"Sur le fil du rasoir", le troisième album solo du rappeur Kool Shen, sort vendredi

Par @Culturebox
Mis à jour le 24/02/2016 à 10H57, publié le 24/02/2016 à 10H05
Kool Shen, février 2016 à Paris

Kool Shen, février 2016 à Paris

© BERTRAND GUAY / AFP

Kool Shen entend montrer qu'il reste, à 50 ans, un rappeur "à l'heure" dans son troisième album solo "Sur le fil du rasoir" qui sort vendredi. Revenir à la musique, sept ans après son dernier disque solo, constitue un "challenge", reconnaît Bruno Lopes, qui a fait du "9.3" et de Saint-Denis la capitale du rap dans les années 90 avec Didier Morville, alias JoeyStarr, au sein du duo NTM.

"Il y a ce truc vis-à-vis des rappeurs actuels, pour leur dire : Eh vous voyez, papy, il est toujours à l'heure, il ne refait pas simplement un truc de 1998.... Si je reviens, c'est que techniquement, j'ai travaillé et évolué",  explique Kool Shen, qui a fêté ses 50 ans début février. 

Ces dernières années, il a passé beaucoup de temps autour des tables de poker et sur quelques plateaux de cinéma, notamment le tournage du film "Réparer les vivants" avec Tahar Rahim dont la sortie est prévue cette année.
Kool Shen : "Faudra t'habituer" avec Jeff Le Nerf
Mais l'envie d'écrire et la nostalgie des studios l'ont rattrapé "il y a deux ans". Dès les premiers mots de ce nouvel album baptisé "Sur le fil du rasoir" (Def Jam/Universal), Kool Shen met les choses au point: "Si tu me demandes  pourquoi je reviens/J'te réponds cash, pas pour le salaire/Pour ça, il y a le  poker (...) J'fais ça pour le kiffe." Pour montrer qu'il reste "à l'heure" musicalement, il s'est frotté à des productions musicales "très actuelles", différentes en termes de sonorités et de tempo de ses habitudes. "Aujourd'hui, dans le rap, il y a des musiques très lentes", explique l'ex-NTM, qui a "parfois dû se gratter la tête" pour réussir à poser ses mots et sa voix.

S'il reste parfois proche de ses bases, comme pour le morceau pacifiste final "Debout", Kool Shen propose des productions moins attendues, avec des refrains chantés, sur des titres comme "Sais-tu danser" en duo avec le Marseillais Soprano ou "Faudra t'habituer" avec son "pote" Jeff Le Nerf. "La musique, pour moi, c'est de pouvoir prendre un peu ce que je veux. Dans NTM, c'était comme ça d'ailleurs. Il y avait des morceaux très rapides, d'autres plus lents...
Kool Shen : Ma rime
"Être "à l'heure", c'est aussi clairement ancrer ce disque dans le paysage politique français de 2016 avec une dénonciation des discours du Front National, sujet que NTM avait abordé en 1995 avec "Plus jamais ça". Dans "La France est internationale", on peut ainsi entendre Kool Shen reprendre le refrain "La jeunesse emmerde le Front national" chanté en 1989 par le groupe punk Bérurier Noir. "En nous envoyant la fille, pas de doutes possibles/Ils ont déguisé le père", clame-t-il. "Le truc a été banalisé. Aujourd'hui, on entend: la gauche, c'est la merde, la droite c'est la merde, il reste Marine, on n'a pas essayé... Je  trouve ce discours un peu stupide. On a quand même la notice, on voit ce qu'ils proposent économiquement, sans parler de leur fond de commerce qui reste la  France aux Français."

Kool Shen entend continuer à "lutter". Et évite de dire que ce disque sera son dernier, comme il l'avait assuré en 2004 en sortant son premier album solo, persuadé qu'un rappeur n'avait plus d'avenir après 38 ans. Quant à relancer NTM, "il ne faut jamais dire jamais, pourquoi pas  ponctuellement sur des concerts ou des choses comme ça. Mais sur des disques,  je ne crois pas non, on est parti sur des choses différentes", évacue-t-il,  alors que JoeyStarr a sorti il y a deux mois un album en duo avec un autre rappeur, Nathy.