D'Angelo sort un album surprise 14 ans après "Voodoo"

Par @Nijikid Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Mis à jour le 28/12/2014 à 00H29, publié le 15/12/2014 à 17H56
D'Angelo en mars 2013 à New York.

D'Angelo en mars 2013 à New York.

© Stephen Lovekin / Getty Images North America / AFP

Après des années de rumeurs et de fausses annonces, les fans n'osaient plus y croire. Pourtant, le nouvel album de D'Angelo est là. "Black Messiah", le successeur de l'acclamé "Voodoo" paru en 2000, est sorti lundi de façon surprise. Valait-il l'attente ? Oui, forcément. Car D'Angelo, le soul brother number one, n'est pas homme à décevoir.

Quelques réflexions et éléments d'infos à parcourir en écoutant ce disque de néo-soul innovant, en streaming (ci-dessous).

D'Angelo s'est mis à la guitare

D'abord, comme on avait pu le remarquer lors des concerts donnés ces trois dernières années, D'Angelo s'est mis résolument à la guitare depuis "Voodoo" et alterne donc désormais entre la six cordes et le piano. Ce qui nous vaut nombre de riffs de guitare (souvent acoustique) et ajoute une petite touche de rock mordant à la néo-soul puissamment charnelle de "Black Messiah". Quant à la voix du soul brother, elle est toujours aussi sexy, vibrante et chaude, et sait toujours hisser haut le falsetto princier.

Questlove, l'eminence grise et batteur des Roots, qui a assisté à toute la génèse de cet album depuis 14 ans et nous en a distillé des nouvelles au compte-gouttes, fait bien entendu partie des contributeurs - lui qui qualifie cet album de "Apocalypse Now de la musique noire" était d'ailleurs l'hôte de l'écoute du disque pour la presse américaine organisée dimanche matin à New York.

On remarque aussi sur cet album signé D'Angelo & The Vanguard, le bassiste Pino Palladino, Q-Tip (de A Tribe Called Quest) ainsi que Kendra Foster, collaboratrice du Funkadelic de George Clinton, créditée sur pas moins de huit chansons.
D'Angelo & The Vanguard "Black Messiah".

D'Angelo & The Vanguard "Black Messiah".

© DR
"Collectivement, nous sommes ce Messie noir"

Que signifie ce titre, "Messie noir" ? Dans un communiqué, D'Angelo explique que cet album parle "des gens se soulevant à Ferguson et en Egypte et à Occupy Wall Street et partout où une communauté en a assez et décide de faire advenir un changement." Mais il souligne cependant que toutes les chansons ne sont pas politiquement chargées, et ajoute qu'"il ne s'agit pas de chanter les louanges d'un unique leader charismatique mais d'en célébrer des milliers. C'est le sentiment que, collectivement, nous sommes ce leader".

La révolte sous jacente du soul brother apparaît dès la photo de pochette qui montre des poings dressés de manifestants en noir et blanc. Sur "The Charade", D'Angelo chante : "All we wanted was a chance to talk/Instead we only got outlined in chalk" ("Tout ce que nous voulions était une chance de parler/Au lieu de quoi nous avons juste été dessinés à la craie" - allusion au tracé au sol autour des cadavres).

Cette rage nous vaut aussi les expérimentations de "1000 Deaths" , une chanson curieusement cacophonique où les couches sonores se marchent volontairement sur les pieds, mais dont on préssent qu'on l'aimera bientôt autant que les plus grandes audaces de Prince. Amour et volupté

Toutefois, ce disque n'est pas que révolte et fureur, loin s'en faut. Il est tout autant, et même davantage, miel, amour et volupté. Et D'Angelo y apparait plus que jamais comme une parfaite incarnation d'Eros (dieu de l'amour et de la puissance créatrice). En particulier sur le déjà inusable "Sugar Daddy", dévoilé sur scène ces derniers mois, mais aussi sur le premier single officiel "Really love" et ses accents flamenco ou encore sur le final "Another Life", qui devrait faire rougir Prince de plaisir.

L'utlime bonne nouvelle c'est que D'Angelo sera en concert à Paris le 16 février au Palais des Congrès.