SAGA. "No Fuck Bébé" : gloire, drogue et Rock'N'Roll

Par @Culturebox
Publié le 11/05/2017 à 18H47
Les No Fuck Bébé, groupe de rock franc-comtois des années 1980.

Les No Fuck Bébé, groupe de rock franc-comtois des années 1980.

© Fabienne Le Moing

35 ans après, le fulgurant phénomène des No Fuck Bébé continue d'intriguer. Groupe de rock franc-comtois, les No Fuck Bébé ce sont des jeunes de la cité des Buis qui décident de faire de la musique pour fuir leur terne quotidien et l'avenir qu'on leur promet: l'usine Peugeot de Sochaux Montbéliard. Une histoire qui rappelle le roman d'Irvine Welsh, "Trainspotting". Punk attitude !

L'histoire que l'on va vous raconter est celle d'un OVNI musical. Un groupe de rock du Pays de Montbéliard né dans la fureur du mouvement punk au début des années 80. Aussi vite monté qu'il est redescendu. Les No Fuck Bébé, c'est leur nom, ont soufflé sur les braises du rock entre 1982 et 1984 dans la région. Ce groupe, qui n'a jamais joué de concerts ailleurs qu'en Franche-Comté, devint célèbre à l'échelle de la France au lendemain de la diffusion d'un documentaire dans la célèbre émission "Les Enfants du Rock" sur Antenne 2. Parmi tous les groupes passés devant la caméra, ils avaient littéralement crevé l'écran.
La bande originale des No Fuck Bébé

La bande originale des No Fuck Bébé

© Fabienne Le Moing
Les médias nationaux se sont alors intéressés à ces jeunes gens issus de la classe ouvrière, qui refusaient de suivre les traces de leurs parents dans les usines Peugeot et qui maniaient la provoc encore mieux que leurs instruments de musique. Trente cinq ans après, que reste-il des No Fuck Bébé ? La moitié des membres du groupe ne sont plus de ce monde. Un disque-vinyle a été réalisé avec les rares enregistrements studios de l'époque. Restent les paroles. Restent les souvenirs. Punk is not Dead.
 
Une série réalisée par C. Jeannin / F. Le Moing / K. Monnin / J. Maujard / M. Baschung  

Une histoire de dingues

Un soir de 1982, sur Antenne 2, les téléspectateurs de l'émission "Les Enfants du Rock" se retrouvent immergés dans la scène musicale du Pays de Montbéliard. Parmi tous les groupes diffusés ce soir-là, ce sont ces jeunes de Valentigney qui crèvent l'écran. Les No Fuck Bébé ont quelques mois d'existence, deux-trois morceaux dans leur répertoire mais surtout l'énorme envie de s'amuser et de vivre à fond la vie, avec tous ses excès. La découverte d'un groupe hors-norme.

Dès que j’ai ouvert cette relation avec René Philipps et Jimmy, je savais d’instinct que c’était top, que ça serait top.

Michel Vuillermet, réalisateur du documentaire "Sochaux-Montbéliard, le lion sort les griffes"

Amis pour la vie

Si les No Fuck Bébé ont fait parler d'eux durant deux ans, entre 1982 et 1984, c'est parce que les médias les adoraient. Ces jeunes loubards de Valentigney savaient faire les yeux doux aux caméras et mieux parler dans le micro que chanter. Emmenés par René, le chanteur guitariste et par Jimmy, le batteur, ils pensaient plus à s'éclater qu'à avoir un projet de carrière. Gros consommateurs de drogues, leur quotidien n'avait rien de gai.

Il y a un buzz qui se fait alors qu’internet n’existe pas : la moindre chose que l’ont fait, tout de suite les journalistes sont sur place. On ne comprend pas pourquoi il y a un engouement aussi important autour de ce groupe, parce que finalement, on n’a jamais joué en dehors de la Franche-Comté. [ …] Je pense qu’on était dans la vérité, dans notre vérité. Et puis on était cash.

René Philipps, ancien membre des No Fuck Bébé
Les No Fuck Bébé

Les No Fuck Bébé

© Fabienne Le Moing
C’est la spontanéité des No Fuck Bébé qui les a rendus si captivants. Ils fascinaient le public et les médias. Musique amateur, pas toujours juste mais motivée. Le groupe évolue, s’agrandit, mûrit. Ils apprennent à jouer en jouant, progressant au rythme de leurs chansons vindicatives.

Notre quotidien, c’était de courir après du produit, c’était de réfléchir à ce qui pourrait nous aider à ne pas être en manque dans l’heure qui suivait ou le lendemain. Notre problème c’était l’addiction. S’il n’y avait pas eu l’addiction, je pense qu’on était un groupe appelé à faire quelque chose dans la musique, c’est certain.

René Philipps, ancien membre des No Fuck Bébé

Made in Valentignay

Les deux leaders du groupe, René et Jimmy, étaient deux gosses de la Cité des Buis, à Valentigney, près de Montbéliard. Une cité ouvrière grise et sans grands espoirs pour la jeunesse d'échapper au chômage. Ou alors de travailler chez Peugeot.
René Philipps dans les années 1980, lorsqu'ils étaient membre des No Fuk Bébé

René Philipps dans les années 1980, lorsqu'ils étaient membre des No Fuk Bébé

© Fabienne Le Moing
Trente cinq ans après, René est retourné dans son quartier. Rien n'a changé : il est autant connu là-bas qu'à l'époque des No Fuck Bébé. Et le quotidien des jeunes y est toujours aussi gris. Rock aux airs de punk ou rap, peu importe le moyen, les jeunes de Valentigney trouvent en la musique un exutoire, une échappatoire à ce qui semble être la condamnation d’avoir grandi dans la cité des Buis.

Il y a comme une empreinte qui est posée sur un endroit, et c’est comme si c’était définitif.

René Philipps, ancien membre des No Fuck Bébé

Un futur pour le No Future

En 1984, ces jeunes gens qui étaient plus punks que les punks ont vu leurs chemins prendre des routes bien différentes. Jimmy et Gigi sont partis vivre à Pontarlier. Titus et Quinroux sont restés sur le Pays de Montbéliard. René et Laurence ont fui Valentigney pour échapper à la police et se sont installés à Grenoble. S'en suivront plusieurs années très difficiles faites de séjours en prison et de toxicomanie. Alors qu'ils étaient séparés, Laurence périra dans un accident domestique.
Les No Fuck Bébé avec le réalisateur de "Sochaux-Montbéliard, le lion sort les griffes", Michel Vuillermet

Les No Fuck Bébé avec le réalisateur de "Sochaux-Montbéliard, le lion sort les griffes", Michel Vuillermet

© Fabienne Le Moing
Pour se guérir de 16 années de toxicomanie, René, aura confié sa vie à Dieu, et tend la main désormais aux autres. AMEN.

Trente-cinq ans après, réaliser toutes les personnes qu’on a laissé derrière nous, c’est se demander si on est privilégié.

René Philipps, ancien membre des No Fuck Bébé

 

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