Les Eagles of Death Metal, ce soir à l'Olympia, pour un concert thérapie

Par @Culturebox
Mis à jour le 16/02/2016 à 19H19, publié le 16/02/2016 à 10H13
Le chanteur des Eagles of Death Metal, Jesse Hughes, à Stockholm, février 2016

Le chanteur des Eagles of Death Metal, Jesse Hughes, à Stockholm, février 2016

© Vilhelm Stokstad / TT News Agency / AFP

Trois mois après la tragédie du Bataclan, les Eagles of Death Metal sont de retour mardi soir à l'Olympia à l'occasion d'un concert chargé d'émotion qui pourrait s'apparenter à un exercice de thérapie collective pour les musiciens comme pour les rescapés. Mais ils ne joueront pas la chanson interrompue par l'horreur le 13 novembre.

"Kiss The Devil" ne sera pas jouée mardi à l'Olympia

"Ce sera un concert normal de rock, on va s'amuser", veut croire le chanteur et guitariste des "EODM", Jesse Hughes, dans un entretien à l'AFP. A la différence du 13 novembre 2015, il sera accompagné sur scène par son ami Josh Homme, co-fondateur de ce groupe de rock devenu mondialement célèbre bien malgré lui. Le Bataclan toujours fermé, c'est au fronton de l'Olympia que leur nom va apparaître pour une soirée en présence de rescapés et de proches des victimes, invités par la production mais aussi de fans du groupe qui ont acheté leur billet.

Mais les Eagles of Death Metal ne joueront pas "Kiss The Devil", la chanson interrompue le 13 novembre par les tueurs. "Nous ne pouvons pas jouer Kiss the Devil", explique Josh Homme dans un entretien au journal Le Monde. "Nous ne savons plus où vit cette chanson désormais, et nous n’avons pas de raison de chercher à le savoir. Car nous avons aussi des demandes… de ne pas la jouer. Une personne qui ne veut pas l’entendre compte plus pour nous qu’une centaine qui voudraient qu’on la joue. Le morceau démarre d’une façon très iconique, vous savez : Tsi Tsi poum poum tacatac… (silence) Cela démarre ainsi… On ne sait pas quoi faire avec cela…"

Un concert sous haute sécurité

Un périmètre "sanctuaire" d'une ampleur exceptionnelle, sans stationnement et vide de piéton, a été mis en place aux abords de L'Olympia pour ce concert fort en symboles et en émotion aussi bien pour le groupe que pour le public, qui a été convié à cette soirée particulière.
"Eagles of Death Metal" à l'Olympia le 16 février 2016

"Eagles of Death Metal" à l'Olympia le 16 février 2016

© Sophie Jouve/Culturebox

Pour le chanteur des Eagles of Death Metal, un concert synonyme de "thérapie"

Le retour des Eagles of Death Metal sur une scène parisienne "est une thérapie" explique le chanteur du groupe américain, Jesse Hughes, dans une chambre d'hôtel à Paris, 24 heures avant de monter sur la scène de l'Olympia. "J'ai peur, j'ai vraiment peur", dit-il. "J'espère être capable de monter sur cette scène et être plus fort que je le suis maintenant. Je ne veux pas m'écrouler devant tout le monde, je ne veux décevoir personne, c'est ma plus grande crainte", ajoute le chanteur. "Eux, ils ne m'ont pas laissé tomber", dit-il au sujet des fans du groupe qu'ils appellent toujours ses "amis".

Le chanteur raconte cet épisode incroyable pendant l'attaque du Bataclan : "Je fuyais pour sauver ma vie dans la ruelle, un type à côté de moi avait du mal à marcher, j'ai vu qu'il saignait beaucoup sur le côté, je ne sais pas ce qu'il est devenu. Il a respiré un grand coup et il m'a dit : Ton dernier concert était franchement mieux..." "C'est incroyablement courageux, une telle blague. C'est l'exemple que je vais m'efforcer de suivre."

Une tournée internationale avec 2 dates à Paris 

Le groupe a repris samedi à Stockholm la tournée internationale qu'il avait suspendue au lendemain de l'attentat dans lequel ont été tuées 90 personnes (sur les 130 tués à Paris) pendant leur concert au Bataclan. "EODM" était brièvement apparu sur scène aux côtés de U2 à Bercy début décembre 2015, mais il s'agit là de leur premier concert en France avec la même première partie qu'en novembre (le duo autrichien White Miles).
Jesse Hughes voit dans ce concert une "thérapie" pour lui. Pour les rescapés, c'est parfois plus délicat. Venir ou pas, pour  "beaucoup, ce sera une décision de dernière minute", estime Alexis, un membre de l'association "Life for Paris" qui regroupe 500 rescapés. "Il y a des personnes pour qui c'est important, cela fait partie du processus de reconstruction mais il y a aussi beaucoup de gens pour qui c'est beaucoup trop tôt ou qui ne sont pas en état", ajoute-t-il.

Un périmètre de sécurité doit être installé dans l'après-midi autour de l'Olympia, a annoncé la préfecture de police. Un "périmètre sanctuaire" qui sera "sans stationnement et vide de piéton, excepté le public du concert".

Des psychologues à l'Olympia

L'autre inconnue est psychologique et tient aux possibles réactions des rescapés qui, pour certains, retourneront pour la première fois à un concert. Ces victimes des attentats courent en effet le risque de revivre le traumatisme du 13 novembre, estime Carole Damiani, psychologue et directrice de l'association Paris Aide aux victimesPour les aider, il y aura sur place une "équipe d'une trentaine de personnes avec des psychologues" présente pendant tout le concert, a-t-elle indiqué. Les rescapés "ont le droit de ne pas y aller" et de sortir s'ils en éprouvent le besoin, a rappelé cette psychologue.

Jesse Hughes assure "comprendre ce que ressentent les gens qui ne peuvent pas venir". "Nous reviendrons", leur promet le leader moustachu du groupe, qui entend rencontrer des rescapés mardi et dit qu'il essaie de répondre à tous les appels et toutes les lettres qu'il reçoit. Début décembre, au lendemain de leur apparition aux côtés de U2, les membres du groupe étaient allés se recueillir devant le Bataclan.

La maire de Paris, Anne Hidalgo, doit se rendre à l'Olympia mardi en début de soirée, pour rencontrer les musiciens et dialoguer avec les spectateurs avant le concert.
   
Rebaptisée le "Nos Amis Tour", en français dans le texte, la tournée mondiale des EODM les emmènera à travers l'Europe, l'Amérique du sud, l'Amérique du nord et l'Australie. Elle compte pour le moment deux autres dates en France, à Nîmes le 2 mars et à Lille le 7 mars. Le groupe a clamé son intention d'être le premier groupe à rejouer au Bataclan quand la salle pourra rouvrir. Une réouverture que les patrons de la salle espèrent pour fin 2016 après rénovation.