Paul Wamo : l'ancêtre sans âge

Paul Wamo © Eric Dell'Erba

     Paul Wamo est un artiste hors catégorie, on a pu l'étiqueter slameur, poète, performeur, mais, en réalité, il échappe à toutes classifications. Son nouveau spectacle : "Ekoooo" est accueilli les 16 et 17 novembre au Quai Branly dans le cadre de l'exposition : "Kanak l'art est une parole". Paul Wamo est né en 1981 dans la tribu de Nang à Lifou en Nouvelle-Calédonie.  A l'âge de deux ans, il rejoint Nouméa et grandit dans un environnement urbain, dans le quartier de Rivière-Salée.  Ce parcours nourrit sa poésie, tiraillée entre fidélité à la coutume et modernité.   Chez Wamo, chaque instant de vie, chaque aspiration, chaque geste, trouvent écho dans une voix. Paul Wamo est un être de parole, j'entends par là qu'il est traversé par le Verbe, par des mots qui sont à lui, mais ne lui appartiennent pas. Paul Wamo appartient aux mots. Il est l'émetteur et le récepteur.

     Le jeune écrivain a déjà publié deux livres aux éditions L'Herbier de Feu, Le Pleurnicheur et J'aime les mots.  Ces poèmes ont été forgés par la bouche, ils sont salive et souffle. C'est sur les planches qu'ils offrent leur pleine résonnance. Sur scène, Wamo ne joue pas, n'interprète pas, il capte des vibrations, souffle sur les braises, attise les incendies. Bateleur émérite, il sait capturer l'attention du public avec une énergie peu commune, des tours de passe-passe lexicaux et une écriture nerveuse, spasmodique. "La beauté sera convulsive ou ne sera pas" affirmait André Breton. Wamo a fait le choix de la sincérité, il ne calcule pas ses effets, ne ménage pas sa verve et tous ceux qui ont eu le plaisir de l'entendre s'en souviennent. Le slam est une forme qui ne tolère pas la tiédeur et exige en permanence d'être soi-même, de faire don de sa singularité. Paul Wamo en appelle au "peuple-pays", le peuple qui manque et que sa poésie fait naître. Le poète bat le rappel des tribus disséminées à la surface du monde, sa voix est l'étendard d'une nation qui se bâtit à chaque instant. Tout ici est mouvant, s'agence, s'agrège et c'est la parole qui donne consistance au chaos.

"Ma langue


Flirte avec l'oubli 


Valse avec l'Univers

S'évadant des hypothèses

Pour embrasser à pleine bouche 


Les lèvres hypocrites de la Lumière"

Extraits de "Le pleurnicheur". Editions L'herbier de Feu.

     La langue du poète est une conquête, une razzia, une prise de guerre. Elle ne se donne à entendre qu'au prix d'une lutte acharnée contre les préjugés et  l'amnésie. Paul Wamo nous semble jeune, alors qu'il n'a pas d'âge. Il est vieux comme la parole, ancien comme la terre. Les utopies qu'il jette comme des poèmes-molotov, sa rage adolescente n'entrent jamais en contradiction avec la plénitude sereine de son rapport au monde. Paul Wamo est tout à la fois le sage et le fou. La digue et la marée.

      J'aime la poésie de Wamo parce qu'elle m'agrippe, me bouscule et m'emmène vers des réflexions intimes. Chez Paul Wamo, Je est définitivement un Autre. Si vous avez la chance de croiser la route de ce vieillard au visage d'enfant, tendez l'oreille, c'est de vous qu'il parle, de nous, de la condition humaine en proie au doute. Les questionnements douloureux de l'ère technologique, de la post-modernité, le poète les affronte avec les outils de la mémoire et de l'identité. A travers ses mots, nous sommes tous kanaks, dépositaires d'une haute tradition, plongés dans un devenir fragile.

La Lumière et moi, moi et la Lumière

Infiniment nus

Et blottis

Sous la couverture fragile des mots.

 

Extraits de "Le pleurnicheur". Editions L'herbier de Feu.

 

 Paul Wamo

Spectacle "Ekoooo"

Slam-Poésie

Musée du quai Branly, 16 et 17 novembre.