Le groupe rock libanais Mashrou' Leila pro-LGBT dénonce une "chasse aux sorcières" en Egypte

Par @Culturebox
Publié le 03/10/2017 à 14H32
Le chanteur libanais Hamed Sinno

Le chanteur libanais Hamed Sinno

© KARIM SAHIB / AFP

Le groupe libanais de rock alternatif Mashrou' Leila, très engagé dans la défense des droits LGBT, a dénoncé la "tyrannie" des autorités égyptiennes et une "chasse aux sorcières", après l'arrestation de personnes ayant brandi le drapeau arc-en-ciel durant un de ses concerts au Caire.

Selon Amnesty International, 33 personnes ont été arrêtées en Egypte après avoir brandi le drapeau arc-en-ciel, symbole mondial de la communauté lesbienne, gay, bisexuelle et transgenre (LGBT) au concert de Mashrou' Leila le 22 septembre.

"Le gouvernement est en train d'arrêter des gamins et de violer leur corps"

L'affaire a suscité une vive polémique dans les médias et sur les réseaux sociaux, dans un pays où les homosexuels sont parfois arrêtés pour "incitation à la débauche" ou encore "mépris de la religion", même si l'homosexualité n'est pas officiellement interdite en Egypte.

Le groupe, mené par le chanteur libanais Hamed Sinno, qui est ouvertement gay, a affirmé dans un communiqué lundi soir avoir eu "le coeur brisé de voir que le travail du groupe a été utilisé comme une excuse pour une nouvelle vague de répression de la part du gouvernement" égyptien.

Enjoignant la société civile à sortir de son "silence", Mashrou' Leila a appelé à "un mouvement de solidarité international pour faire pression sur le régime égyptien afin qu'il arrête immédiatement cette chasse aux sorcières et libère les prisonniers".

D'après le groupe, "le gouvernement est en train d'arrêter des gamins et de violer leur corps", en référence à des informations soutenant que les personnes arrêtées ont été soumises à des "examens anaux" pour "prouver" leur homosexualité.

"L'homophobie est dangereusement enracinée"

Lundi, Amnesty a indiqué dans un communiqué qu'au moins cinq des détenus avaient été soumis à ces examens, les assimilant à de la "torture". Les arrestations montrent "à quel point l'homophobie est dangereusement enracinée" en Egypte, souligne Amnesty appelant les autorités à cesser leur "répression brutale".

Dénonçant la "frénésie homophobe dans les médias", Mashrou' Leila a estimé qu'il était "répugnant de penser que toute cette hystérie est due au fait que quelques gamins aient brandi un tissu représentant l'amour". Les personnes arrêtées sont accusées "d'indécence publique" et "d'incitation des jeunes à l'immoralité", et ont comparu à huis clos dimanche au Caire.

Leur détention a suscité un vif débat en Egypte entre conservateurs et défenseurs des libertés individuelles. En avril 2016, 11 hommes avaient été condamnés à des peines allant jusqu'à 12 ans d'emprisonnement pour "incitation à la débauche", provoquant une vague d'indignation internationale.

La police égyptienne n'hésite pas à utiliser la célèbre application de rencontre gay Grindr pour traquer les homosexuels. En juin, la Jordanie avait interdit à Mashrou' Leila de donner leur concert prévu dans la capitale Amman à la suite de protestations de parlementaires conservateurs.