Neil Young : 5 combats d'un musicien engagé

Par @Nijikid Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Mis à jour le 21/06/2016 à 21H50, publié le 21/06/2016 à 19H27
Neil Young le 18 mai 2016 en Californie.

Neil Young le 18 mai 2016 en Californie.

© Rich Fury/AP/SIPA

Neil Young achève jeudi 23 juin à Paris une tournée française autour de son dernier album live, "Earth". Un disque dédié à "mère nature" qui reprend de nombreux classiques de son répertoire et témoigne en filigrane de l'engagement constant du musicien canadien en faveur de l'écologie. Mais le père du "grunge" n'est jamais à court de combats. La preuve en 5 de ses coups de gueule et leurs 5 hymnes.

1.
Monsanto, les OGM et Starbucks 
Le semencier américain Monsanto est la bête noire de Neil Young. "Le pire bandit au monde", selon lui. Au point qu'il lui a consacré un disque, "The Monsanto Years" en 2015. Dans la chanson titre, il dénonçait l'asservissement des fermiers aux graines OGM "empoisonnées" et stériles, résistantes au pesticide Roundup que le semencier vend de l'autre main. Dans son nouvel album live "Earth", Neil Young, 70 ans, invite encore à traquer les OGM dans la nourriture.

Dans cette bataille contre les OGM, il s'est aussi attaqué à Starbucks à qui il reproche d'avoir entamé aux côtés de Monsanto des poursuites en justice contre l'Etat du Vermont. Ce dernier, dans une loi votée en avril 2014 (Act 120), réclame le signalement des OGM dans toute nourriture (y compris le lait que sert Starbucks dans ses cafés) à compter du 1er Juillet 2016.

Considérant ce procès comme celui du pot de terre contre le pot de fer, Neil Young invitait dès 2014 ses fans à boycotter la multinationale du café. "On a le droit de savoir ce qu'il y a dans notre café", insistait-il. L'année suivante, dans la chanson "A Rock Star Bucks A Coffee Shop" (album Monsanto Years) il chantait : "Oui, je veux une tasse de café mais je ne veux pas d'OGM, Je veux commencer ma journée sans aider Monsanto". Fin mai il répondait encore du tac-au-tac à un épis de maïs humain OGM  dans le Colbert Show (la vidéo vaut le détour).


2
La piètre qualité sonore des MP3 
La qualité pitoyable selon lui du son des MP3 est un autre sujet récurrent de colère chez Neil Young. Il n'a pas de mots assez durs contre ce format de compression "merdique",  à l'origine du "pire son que nous ayions jamais connu". Aujourd'hui, "le beat conduit tout. La chaleur, la profondeur et les aigus ont disparu", déplorait-il déjà en 2012 dans le NME. La même année, il publiait "Driftin'back" (album "Psychedelic Pill" avec le Crazy Horse), une plainte longue de presque 30 mn contre le MP3. "Je ne veux pas de MP3/ Quand tu écoutes ma chanson maintenant/ Tu n'en as que 5%/ Avant tu l'avais en entier", chante-t-il.

Depuis, grâce à une campagne de financement participatif sur Kickstarter, il a sorti avec un certain succès le Pono, un appareil pour audiophiles présenté par le musicien comme "le lecteur portable avec le meilleur son du monde". Sa colère contre le MP3 ne s'est pas pour autant apaisée. Il a même décidé de ne pas vendre son nouvel album "Earth" sous ce format (disponible uniquement en vinyle, CD, et fichiers Pono). Pas plus tard que la semaine dernière, il disait encore préférer que le public vole les MP3 de sa musique plutôt que de les lui vendre.


3.
Donald Trump 
La fibre écologique de Neil Young apparaît irréconciliable avec le point de vue du républicain Donald Trump : pour le milliardaire le changement climatique est un concept bidon  inventé " target="_blank"> par les Chinois pour rendre les Etats-Unis moins compétitifs ! Or, Trump est un gros fan de Neil Young, comme il l'expliquait à Rolling Stone en 2008. Du coup, il a jugé bon d'entrer en campagne en juin 2015 au son de "Rockin' in the free world", un des hymnes universels de Neil Young.  Ce que ce dernier lui a aussitôt interdit, précisant qu'il ne laisserait aucun politicien utiliser sa musique, excepté le démocrate Bernie Sanders qu'il soutient. 

Mais Donald Trump a fait la sourde oreille un moment, continuant de faire résonner la chanson dans ses meetings. Sur Facebook, début juin, Neil Young a vu rouge et réitéré son interdiction d'utiliser sa musique au candidat républicain. En précisant qu'il "n'approuve pas la haine, le fanatisme, les injures puériles, la superficialité de la célébrité ou l'ignorance". Le musicien a accompagné ce post Facebook d'une vidéo dans laquelle il joue "Rockin in The Free World" et rugit "Fuck You Donald Trump !".

 

4.
Le projet d'oléoduc XL Keystone et les sables bitumineux 

Depuis longtemps, Neil Young combat aux cotés des fermiers américains. Or le projet de pipeline XL Keystone, long de 3.500 km, qui acheminerait les hydrocarbures issus du sable bitumineux depuis la région canadienne de l'Alberta jusqu'à Houston au Texas (USA), sont très contestés par les fermiers situés sur le parcours, notamment au Nebraska. Les défenseurs de l'environnement y voient un risque de pollution des sols et de l'eau en cas de fuite d'hydrocarbures et une contribution au réchauffement climatique.

Neil Young est bien sûr de cet avis et monte le son en 2014 avec les manifestants des deux côtés de la frontière. Pour lui, l'oléoduc XL Keystone (actuellement au point mort, bloqué par Obama) "est un grand pas dans la mauvaise direction pour la santé de la Terre." Il se fend aussi d'un nouveau brûlot, "Who's gonna stand up". "Interdisez les énergies fossiles et fixez des limites/ Avant que nous ne construisions un autre pipeline (...) Protégeons la terre de la cupidité de l'homme, faisons sauter les barrages / Dressons-nous contre l'industrie pétrolière, protégeons les plantes et renouvelons les sols / Qui va se lever et sauver la Terre ?", demande-t-il dans cet hymne écolo.
 

5.
George W.Bush et la guerre en Irak 

Il aurait été étonnant que le vieux hippie soit un vat-en-guerre. Trois ans après l'invasion de l'Irak, en 2006, alors que les soldats américains revenaient au pays blessés, Neil Young sortait l'un de ses albums les plus politisés. "Living with War" dénonçait la politique agressive de l'administration du président américain George W. Bush et son coût humain exorbitant. Une charge culminant avec la chanson "Let's Impeach The President", dans laquelle il plaidait pour une destitution pure et simple du locataire de la Maison Blanche. Un retour furibard qui a été suivi de bien d'autres. La décennie écoulée restera sans doute comme sa plus fertile en combats.
 

Neil Young est en concert mardi 21 juin au Zénith de Toulouse et jeudi 23 juin à l'Accor Hotel Arena de Paris