Prince : on a écouté ses deux nouveaux albums, entre pépites funk et rock mastoc

Par @Nijikid Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Mis à jour le 30/09/2014 à 14H00, publié le 26/09/2014 à 17H25
Prince et son troisième oeil pour "Art Official Age".

Prince et son troisième oeil pour "Art Official Age".

© DR

Réconcilié avec Warner après 20 ans de brouille, Prince a mis les bouchées doubles pour son retour : il sort deux albums simultanément lundi 29 septembre. D'un côté "Art Official Age", son premier album solo depuis "20Ten" paru en 2010. De l'autre, "Plectrumelectrum", enregistré avec son nouveau groupe de filles 3RDEyeGirl. Nous avons écouté les deux, jeudi soir, chez Warner. Impressions.

Après un divorce fracassant avec Warner, qu'il avait quitté au milieu des années 90 – Prince inscrivant "slave" (esclave) sur sa joue en guise de protestation et s'affublant d'un nouveau nom imprononçable -, le Kid de Minneapolis a renoué récemment avec la major du disque et paraphé un contrat plus avantageux (la propriété des masters de son back catalogue notamment).

Mais lui qui était libre de distribuer sa musique (donnée à ses shows ou avec des magazines ou bien en téléchargement sur son site) et d'annoncer ses concerts par surprise, n'a rien voulu changer à ses habitudes pour autant. Warner a semble-t-il été logée à la même enseigne que tout le monde, n'apprenant que fin août la sortie imminente des deux albums au même moment. Une séance d'écoute était organisée au siège jeudi. Nous y étions.
L'album solo : "Art Official Age"

On commence par "Art Official Cage", et soyons clairs on ne pouvait démarrer de pire façon. Le titre empile les clichés : beat baloche, voix trafiquée, nappes de synthés, vuvuzelas, partie rappée, choeurs grandiloquents. Une horreur qui semble taillée pour les stades et la mi-temps du Superbowl (finale du championnat de football américain). Cependant, Prince a peut-être voulu dénoncer dans cette chanson le pire de cette nouvelle ère digitale qu'il dénonce régulièrement. Mais il aurait pu prévenir : nos tympans tirent la tronche et notre coeur commence à se ratatiner.
 
Heureusement, l'album n'a rien à voir avec ce prélude douteux. La majesté Princière revient dès le second titre, "Clouds" (à l'écoute ici), et il ne nous faussera (presque) plus compagnie sur les douze chansons suivantes.
 
Il y a nombre de ballades sentimentales et dépouillées réussies sur ce disque, susceptibles de ravir les fans de la première heure – le mélancolique "Breakdown", le très moderne et rappé "U Know", le voluptueux "Breakfast Can Wait", idéal pour les siestes crapuleuses, la déclaration pur sirop de rose "This Could Be Us" et le duo à climat immobile qu'est "Time", avec son délicat travail de dentelle.
Un irrésistible funk princier
 
"Art Official Age" recèle aussi en son coeur un funk princier irrésistible : "The Gold Standard". Un hymne qui groove sévère avec ses petits riffs chatouilleurs de hanches à la "Irresistible Bitch" – le genre qui donne envie d'onduler à la façon de son groupe satellite The Time.
 
On retient aussi le fonk-rock épique un peu pompier "FunkNRoll", dont la furia annonce l'autre album, où figure justement une version différente qu'on a dès lors très envie d'entendre.
 
Le reste de cet album solo lascif, soit 3 à 4 titres invertébrés avec le préchi-précha princier habituel ("Affirmation number one : There is not such words as me or mine. Words of this nature were introduced into society as a control mechanism etc"), est franchement dispensable mais ne devrait pas gâcher le plaisir : il suffit de presser sur le bouton "next".
Prince : "The "Breakdown" (audio)
L'album avec 3RDEyeGirl : "Plectrumelectrum"

Même pas le temps de reprendre son souffle que démarre "Plectrumelectrum", le disque fruit de la collaboration de son Altesse pourpre avec Donna Grantis (guitare), Ida Nielsen (basse) et Hannah Ford (batterie) alias 3RDEyeGirl, le groupe de filles avec lequel il a bluffé les fans sur sa dernière tournée Live.
 
Boum ! "WOW" met direct dans l'ambiance avec son gros riff rock pied au plancher, sa progression tournoyante et ses breaks où la voix franche de Prince est bien mise en valeur.

Mais les guitares démonstratives de "Pretzelbodylogic" font du rentre-dedans hard rock, au point qu'on se croirait davantage chez Van Halen ou Motley Crüe que chez Prince ! Le solo de conclusion de l'assommant "Aintturninaround", sur lequel Prince semble avoir carrément déserté en laissant les clés du studio aux trois furies, nous tire même un fou rire irrépressible.
Extrait de "PretzelBodyLogic" signé Prince & 3RDEyeGirl
 
On manque s'étrangler en attaquant "Plectrumelectrum", qui donne son nom à l'album : le riff qui sert de thème est en effet clairement emprunté à "The Ocean" de Led Zep. Ce titre instrumental, qui enfile solos sur solos, se laisse néanmoins écouter.
 
"Whitecaps" démontre que le trio de 3RDEyeGirl sait aussi rentrer les griffes et faire patte de velours, et "Boytrouble" qu'il peut boxer en catégorie rap. Mais une fois encore on cherche notre kid couronné, désespérément absent.

"Fixurlifeup" : la bombe de cette collaboration avec 3RDEyeGirl

Adroitement placé au coeur du tracklisting, vient quand même le killer track : "Fixurlifeup" (ci-dessous). Déjà dévoilé en novembre 2013, ce titre explosif et entêtant nous avait donné les meilleures nouvelles de Prince depuis longtemps et n'était jamais vraiment sorti de notre crâne. Il apparaît ici comme le point d'équilibre parfait entre le Prince que l'on connaît et cette nouvelle orientation rock. 
 
Dommage que cette perfection ne soit atteinte que sur un seul titre, même si c'est avec une seconde version de "Funknroll" montée sur ressorts et plutôt convaincante que se referme ce disque. La crème des deux aurait donné un sacré bon disque

Bilan : il y a du bon et du moins bon sur chacun de ces deux albums. La crème des deux réunie aurait pu donner un sacré bon disque. Si le premier peut paraître un peu lent, il porte clairement la marque de Prince. On a moins aimé le second, pour son flirt douteux avec le rock FM pachydermique. Non pas que l'on dénie le droit de l'aristocrate du funk à s'amuser, à se renouveler et à jouer avec la puissance rock. Mais on regrette d'avoir eu à le chercher dans un disque portant son nom. Sur scène en revanche, les trois musiciennes de 3RDEyeGirl ont déjà prouvé qu'elles seraient toujours les bienvenues.

Les albums "Art Official Age" et "Plectrumelectrum" sortent lundi 29 septembre chez Warner