Frank Ocean dévoile un splendide pré-album de 45 mn avant le véritable album

Par @Nijikid Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Mis à jour le 19/08/2016 à 18H47, publié le 19/08/2016 à 17H16
Frank Ocean en février 2013 à Londres.

Frank Ocean en février 2013 à Londres.

© James McCauley / Rex Fe/REX/SIPA

Oubliez combien Kanye West et Radiohead vous ont rendu chèvres avant la sortie de leurs albums. Frank Ocean, dont on attend le successeur de "Channel Orange" depuis plus de trois ans, maîtrise l'art du teasing comme personne. Dernier pied de nez en date : dévoiler un album de 45 mn en streaming accompagné d'un film en noir et blanc. "Endless", visible ci-dessous, ne serait que l'entrée du banquet.

Un mystérieux film prétexte

Cela fait des années que les fans attendent. Trois ans que le nouvel album de Frank Ocean figure parmi nos albums les plus attendus de l'année. Mais depuis plusieurs semaines, les admirateurs du rappeur et chanteur américain sont sur les charbons ardents tant il a multiplié les jeux de piste et les faux départs.

Cette fois voilà enfin du concret : un "album visuel". Baptisé "Endless", il consiste en 45 minutes de musique offertes en streaming en exclusivité sur le site iTunes d'Apple, comme bande originale d'un film en noir et blanc. Un film énigmatique, un peu foutage de gueule il faut le dire, montrant deux artisans, deux charpentiers -Frank Ocean et son double ? -  à l'oeuvre dans un hangar, fabriquant ce qu'on comprend être un escalier montant vers les cieux.

Une façon de nous rappeller que l'artisanat prend du temps ? Qu'il faut construire patiemment, pas à pas, marche à marche, et viser les étoiles pour atteindre le sommet ?


"Endless" : 45 minutes oniriques

Consistantes, ces 45 minutes de musique ne se digèrent pas d'un clic. Après une première écoute en tentant de décrypter les images (oubliez-les, la concentration n'en sera que meilleure), il apparaît que la voix, intacte, de Frank Ocean nous a manqués, et que l'énorme succès et les médailles que lui a valu "Channel Orange" après une longue période de découragement, n'ont pas entamé un seul poil de sa folle liberté.

La plupart des chansons présentées ici sont dépouillées, des passages entiers étant tenus par sa seule voix et quelques notes de piano ou de guitare sèche. Mais elles ne ressemblent pourtant pas à des ébauches. Plutôt à des chutes de qualité. En revanche elles expérimentent constamment. Rien d'inaudible ou de difficile pour autant mais rien non plus de franchement tubesque. Quant au climat, il est rêveur et assoupi, hésitant entre le spleen et la prière.

Seul le tout dernier titre, une surprenante saillie technoïde avec semble-t-il au micro le plasticien allemand Wolfgang Tillmans, nous réveille de notre torpeur. Cette chanson, qui reprend celle de l'intro, livre peut-être la clé de cet album : il y est question, non sans ironie, des merveilles de la technologie grâce auxquelles "your life can be streamed" (votre vie peut-être streamée).

De nombreux invités figurent sur "Endless" : Jonny Greenwood de Radiohead, James Blake, le Français Chassol (au piano), la chanteuse américaine Jazmine Sullivan, le chanteur anglais Sampha et le producteur Arca. Ainsi que le London Contemporary Orchestra, qui figurait déjà (tiens, tiens) sur le dernier album de Radiohead "A Moon Shaped Pool". 

Le vrai album attendu pour ce week-end

Mais tout cela ne serait qu'un avant-goût avant le VRAI album, promis lui ce week-end, croit savoir Rolling Stone, selon lequel il ne s'appelerait peut-être plus "Boys Don't Cry".

De fait, sur le Tumblr dédié à son album, Frank Ocean avait prévenu : “I got two versions. I got twoooo versions.” (j'ai deux versions, deuuuux versions). Equipés pour les heures à venir de ce splendide prélude, si ç'en est un, on continue donc à retenir notre souffle pour la suite.