Roger Waters : 3 choses à savoir sur son nouvel album "Is This The Life We Really Want ?"

Par @Nijikid Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Mis à jour le 02/06/2017 à 11H47, publié le 01/06/2017 à 20H21
Roger Waters sur scène en octobre 2016.

Roger Waters sur scène en octobre 2016.

© C Flanigan / FilmMagic/Getty Images

Roger Waters, membre fondateur de Pink Floyd, sort son premier album solo depuis 25 ans. Produit par Nigel Godrich, fidèle de Radiohead, "Is This The Life We Really Want ?" est un concept album dans lequel il interroge sans détours la société humaine. Un brûlot qu'il défend actuellement en tournée aux Etats-Unis avec un show spectaculaire de "résistance" dont il a le secret. Revue de détails.

1. Un album sombre et politique

On ne se refait pas. Avec Pink Floyd et en solo, Roger Waters a toujours dénoncé les travers de la société et appelé à la nécessaire empathie de l'humanité. 25 ans après son dernier album solo, "Amused to Death" (1992), qui dénonçait l'emprise des médias de masse sur les esprits, il revient plus critique et désenchanté que jamais. Il faut dire que la situation mondiale n'est pas belle à voir.

Sombre, grave, furibard, cet album en est le reflet. Il confirme aussi la capacité intacte d'indignation et de révolte de Roger Waters, 73 ans, un artiste connu pour ses engagements, notamment en faveur de la cause palestinienne, et qui n'a jamais mâché ses mots contre les puissants. A l'image de son titre "Est-ce vraiment la vie que nous voulons ?", cet album (à l'écoute en bas de page) questionne tout un chacun.

Un message limpide
La charge, impitoyable, commence dès le second titre, "Déjà vu", dans lequel Waters s'en prend indirectement à Dieu. S'imaginant à sa place, il décline tout ce qu'il "aurait mieux fait" pour la justice des mortels. Les évocations poignantes de "The Last Refugee" lui succèdent avant les deux chansons phares de l'album, qui sont aussi les plus féroces : "Picture That" et "ls This The Life We Really Want ?", hantées l'une et l'autre par des visions d'apocalypse conjuguées au présent et non pas au futur.

Roger Waters, dont la voix légèrement chevrotante rappelle parfois ici celles de Bowie et Dylan, quitte assez peu son rôle de prophète exaspéré durant les 54 minutes que dure l'album. Mais son message a le mérite d'être clair face à la brutalité du monde. "Il n'y a pas de 'nous et eux', c'est une illusion", expliquait-il à Rolling Stone en février. "Nous sommes tous des êtres humains et nous avons la responsabilité de nous soutenir les uns les autres. En trouvant le moyen de destituer le pouvoir du très très petit nombre de personnes qui contrôlent tout le cash et tous les biens" de la planète.  Un message dont chacun appréciera l'urgence.


2. Le producteur de Radiohead Nigel Godrich aux manettes

En choisissant de travailler avec Nigel Godrich, considéré comme le sixième membre de Radiohead dont il a produit tous les disques depuis "OK Computer" en 1997, Roger Waters semble avoir opté pour le renouvellement et la modernité. Un choix très sûr toutefois, Godrich étant l'un des producteurs les plus en vue de la planète, ses états de service allant de Beck et Pavement à Paul Mc Cartney ou aux Red Hot Chili Peppers.

Sur le papier, la perspective d'un mélange sonore Radiohead-Pink Floyd était particulièrement alléchante. Il fonctionne de fait à merveille mais l'orgasme musical attendu n'est pas vraiment au rendez-vous. On ne saurait tout à fait l'expliquer. On en attendait sans doute trop. Peu de frictions entre ces deux monuments, mais peu d'étincelles non plus. Le mélange est harmonieux mais trop souvent sans éclat. Et un peu plombé lors des premières écoutes (ça se tasse avec le temps).

Somptueux arrangements de cordes
On pense régulièrement à Pink Floyd – il suffit d'une accélération à la batterie et de deux notes de synthés comme sur "Picture That". La patte de Nigel Godrich, elle, se fait sentir dans le sens de l'espace, le dépouillement, le travail habile de mixage entre les différents instruments, la voix et les collages sonores (beaucoup d'extraits d'émissions de radio et de JT).

Mais une fois encore Godrich mérite une médaille pour ses somptueux arrangements de cordes. Sur "Broken Bones", il les enroule autour d'une guitare sèche ponctuée d'éclats de slide guitar. Sur "Is This The Life…" elles dramatisent admirablement les murmures empoisonnés de Waters énumérant méthodiquement toutes les horreurs du monde, et rappellent beaucoup celles du dernier album de Radiohead "A Moon Shaped Pool".  

Sauf que Roger Waters n'est pas Thom Yorke. Moins subtil, plus direct, souvent même grandiloquent et sentencieux, son constat a tendance à ajouter de l'accablement à une réalité déjà accablante sans offrir d'échappatoire poétique à l'auditeur. Le travail d'orfèvre et la délicatesse de Godrich sont d'autant plus salutaires.


3. La tournée la plus attendue de l'année en mode "résistance"

Là où Roger Waters est imbattable, c'est sur scène. Ce nouvel album, il a prévu de le défendre avec une tournée mondiale des stades prometteuse. Baptisée Us + Them (référence à un titre de l'album "The Dark Side of the Moon"), elle a débuté le 26 mai en Amérique du Nord, qu'il sillonnera durant cinq mois, jusque fin octobre. L'Europe attendra.  

Lui qui a quasiment inventé les shows de rock à grand spectacle avec les tournées de Pink Floyd "Wish You Were Here", "Animals" et "The Wall", ne pouvait pas faire moins que les shows sensationnels qu'il a offerts en solo avec "The Wall" entre 2010 et 2013.

Donald Trump, "cette source inépuisable d'absurdité"
Le président américain Donald Trump, "cette source inépuisable d'absurdité" selon Waters, est au centre du dispositif de démolition rageuse de ce nouveau spectacle total. L'actuel locataire de la Maison Blanche, qui assistait pourtant à l'un de ses concerts au Madison Square Garden en 2010, en prend sévèrement pour son grade. Dans les projections de scène, le milliardaire porte du rouge à lèvres, des dollars sur les yeux et une capuche du Ku Klux Klan. Sur "Pigs (3 different Ones)", il est affublé d'un corps de porc tandis que certains de ses propos les plus haineux défilent sur les écrans.

L'idée est de dénoncer sa méhode visant à désigner l'autre comme l'ennemi pour mieux favoriser le business hautement profitable des guerres.

80% de vieux titres et 20% de nouveaux
Comme il l'avait promis, Roger Waters joue essentiellement de vieux titres de l'époque Pink Floyd et à peine 20% de nouveautés. En regardant les setlists de ses premiers concerts ces jours-ci outre-Atlantique, on remarque une majorité de chansons extraites de "The Dark Side of the Moon" (8 sur 24), pas loin d'être joué dans son intégralité, mais aussi une belle poignée de morceaux de "The Wall" et autant de titres du nouvel album.

A 73 ans, repartir pour une si longue tournée, est-ce bien raisonnable ? Apparemment oui. "Il y a quelque chose de très prenant dans le fait de se retrouver dans un concert avec des gens dans le même état d'esprit", reconnait-il. "Il y a un vrai sens de la communauté et je ressens une véritable connexion avec mon public lorsque je suis sur scène. Alors c'est quelque chose que je veux faire aussi longtemps que je le pourrai".

Avec cet album et cette tournée, Roger Waters se pose en leader mondial de "la résistance à Trump mais aussi à tous les despotes, dictateurs et voleurs de la planète". Reste à savoir si son message sera entendu.

Roger Waters "Is This The Life We really Want ?" (Sony) sortie le 2 juin