Les Black Keys de retour avec le controversé "Turn Blue"

Par @Nijikid Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Publié le 16/05/2014 à 10H57
Patrick Carney (second plan) et Dan Auerbach des Black Keys.

Patrick Carney (second plan) et Dan Auerbach des Black Keys.

© Danny Clinch

Les Black Keys viennent de publier un nouvel album baptisé "Turn Blue". Successeur de l'acclamé "El Camino", qui les a imposés depuis 2011 en rockstars des stades américains, ce disque tente de nouvelles choses et renouvelle le son du groupe en profondeur. Mais il ne fait pas l'unanimité.

Ce huitième album de Dan Auerbach et Patrick Carney ouvre sur un splendide titre de 7 minutes, leur plus long à ce jour. "Weights of Love", dont la longue intro alterne solos de guitares et accalmies seventies dignes des premiers Air, annonce le programme et l'état d'esprit général du disque : liberté (de surprendre et d'explorer), tempo ralenti (on est loin du hit "Lonely Boy" de 2011) et léger spleen sentimental. Car lorsque Dan finit par ouvrir la bouche sur cette chanson, c'est une complainte : il y évoque la rupture qui a conduit à son récent divorce, un thème qui hante tout l'album. 
"Turn Blue" ne donne pas son nom par hasard à l'album puisqu'il en est l'autre tournant symbolique. Doux et pop, facile et idéalement entêtant, ce single a flanqué des sueurs froides aux fans de la première heure, tout comme "Fever". Vendus les Black Keys ? Le duo qui rivalisait autrefois en rugosité garage rock avec les White Stripes et faisait comme eux plus de boucan à deux qu'à six se serait rendu à la guimauve. A y regarder de plus près ce morceau est bien plus complexe et riche qu'il n'y paraît : écoutez les changements de tempos et les petits blip blip qui le traversent comme autant d'étoiles filantes.

Les mécontents ont aussitôt blâmé le producteur Danger Mouse (moitié de Gnarls Barkley et de Broken Bells, producteur pour Gorillaz, Beck ou Norah Jones), dont on sent effectivement la patte tout du long, à cette façon sensuelle qu'il a d'arrondir les angles sans affadir l'ensemble. Sauf quand les chansons ne sont pas bonnes ou poussives à la base, comme c'est le cas de plusieurs titres dans la dernière partie de l'album ("10 Lovers" et "Gotta Get Away" notamment). Là, Danger Mouse ne fait pas de miracle.
Oui, depuis 2008 la production pop de Danger Mouse ôte de l'urgence et de la crasse au blues lo-fi qui fleure bon les bottes de cowboy des Black Keys. Mais c'est aussi lui qui leur a ouvert les portes du succès commercial avec des singles comme "Tighten Up" et "Lonely Boy" et leur a fait engranger 7 Grammys rien que pour les deux derniers albums ("Brothers" et "El Camino"). Que ceux qui écoutaient VRAIMENT les Black Keys avant son arrivée en 2008 sur "Attack & Release" lui jettent la première pierre.

Ensuite, les Black Keys sont de grands garçons et n'ont pas attendu Danger Mouse pour s'ouvrir les oreilles, mettre de la soul dans leur musique et ralentir le tempo.  D'ailleurs, Dan aime autant les Sonics que le funk-soul-brother Johnny "Guitar" Watson

Il faut se souvenir aussi de leur injustement méconnu projet Blakroc sorti en 2009 avec une impressionnante brochette de rappeurs. Des sorciers du micro tels que RZA, Mos Def, Ludacris, Raekwon ou Pharoah Monch s'étaient bousculés en studio pour poser leurs rimes sur la base soul-blues expressive concoctée par Auerbach et Carney.

Et puis c'est bien Dan Auerbach qui produit le prochain album de Lana Del Rey oui ou non ? Et cet "Ultraviolence" sent d'ici le harpon rock FM. Alors ? Danger Mouse n'y est pour rien.

Revoilà simplement l'éternel dilemne pour les artistes entre faire du surplace pour ne pas froisser les fans ou évoluer, au risque de s'alinéner ces mêmes fans. Ils ont choisi la seconde option. Mais ils font toujours du Black Keys (on les reconnait instantanément) et la majorité des morceaux de cet album sont bons, et c'est là l'essentiel.
 
Comme le dit Patrick Carney dans les Inrocks "Evoluer n'est pas un manque de respect envers son public.(…) Certains fans nous disent que l'on devrait réaliser un album comme en 2003… Ca fait chier d'entendre ça ! A l'époque il n'y avait personne à nos concerts. Je le sais : j'y étais!".

Aux prochains live du groupe, on attendra pour notre part avec la même ferveur les tout chauds "Weight of Love" (casse-gueule sur scène !), "In Time", "Turn Blue" et "Bullet in the Brain" que les vieilles tueries "Lonely Boy", "Tighten Up" ou "Psychotic Girl".
 
Les Black Keys sont en concert
Le 4 juillet à Arras (Main Square Festival)
Le 5 juillet à Werchter
Le 6 juillet à Belfort (Eurockéennes)
Le 15 juillet à Nîmes
Le 17 juillet à Carhaix (Vieilles Charrues)
Le 22 juillet à Nyon (Paléo Festival)

"Turn Blue" des Black Keys (Nonesuch / Warner) est sorti le 12 mai 2014