Décès de Pierre Boulez: hommages à un des plus grands compositeurs du XXe siècle

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 06/01/2016 à 14H34
Pierre Boulez au Musée du Louvre en 2008

Pierre Boulez au Musée du Louvre en 2008

© François Guillot/AFP

Les hommages étaient unanimes mercredi pour saluer "un des plus grands compositeurs du XXe siècle", après l'annonce du décès de Pierre Boulez, mardi à 90 ans.

Stéphane Lissner : "Il a marqué son époque"

"Il a marqué son époque. Il a été un des plus grands compositeurs du XXe siècle et je pense que des oeuvres comme 'Répons' ou 'Le Marteau sans maître' resteront dans l'histoire de la musique", a déclaré le directeur de l'Opéra de Paris. "Il a été déterminant dans la marche en avant de la musique de notre époque, la musique que l'on était en train de composer, celle qu'on allait jouer demain", a ajouté l'ancien directeur de La Scala de Milan. "Toute sa vie, il a été un découvreur qui a défendu la musique française à l'étranger et qui a fait bouger les lignes de la politique culturelle de la France", a, encore, souligné Stéphane Lissner.
              
Pour lui, Pierre Boulez est aussi "l'un des plus grands chefs d'orchestre" que "les plus importantes formations du monde s'arrachaient, à Berlin, Vienne, Cleveland ou Chicago". "C'est aussi l'homme qui aura le plus compté pour moi dans mon entrée dans le monde de la musique en 1983", a-t-il ajouté. "Il m'a soutenu et accompagné partout où j'étais, au Châtelet où il a fait des opéras avec moi ("Pelléas et Mélisande"), au festival d'Aix-en-Provence où il a fait, avec Pina Bausch, 'Le Château de Barbe-Bleue', ou encore à la Scala de Milan", a-t-il ajouté.

Renaud Capuçon : "C'était un immense compositeur et un grand chef d'orchestre" 

"C'était aussi une personnalité très forte, on s'en rendra compte très vite et les Français ne savent pas encore tout ce qu'on lui doit sur la place de la musique en France. Si on avait plus de personnalités comme lui cela ferait davantage avancer les choses."  "J'ai travaillé avec lui le Concerto à la mémoire d'un ange d'Alban Berg. Je suis aussi allé vers lui il y a quelques années quand j'ai décidé de commander des oeuvres à de jeunes compositeurs. Il m'a adressé à Bruno Mantovani et Pascal Dusapin, ce que j'ai fait, et ils m'ont laissé deux magnifiques pièces. Pierre Boulez c'était cela aussi, quelqu'un d'ouvert sur les jeunes, toujours à l'écoute", a indiqué le violoniste.

Michael Haefliger : "Oui, Pierre Boulez était un révolutionnaire et un combattant infatigable"

Pierre Boulez a presque été "un demi-dieu" pour nous, la "jeune génération", a déclaré Michael Haefliger, l'intendant du Festival de musique de Lucerne. "Nous admirions sa manière de faire, ses objectifs, qu'il ne perdait jamais de vue, qu'il s'agisse de petites ou de grandes révolutions", a-t-il ajouté. "La nuit dernière, il nous a quittés, nous sommes en deuil d'un grand homme et d'un grand artiste, qui a enrichi de manière infinie ce festival et qui l'a marqué de son empreinte". "Oui, Pierre Boulez était un révolutionnaire et un combattant infatigable",  a-t-il ajouté. Sa mise en scène en 1976 avec Patrice Chéreau à Bayreuth du Ring de Wagner est considérée comme "légendaire", a-t-il rappelé. Pierre Boulez a participé au Festival de Lucerne depuis 1975. En 2003, il a fondé l'Académie du Festival de Lucerne. L'an dernier, le festival de Lucerne lui a rendu hommage pour son 90e anniversaire avec 11 concerts.

"Pierre Boulez a guidé son époque. Il a eu un rayonnement immense, d'abord comme créateur - quelqu'un qui compose Le marteau sans maître en 1952 bouleverse toute la création musicale - et aussi comme interprète : les jeunes chefs digèrent encore aujourd'hui ses apports". "C'était aussi un homme très chaleureux, loyal et extrêmement clair dans l'expression, qui disait tout ce qu'il pensait. Son image (de dogmatisme) en  France ne rend pas compte de la richesse de sa personnalité. Mais les Français ont ce grand talent de ne pas apprécier leurs grands hommes" a indiqué.Pierre-Laurent Aimard, pianiste et interprète de l'oeuvre de Pierre Boulez.

Pierre Boulez était "un formidable collègue, un esprit créatif profondément admirable et un ami proche", a déclaré le directeur musical du Staatsoper de Berlin, Daniel Barenboim. "Il ressentait avec sa tête et pensait avec son coeur", a décrit le chef d'orchestre israélo-argentin de 73 ans. "Nous avons l'honneur de vivre avec sa musique. Pour ça, je lui serai toujours reconnaissant", a-t-il dit.

Laurent Bayle : "C'est la personnalité musicale de la 2e moité du XXe siècle qui laissera la trace la plus importante".

"C'est peut-être le seul musicien dont le parcours individuel de création s'est aussi profondément ancré dans le collectif, parce qu'il était aussi chef d'orchestre et pédagogue, qu'il a créé des institutions remarquables qui ont beaucoup fait pour la diffusion de la musique, comme l'Ensemble intercontemporain et l'Ircam, et milité pour la création de la Cité de la Musique et de la Philharmonie. Ce qui frappe, c'est son côté protéiforme", a indiqué le président de la Philharmonie de Paris.
   
Pour François-Xavier Roth, chef de l'orchestre de la radio de Baden-Baden (où résidait Pierre Boulez) et Fribourg et directeur général de la musique à Cologne : "Au-delà du compositeur immense, ce qui faisait sa marque c'est qu'il avait une vision de la modernité, avec la prise de risque que cela suppose. C'est quelqu'un qui, de toutes ses forces, a voulu déployer, inventer des institutions, des outils, des manières de développer une nouvelle musique pour les temps futurs. Il n'est pas anodin qu'il ait eu vingt ans à la fin de la deuxième guerre mondiale, il a fait partie d'une génération particulière. Mais lui plus que tout autre, parce qu'on le compare souvent à ses contemporains, comme Stockhausen ou Berio ou d'autres musiciens français comme Dutilleux, a eu cette force incroyable pour emmener avec lui et pour provoquer des décisions dans le monde des arts et de la musique qui ont changé le visage du XXe et du XXIe siècle."
   
"Le monde de la musique est en deuil (...). La Sacem rend hommage à ce très grand musicien dont l'oeuvre aura marqué la seconde moitié du XXe siècle. "Outre le créateur, l'animateur hors pair et le brillant essayiste - il fut l'un des écrivains et penseurs en musique les plus lucides de notre temps, il se révèla vite comme l'un des plus grands chefs d'orchestre de sa génération".

Le Centre Pompidou, auquel l'Ircam fondé par Pierre Boulez est associé : "Pierre Boulez est un fondateur dans le sens plein du terme, comme il en existe peu par siècle (...) fondateur d'institutions comme l'Ircam-Centre Pompidou qui ouvrira en 1977 et l'Ensemble intercontemporain, fondateur d'une nouvelle pratique musicale, d'un art de l'interprétation et de la transmission qu'il pratiquera dans le monde entier, du Collège de France à l'Académie de Lucerne."
  

François Hollande : Pierre Boulez a fait "briller la musique française dans le monde"

"Pierre Boulez a fait briller la musique française dans le monde. Comme compositeur et chef d'orchestre, il a toujours voulu penser son époque", a déclaré le président François Hollande dans un communiqué. "Avec l'ensemble Intercontemporain puis plus tard avec l'Ircam, il a donné un prestige considérable à la culture française. La Philharmonie de Paris, inaugurée il y a tout juste un an, lui doit beaucoup", souligne la présidence de la République. "Esprit critique redoutable, enseignant au Collège de France, il ne cessait de penser les disciplines les unes avec les autres, faisant dialoguer peinture, poésie, architecture, cinéma et musique, toujours au service d'une société plus humaine", ajoute le communiqué.

"C'est avec une très grande émotion que j'ai appris ce matin la mort de Pierre Boulez. Une immense figure de la musique contemporaine s'éteint aujourd'hui", a déclaré la ministre de la Culture et de la Communication dans un communiqué. Fleur Pellerin a salué "un chef d'orchestre et un compositeur hors norme qui aura profondément marqué son siècle.

Le Premier ministre Manuel Valls a également salué la mémoire du compositeur. "Audace, innovation, créativité, voilà ce que fut Pierre Boulez  pour la musique française, qu'il a fait rayonner partout dans le monde", a-t-il écrit dans un tweet.

"Il aura contribué à ouvrir les esprits et les coeurs à des formes musicales nouvelles. Il a véritablement inventé un langage musical unique,  donnant un élan précurseur à la composition. Il était aussi et avant tout un véritable ami, ministre de la Culture de François Mitterrand, j'ai puisé auprès de lui conseils, idées et inspiration. C'est avec lui que nous avons notamment conçu les deux grands projets de l'Opéra Bastille et de la Cité de la Musique" a indiqué Jack Lang, ancien ministre de la Culture, président de l'Institut du monde arabe: