Prince, mentor attentif de dizaines de jeunes artistes

Par @Culturebox
Mis à jour le 28/04/2016 à 15H00, publié le 26/04/2016 à 19H39
Prince sur scène à Indio, en Californie, lors du festival de Coachella, le 26 avril 2008

Prince sur scène à Indio, en Californie, lors du festival de Coachella, le 26 avril 2008

© Jason Moore / Zuma Press / MaxPPP

Disparu subitement à 57 ans jeudi 21 avril, Prince a laissé orphelins de très nombreux protégés, pour qui le Kid de Minneapolis représentait un mentor bienveillant, voire une figure paternelle.

Pour des dizaines d'artistes, principalement des femmes qu'il a sorties de l'anonymat, Prince était devenu à la fois un producteur et une figure fraternelle et même paternelle qui les invitait dans son sanctuaire de Paisley Park, sa propriété de Minneapolis.

Si Prince Rogers Nelson était réputé pour son énergie débordante et sa capacité à jouer de n'importe quel instrument avec talent, il adorait également travailler avec des musiciens moins connus, certains ayant même joué avec lui dans un de ses précédents groupes, "The Revolution".

La percussionniste Sheila E. et la chanteuse Sheena Easton, la "reine du funk" Chaka Khan ou la danseuse-chanteuse-actrice Carmen Electra font ainsi partie des artistes qui ont vu leur carrière décoller grâce à Prince.

Sheila E. : "The Belle of St Mark" (Prince, 1984)

Prince, infatigable créateur a également écrit des titres à succès pour d'autres chanteurs, dont "Nothing Compares 2 U" pour Sinead O'Connor, ou "Manic Monday" pour The Bangles, mais avec la plupart de ses protégés il semblait préférer rester en retrait plutôt que de pousser ses propres créations.


Ingrid Chavez, poète, auteur et photographe, a rencontré Prince en 1987 dans un bar, quand elle vivait à Minneapolis. Elle lui a montré quelques textes et il l'a recontactée quelques nuits plus tard. "Il m'a dit: +J'ai un studio et je veux que tu viennes produire quelque chose+", raconte-t-elle à l'AFP.

"Il aimait voir les rêves des gens devenir réalité"

Peu après, la jeune femme chantait sur l'album "Lovesexy" de Prince et elle allait même jouer le rôle de sa petite amie dans le film "Graffiti Bridge" en 1990, suite du classique "Purple Rain". "C'était très surprenant, je n'avais jamais joué la comédie auparavant, et je n'ai plus jamais joué depuis", explique en riant l'artiste qui a aujourd'hui 51 ans. "Je sais que ça peut sembler idiot, mais je pense qu'il aimait vraiment voir les rêves des gens devenir réalité, s'il pensait que vous aviez assez de potentiel et de confiance en vous", reprend Ingrid Chavez, qui a par ailleurs co-signé la chanson osée "Justify My Love" de Madonna.

Les collaborations entre chanteurs ne sont pas rares, notamment dans le monde du hip-hop, mais la particularité de Prince est d'avoir découvert et promu tant d'artistes, dont beaucoup ne sont pas de grands noms.

Des recommandations d'artistes sur Tidal

Durant les derniers mois de sa vie, il faisait des recommandations chaque semaine sur le site de musique en ligne Tidal, où il a récemment par exemple comblé d'éloges la chanteuse soul peu connue Sidibe.

L'icône de Minneapolis, qui défiait les conventions dans sa manière de sortir ses albums, avait aussi envoyé l'an dernier aux médias un téléchargement gratuit du premier album de la chanteuse de R&B Judith Hill, enregistré chez lui à Paisley Park. Selon Prince, la jeune femme va devenir une superstar. Connue auparavant pour être une candidate du télé-crochet "The Voice", Judith Hill a écrit sur Twitter après la mort de Prince qu'elle se sentait dorénavant "toute seule et effrayée", sans l'appui de son mentor.

"Prince aimait être notre sauveur", se souvient Wendy Melvoin

"Prince aimait être notre sauveur, il aimait nous promettre le monde et être le gars qui pouvait vous l'apporter, qui pouvait vous faire vous sentir invincible", racontait en 2009 Wendy Melvoin, guitariste de "The Revolution". Elle notait que si Prince croyait sincèrement dans le talent de ses protégés, ceux-ci n'auraient jamais vendu autant de disques sans son soutien.

"Prince est rapidement devenu plus que +l'artiste+ pour nous", a encore confié ces derniers jours sur les réseaux sociaux Hannah Welton, qui assurait la batterie dans le dernier groupe avec lequel Prince jouait, "3rdeyegirl". "Il n'était pas notre +patron+, en fait il détestait quand les gens l'appelaient comme ça. Il était notre GRAND ami. Notre mentor. Notre confident. Notre frère. Et il était même devenu une figure paternelle protectrice pour nous."

Les musiciens représentaient peut-être une sorte de famille élargie pour Prince, dont le seul fils, Boy Gregory, né en octobre 1996 avec une maladie génétique, n'avait vécu qu'une semaine. Prince n'a pas laissé de testament, a annoncé sa sœur mardi.