres, il n'y aura pas d'enregistrement de CD à vocation commerciale. "Ça n'a pas de sens en dehors de son contexte. Il faut laisser les choses vivantes, c'est-à-dire mortelles."

"Intimité" à l'usine PSA de Saint-Ouen
23, avenue du Capitaine-Glarner
93400 Saint-Ouen
Vendredi 31 janvier 20H30
Samedi 1er février 15H00, 17H30 et 20H30
Dimanche 2 février 15H00 et 17H30
Réservation obligatoire au 01 48 20 12 50 (lieu de rendez-vous précisé lors de la réservation)
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