"Crache ton venin" et "Hygiaphone" : Les Insus à Lyon avant l'album live et le documentaire

Par @Culturebox
Mis à jour le 01/08/2017 à 11H03, publié le 31/07/2017 à 19H05
Les Insus sur la scène des Nuits de Fourvière, à Lyon, le 27 juillet

Les Insus sur la scène des Nuits de Fourvière, à Lyon, le 27 juillet

© Jean-François Convert

C'est bientôt la fin d'une tournée exceptionnelle de 2 ans pour Les Insus. Mais l'aventure ne s'arrête pas là : un album live est prévu pour le 8 septembre et un documentaire sur la tournée pour l'automne. Au concert du 27 juillet des Nuits de Fourvière à Lyon, on a pu capter l'énergie et le plaisir évident de jouer ensemble de ces éternels adolescents.

Téléphone. Un groupe mythique dans l'histoire du rock français. On a tous entendu leur tubes à la radio, ou sur des cassettes repiquées quand on n'avait pas de quoi lire les disques 33 tours dans sa chambre. Mais les voir en concert "pour de vrai", ça c'était une autre histoire...surtout quand le groupe s'est séparé alors qu'on était encore au collège. Trop jeune pour avoir pu vivre cette expérience grisante "à l'époque", on ne pouvait pas rater un concert des Insus pour enfin ressentir cette "bombe humaine" en chair et en os.
La queue plusieurs heures avant l'ouverture des portes

La queue plusieurs heures avant l'ouverture des portes

© Jean-François Convert
Et on n'a pas été déçu. 2h30 de concert, la téléportation dans cet "autre monde" a été totale: c'est comme si on avait remonté le temps et assisté à un concert des années 80. La même fougue, la même énergie, la même joie, dès les premières notes.
"Crache ton venin" ouvre le concert (après "Gimme Shelter" des Stones en introduction). Tout de suite c'est l'énergie qu'on perçoit. Le gros son des guitares, un très bon premier solo de Jean-louis Aubert à la wah, puis le final à deux avec Louis Bertignac.

Images : JF. Convert, Montage : T. Saez
Pas de temps mort, ça enchaine immédiatement avec "Hygiaphone" que Jean-Louis Aubert, très en forme, lance avec un rugissant "Lyoooonnnn !"
Bien que sexagénaires, les Insus ont encore de l'énergie à revendre. On croirait les voir à la grande époque de Téléphone : il sautent, courent sur la scène, et s'amusent indéniablement. Ce plaisir se propage immédiatement dans l'assistance qui connait toutes les chansons par coeur et reprend les paroles au mot près, comme un seul homme. Composé quasiment exclusivement de quadras et quinquas, le public semble revivre ses années lycée et est venu en très grand nombre pour voir ces icônes du rock français.

Un plaisir communicatif

Un groupe très en forme

Un groupe très en forme

© Jean-François Convert
Sur scène, les musiciens ne cachent pas leur bonheur : sourires, rires, regards complices, l'alchimie est toujours là. Les bons mots sont nombreux, les vannes fusent. Avant de lancer un "66 heures" à 100 à l'heure, Louis Bertignac entonne "Voilà ,c'est fini" et propose à Jean-Louis Aubert de chanter "Ces idées-là" lors de ses prochaines tournées solo. Pendant le set acoustique, Aubert demande "si on a toute la nuit?". Clameur du public. Bertignac répond qu'il a "piscine à 1h du mat'..." Certaines paroles sont adaptées pour l'occasion, ainsi  dans "Fleur de ma ville", Aubert glisse "même si j'ai froid au coeur de l'hiver, je m'en fous je suis à Fourvière". La soixantaine passée ne l''empêche pas non plus  de se déhancher sur "Flipper". Le public, euphorique, en redemande.
Le public nombreux dans le théâtre Antique de Fourvière (Lyon)

Le public nombreux dans le théâtre Antique de Fourvière (Lyon)

© Jean-François Convert
C'est d'ailleurs dans une ambiance de délire qu'arrive la tradition des Nuits de Fourvière du lancé de coussins qui innondent littéralement la scène. "Nous aussi on peut lancer des trucs" ironise Jean-Louis en dévoilant l'énorme ballon en forme de planète terre, qui annonce le dernier morceau "Un autre monde". "Ce monde c'est tout notre passé, tout notre futur, c'est notre souffle, on vous le donne, prenez en soin" dit le chanteur en introduction. Le ballon va ensuite sauter dans le pubilic avant de revenir sur scène, tandis que les musiciens jouent comme si c'était à la fois leur premier et leur dernier concert : en donnant tout et avec une innoncence d'adolescents. Le rappel avec "Ca (c'est vraiment toi)" nous montre de grands enfants : pendant les solos de guitares, Louis et Jean-Louis se courent après en tournant autour de la batterie, tels deux gosses qui se chamaillent. Tout le monde à l'impression de faire un bond dans le temps et de revenir à ses années juvéniles : Un sentiment de régression jouissive et euphorisante.

La setlist du 27 juillet

De "Crache ton venin" en ouverture à "Tu vas me manquer" en dernier rappel, tous les tubes de Téléphone on été joués : "Argent trop cher", "La bombe Humaine", "New York avec toi", "Un autre monde"...
En milieu de concert, un set intimiste avec Louis et Jean-Louis aux guitares acoustiques et Richard aux ballets sur sa caisse claire a revisité "Fleur de ma ville" et a offert une belle interaction avec le public.
"Le jour s'est levé" n'avait jamais été joué en concert à l'époque de Téléphone (seulement lors des tournées solo de Jean-Louis Aubert). Ce soir-là, les Insus y ont intégré le refrain de "Like a rolling stone" de Dylan.
Une setlist riche, dense, et spontanée, dont plusieurs morceaux ont été décidés au dernier moment (par exemple "Prends ce que tu veux") qui ont fait la joie de tous les fans de Téléphone.


Un groupe soudé et efficace

Les 3 ex-Téléphone : Jean-Louis Aubert, Louis Bertignac et Richard Kolinka

Les 3 ex-Téléphone : Jean-Louis Aubert, Louis Bertignac et Richard Kolinka

© Jean-François Convert
Les rôles sont clairement définis : Jean-Louis Aubert mène la bande en maintenant la cohésion avec un jeu de guitare carré, efficace et moins décousu que son compère Louis Bertignac, parfois en roue libre, qui s'envole là où son imagination l'emmène. Côté chant, c'est bien sûr Jean-Louis qui assure la majeure partie des lead, même s'il laisse place à Louis pour quelques chansons, notamment pour "Cendri-Lyon". Très en forme et très en voix, il interpelle régulièrement le public, crie à la Jagger, et lance le fameux "en voiture s'il vous-plait !" au début de "Métro (c'est trop)".
Fidèle à lui-même, Richard Kolinka (surnommé "le lion" par Aubert, et "Richie" par Bertignac) assure le show avec ses cultissimes moulinets et lancés de baguettes, ainsi qu'un plaisir évident d'être là. Au début  de "Cendrillon", il n'hésite pas à faire le clown avec ses mimiques de jeune princesse. Le discret Aleksander Angelov assure une assise solide et vrombissante pour permettre aux deux guitaristes d'échanger de beaux duels de guitare, notamment sur "Ca (c'est vraiment toi)" où ils croisent littéralement les manches en jouant chaucun sur l'instrument de l'autre, tout en citant le riff de "Purple Haze".
Jean-Louis Aubert avec son modèle James Trussart, Louis Bertignac et sa Gibson ES345

Jean-Louis Aubert avec son modèle James Trussart, Louis Bertignac et sa Gibson ES345

© Jean-François Convert

Les guitares de Louis et Jean Louis

Pour les aficionados de six-cordes, voici les guitares utilisées par Louis Bertignac et Jean-Louis Aubert pour cette soirée du 27 juillet :
Depuis plusieurs concerts, Louis Bertignac arbore une magnifique Gibson ES345 bleu-turquoise, notamment sur "Crache ton venin", "Hygiaphone", pour le riff énorme de "Ce que je veux" et un très bon solo sur "Electric-cité". Il reste bien sûr fidèle à sa mythique Les Paul-SG Junior 1963 de l'époque Téléphone, notamment sur "Cendrillon" (où il joue avec les dents), "Ça (c'est vraiment toi)" où il glisse les riffs de "Kashmir et "Satisfaction" "Le jour s'est levé", le riff de "Flipper". Sur "Un autre monde", il joue sur la même Les Paul Custom 1956 noire que dans le clip original, et c'est une Goldtop qui lui permet de slider sur le dernier rappel "Tu vas me manquer". Enfin, pour la partie acoustique, il utilise sa Gibson Hummingbird de 1960.

Pour sa part, Jean-Louis Aubert démarre le concert avec sa guitare fétiche fabriquée sur mesure par le luthier James Trussart. Puis il ressort les instruments qu'il jouait à l'époque de Téléphone : d'abord une Epiphone Sheraton 1954 pour un solo très rock'n'roll sur "66 heures", et pour tous les gros riffs comme "Tu vas me manquer" ou "Ça (c'est vraiment toi)". Et une Stratocaster sunburst 1959 pour les très beau arpèges de "Cendrillon", "Un autre monde", la rythmique funky d'"Electric-cité", et un superbe solo  sur "Flipper". Côté acoustique, il joue sur sa Martin D28, et bien sûr au piano sur "Le jour s'est levé".

Richard Kolinka toujours heureux sur sa batterie

Richard Kolinka toujours heureux sur sa batterie

© Jean-François Convert

 

Un album live pour septembre et un documentaire pour l'automne

Si l'aventure de cette tournée incroyable semble bientôt toucher à sa fin (2 dernières dates en métropole au Stade de France les 15 et 16 septembre, suivies de 2 dates à la Réunion les 6 et 7 octobre), le groupe tient à faire durer plaisir.
Tout d'abord un album live est annoncé pour le 8 septembre. Enregistré les 21 et 22 octobre 2016 à l'Accor Hotels Arena, il bénéficie d'un mixage par le légendaire Bob Clearmountain. Une édition limitée proposera en supplément un live au Trabendo (Parc de la Villette) enregistré le 3 novembre 2016 et composé de titres inédits en concert, c'est-à-dire les morceaux joués uniquement dans les petites salles.
Ensuite un documentaire intitulé "Re-création" sur la tournée 2016, réalisé par Thierry Dory,  va être diffusé à l'automne. En voici un extrait :

"Hygiaphone" enregistré à l'Accor Hotels Arena en octobre 2016

40 ans après les débuts de Téléphone, leur musique reste encore très populaire et continue de déplacer les foules. Nul doute que les ventes de l'album live vont également aller dans le même sens. Le rock français se porte bien et c'est une très bonne nouvelle.