Mondial du Tatouage 2016 : Tin-Tin connaît la musique !

Par @Nijikid Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Mis à jour le 26/02/2016 à 18H29, publié le 26/02/2016 à 12H57
Tin-Tin, président du Syndicat National des Artistes Tatoueurs.

Tin-Tin, président du Syndicat National des Artistes Tatoueurs.

© Thomas Krauss

Faut-il encore présenter Tin-Tin, le tatoueur le plus célèbre de France ? A l'occasion de la nouvelle édition du Mondial du Tatouage, qui se déroule du 4 au 6 mars à la Grande Halle de la Villette, nous avons été sonder les goûts musicaux de l'organisateur de l'évènement. Derrière la façade de biker rock'n'roll, son parcours musical va vous étonner.

Le parcours musical singulier du premier tatoueur de France

Regardez-le : les tatouages, les biscotos, les blousons en cuir sans manches, sans compter la gouaille de titi parisien : tout chez Tin-Tin laisse imaginer qu'il est fan de rock. Du genre farouche et exclusif. Pourtant…

L'as de l'aiguille a du répondant quand il s'agit de tordre le cou aux préjugés (même hors musique). L'an passé, au détour d'une conversation, le président du Syndicat national des Artistes Tatoueurs s'était mis à débiter deux couplets d'Eminem à cent à l'heure, sans effort, ponctués d'un énorme éclat de rire. Puis il s'était rangé sans hésiter du côté des Beatles contre les Stones. Nous voulions en savoir plus.

Tin-Tin nous reçoit dans sa boutique-atelier de la rue de Douai (Paris 9e). A l'étage, une jeune femme entièrement nue, allongée sur le côté, offre son flanc droit à l'aiguille du maestro. Le patron de la parure de peau est à l'ouvrage sur une magnifique baleine dont la queue se perd à mi-cuisse de la belle. La musique est présente, comme toujours, le logiciel en mode random balayant cette fois rap, rock et dub. L'ambiance est concentrée mais détendue. Elle va vite tourner à la déconne et aux fous rires fumeux. Tin-Tin est une crème qui ne se prend surtout pas au sérieux. Action.

Quels sont les artistes qui t’ont le plus marqué enfant ?

Tin-Tin : J’aimais bien Pierre Perret, je le préférais aux chansons tristes de Berthe Sylva et Léo Ferré que mon père me faisait écouter. Aujourd'hui, j'aime mieux Ferré que Perret. Quoique, le fameux Tonton Cristobal qui est revenu, des pesos, des lingos, il en a le cul cousu et la famille hypocrite qui crie vive le barbu…(il rit) J’ai une super mémoire auditive, je peux te chanter tout Charles Trenet tout Bobby Lapointe, tout Georges Brassens, Annie Cordy, Claude François, Joe Dassin, Carlos tout ce qui passait sur RTL et que j’ai écouté petit. Je retiens même des choses que je déteste. Je peux te chanter "Place des Grands Hommes" de Patrick Bruel si tu veux, ça me fait une belle jambe. Je connais tous les chanteurs de gauche par cœur. Reggiani ? "C'est moi, c'est l'Italien, est-ce qu'il y a quelqu'un, est-ce qu'il y a quelqu'une" (son impeccable imitation nous fait rouler des yeux ronds. Ce n'est rien comparé à ce qui va suivre). Tu connais "Le Bougalou du Loup Garou" par Carlos et Joe Dassin?

 

Quel est le premier disque que tu as acheté ?

Tin-Tin : Les Beatles. "Help", vers 10-12 ans. Mon cheminement musical part des Beatles avant toute chose (regard brillant, presque fervent). C'est quand même le plus grand groupe de la création, qui a inventé la pop music ! Le vrai rock prolétarien, c'est les Beatles. A côté, les Stones c'est des burnes, ils n'ont rien inventé. Mon album préféré des Beatles c'est l'album blanc. Je ne les écoute plus vraiment aujourd'hui mais ça a été une très belle éducation musicale. Ensuite, je suis tombé dans le rock'n'roll. J'étais rocker avec la banane et les creepers (rires).

The Beatles "Revolution" (Live filmé le 4 septembre 1968 aux Twikenham Film Studios)


Comment es-tu "tombé" dans le rock'n'roll  ?

Tin-Tin : Tu sais c’est souvent une histoire de gamins de banlieue. J'étais de Vanves-Malakoff, j'avais 16 ans et si les gamins de mon quartier avaient été dans le reggae je serais peut-être devenu rasta. On écoutait Eddie Cochran, Gene Vincent, Johnny Burnette. A cet âge là tu es très exclusif et tout ce qui n'est pas ton style c'est de la merde. Même si tu écoutais Madness ou AC/DC auparavant, tu ne dis rien à tes potes et tu planques tes vieux disques. On allait au Plan à Ris Rorangis, au Boucanier boulevard Raspail et à des soirées. Mais il n'y avait pas grand-chose pour nous parce que dans les années 80 si t’étais rock t’étais ringard, c’était déjà l’époque de Michael Jackson et Earth Wind & Fire.
As-tu cogné des punks à l'époque ?
Pas spécialement. Parce que je traînais aussi au Gibus avec des punks et des skinheads et toute la faune de l’époque. Je sortais avec une gonzesse très punk-rock qui écoutait The Clash. Rapidement je me suis mis à être beaucoup plus ouvert, moins sectaire que les bas du front avec qui je pouvais traîner au départ. Je me suis mis à écouter du Clash, du punk et du psycho billy, tout ce qui était Meteors, et puis après Iggy Pop et Bowie.
 La mort de Bowie ça t’a touché ?
Il avait le même âge que Lemmy de Motörhead, ils sont morts à un mois d’écart. Ca m’en a mis un coup dans le cornet !


Dans les années 90, tu as beaucoup tatoué à New York, où sortais-tu là bas ?

Tin-Tin : J'étais à New York au moins trois mois par an à l'époque. J'allais au CBGB, parce que je tatouais pile dans le quartier. Là bas j'étais pote avec toute la scène hardcore new yorkaise. Je fréquentais les mecs de Murphy’s Law, d’Agnostic Front, de Cro-Mag mais sans même me soucier de la musique qu’ils faisaient. J’allais même pas à leurs concerts, je m’en foutais, c’était juste mes potes du quartier. Au CBGB j'allais souvent voir un groupe noisy, Unsane, les Luna Chicks ou Sick of it All. Mais de cette époque je me souviens surtout d'un concert mortel d'Infectious Grooves à San Francisco.


Le début des années 90 était aussi un âge d'or pour le rap américain…

Tin-Tin : Je n'ai pas une tête à écouter du hip-hop, je sais. Pourtant, j'en écoute beaucoup. Tous les classiques. J'aime Eminem (il rappe quelques rimes de "The Real Slim Shady"). Mais mon préféré c'est Redman. Avec Method Man. J'aime bien Busta Rhymes, Notorious Big, Dr Dre, N.W.A., un bon vieux Snoop Dogg et Cypress Hill, qui m'avaient fait venir à La Mutualité pour me rencontrer.

 

Le rap français ?

Tin-Tin : A part NTM il n'y a pas eu grand-chose d'autre. Ah si j'aime bien Mc Circulaire, c'est du rap vendéen. Et Booba aussi, je trouve que sur un ou deux albums il a un vrai son, il faut l'écouter au second degré.  Il s'est fait tatouer chez moi par un de mes tatoueurs. Joey Starr aussi. En fait c'est rarement moi qui les tatoue parce que souvent ce n'est pas mon style. La clientèle ça t'amène aussi de nouveaux horizons musicaux.

 

Tu sortais beaucoup au Pulp, à la grande époque de ce club lesbien du boulevard Poissonnière (1997 – 2007). Quel est ton rapport à la musique électronique ?

Tin-Tin : J'y allais à l'époque où c'était interdit aux hommes, sauf à moi, Rachid Taha et un autre mec. Donc moi c'était plutôt une question de rapport aux gonzesses qu'à la musique. (rires) En électro j’aime bien Jennifer Cardini, Sextoy, Ivan Smagghe, tous ceux qui sont devenus connus après. J'ai été jeune dans les années 90 donc j'ai fait les premières raves parisiennes et les vraies soirées techno. J’étais pote avec Manu le Malin, Lenny Dee, Torgull, la connexion c’était le tatouage, c’était mes potes mais leur musique qui bastonne me faisait un peu chier, il fallait bouffer des produits pour aimer la musique, le genre qui te ferait faire l'amour à un lampadaire (rires). 
 

 

Quel groupe rêverais-tu de voir en concert?

Tin-Tin : Les Beatles (rires). Ah et Led Zeppelin parce qu'ils pourraient se reformer une nouvelle fois avec le fils de Jon Bonham, il est aussi bon que son père. C’est légitime du coup parce que ce serait presque le même groupe qu’à l’origine. 


Ton dernier coup de coeur musical ?

Tin-Tin Clutch, c'est un groupe de stoner américain, je les ai vus en concert au Trabendo fin novembre et je me suis éclaté. Ils sont quatre mais live ça déboite !

 

Quelle est ta pochette d'album préférée, celle que tu pourrais te faire tatouer ?

Tin-Tin : J'en ai tatoué plein, notamment les pochettes d'Iron Maiden. Je trouve leur icônographie très belle, je m'éclate à les faire sur d'autres mais je ne me ferais pas tatouer ça. Je les ai vus au Hellfest mais ça ne m'éveille rien, je ne connais même pas un seul morceau. Ah si je sais : la pochette de "Cheap Thrills" de Janis Joplin !Ce sont des dessins de Crumb. Je pourrais me faire tatouer un personnage de la pochette sans problème.

La pochette de "Cheap Thrills" de Janis Joplin © Robert Crumb

Mondial du Tatouage 2016 : programme et mode d'emploi

Le Mondial du Tatouage se déroule du 4 au 6 mars à La Grande Halle de La Villette (Paris). Entrée : de 18 à 32 euros. Pour les tatouages, les tarifs sont à négocier directement avec les artistes. Le choix est grand puisqu'ils sont plus de 350, venus du monde entier. Consultez la page du Mondial où ils sont tous présentés et surtout, prenez rendez-vous en ligne avec celui de votre choix.

Un jury prestigieux, constitué des légendes vivantes du tatouage Filip Leu, Bill Salmon, Luke Atkinson et Kari Barba (une tatoueuse), départagera les meilleures parures de peau dans une ambiance survoltée, avec des trophées à la clé.

Plus de 32.000 personnes sont attendues à cette convention, l'une des plus prestigieuses et désormais la plus grande du monde en terme de fréquentation, selon Tin-Tin.

Plusieurs concerts sont prévus durant l'évènement : Orange Goblins, Uncle Acid & The Deadbeats, Sticky Boys, Hangman's Chair - ainsi qu'une exposition consacrée au dessinateur Coyote, mort l'été dernier, et qui est l'auteur du logo de Tin-Tin Tatouages. Neuf guitares Fender décorées ou plutôt "tatouées" par des artistes seront également exposées.

Enfin, le périmètre du Mondial a encore été étendu (20.000 m2) et occupe désormais aussi l'extérieur avec des Food Trucks disposés tout autour, sous le péristyle. Yummy !