"Kurt Cobain : Montage of Heck" : plongée inédite dans la psyché d'une icône

Par @Nijikid Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Mis à jour le 11/05/2016 à 10H46, publié le 28/04/2015 à 15H41
Kurt Cobain dans le documentaire "Montage of Heck".

Kurt Cobain dans le documentaire "Montage of Heck".

© Kurt Cobain Archives

Très attendu par les fans, le documentaire exceptionnel de plus de 2h sur Kurt Cobain réalisé par Brett Morgen est projeté lundi 4 mai 2015 à 20h dans une centaine de cinémas en France. Une séance unique programmée le même jour que la diffusion du film sur la chaîne HBO aux Etats-Unis. Nous avons vu ce documentaire choc en avant-première.

UPDATE 6 mai : suite à la journée de projection du 4 mai, 28 cinémas disséminés dans toute la France ont décidé de programmer de nouvelles séances jusqu'au mardi 12 mai. Retrouvez toutes les salles sur le site de Pathé.


Beaucoup d'images inédites au menu


Premier film autorisé par la famille de Kurt Cobain, « Montage of Heck » promet beaucoup d’images inédites. De fait, dès les premières minutes, démarrées sur la petite enfance d’un blondinet jouant d’une guitare jouet à Aberdeen (Etat de Washington, Etats-Unis), ce documentaire en offre à profusion.

La fille de Kurt Cobain, Frances Bean Cobain, 22 ans, a donné libre accès à ses archives au réalisateur Brett Morgen. On parle de dizaines de carnet de notes, de son journal de bord, de centaines de dessins, de peintures, de collages et d’objets, de vidéos familiales et de cassettes audio, d’élucubrations ou d’interviews, et même de musique (dont la reprise acoustique de « And I Love Her » des Beatles ici dévoilée). Assorties d’interviews de ses proches – père, mère, ex-petite amie, épouse etc.

A lui d’exploiter au mieux ces précieux documents et témoignages pour reconstituer le puzzle de l’icône rock qui a fini par se donner la mort en 1994.


Plongée sans complaisance dans la psyché d'une icône


Le réalisateur a passé de longues années à extraire la substantifique moelle de cette foisonnante matière première, mais le jeu en valait la chandelle. Son film est une plongée inédite dans la psyché de Kurt Cobain, au plus près de son intimité et de ses névroses. Au point qu’il met régulièrement mal à l’aise.

Car contrairement à nombre de films biographiques autorisés, « Montage of Heck » n’est pas un portrait complaisant. « J’ai été très claire avec le réalisateur, je ne voulais pas du romantisme ou de la mythologie qui entoure Kurt », avait prévenu sa fille Frances Bean Cobain, co-productrice du film.


Un divorce dévastateur pour le petit Kurt


Un petit blondinet, donc. Charmant, joyeux et éveillé, dont sa mère est follement amoureuse, comme elle en témoigne dans le film. Et dont un pédiatre tentera en vain de contrôler la folle énergie en lui prescrivant de la Ritaline.

Un gamin sensible dont l’identité en formation va subir, vers l’âge de 9 ans, un séisme irréparrable lors du divorce de ses parents, à une époque où cela se pratiquait peu à Aberdeen. « Kurt a honte. Terriblement honte ». Ce sentiment, ainsi que la culpabilité, vont le suivre toute sa vie. Dès lors, il devient un ado buté en révolte contre la Terre entière, un paria qu’aucune famille (mère, père, tante…) ne veut se coltiner.


Guitare et punk-rock comme exutoires


Kurt va trouver dans la guitare, et dans la fumette, un exutoire à son dégoût et à sa rage. Le sexe ? C’est pas la fête. Son dépucelage avorté, raconté dans le film grâce à l’utilisation habile du dessin animé, est un fiasco un peu glauque, avec une fille réputée « retardée » dont l’odeur intime le dégoûte. Montré du doigt au collège, il fait sa première tentative de suicide en s’allongeant sur les rails. La mort n’est pas encore au rendez-vous.

La musique et le punk rock vont un temps le sauver de lui-même. Si l’on en apprend davantage dans ce film sur l’homme que sur l’artiste Kurt Cobain, on comprend malgré tout ici contre toute attente à quel point le leader de Nirvana était ambitieux artistiquement.

Celui que l’on a toujours perçu comme une rock star malgré lui voulait vraiment être une rock star. Et il a travaillé et fait travailler son groupe d’arrache pied pour atteindre ce rêve. Qui s’est transformé en cauchemar. Sa mère l’avait pourtant prévenu : « tu as intérêt à attacher ta ceinture, tu n’es pas prêt pour ça. »

On suit l’ascension fulgurante, les stades, le cirque du succès, que Kurt et ses complices de Nirvana tentent de mettre à distance à coup de déclarations et de gestes scéniques ironiques ou potaches.


Courtney Love, son amour, sa douleur


Les maux de ventre inexpliqués et l’héroïne soi-disant prise pour les calmer sont déjà là quand survient la sulfureuse rockeuse Courtney Love. Kurt et Courtney sont aussitôt complices de défonce, frères de rage et couple rock idéal, seuls contre tous, un doigt d’honneur brandi face aux bien pensants. On sent venir la catastrophe.

Krist Novoselic (bassiste de Nirvana) souligne dans le film combien Kurt ne supportait pas, mais vraiment pas, d’être humilié. Que cela le mettait hors de lui et le minait durablement. Or Courtney Love dit elle-même dans le film que séduire est dans sa nature - "je flirterais avec une chaise", avoue-t-elle dans un sourire.

On repense au fiasco du dépucelage de Kurt face à cette prédatrice sexuelle impénitente. A chaque signe d’elle, même non consommé, de tromperie ou d’éloignement, Kurt l'hyper sensible est blessé en profondeur et revit le rejet originel familial.

Frances Bean Cobain et sa mère Courtney Love à la première du documentaire "Kurt Cobain : Montage of Heck", le 22 avril 2015 à Los Angeles.

Frances Bean Cobain et sa mère Courtney Love à la première du documentaire "Kurt Cobain : Montage of Heck", le 22 avril 2015 à Los Angeles.

© FayesVision/WENN.com/SIPA


Malaise et gâchis humain


Il lui fait pourtant un enfant, qu’il dit aimer plus que lui-même, Frances Bean Cobain. Mais Kurt est pétri de contradictions. Il rêve d’un bonheur familial simple et serein et fait tout pour l’éviter. Les longues séquences de vidéos familiales où on le voit avec Courtney et Frances Bean, tentant maladroitement de se convaincre qu’ils sont un couple normal câlinant leur bébé, mettent très mal à l’aise et donnent parfois la nausée tant ils sont défoncés.

On ne peut s’empêcher de lui en vouloir à ce moment là d’avoir failli à sa mission de père. Et de réaliser que le seul engagement avec lui-même qu’il a tenu est celui d’être devenu une rock star. Un pacte avec le Diable tenu jusqu’au bout. « Les gens veulent que je meure, ça correspondrait au cliché de la rock star », disait-il avant de se supprimer d’une balle dans la tête.

« Kurt Cobain : Montage of Heck » est donc l’histoire d’un gâchis humain, celle d'un garçon blessé cherchant désespérément à être aimé, qui a donné le plus grand groupe de rock de la décennie. Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Kurt Cobain est là. Ce documentaire biographique définitif et haletant donne à voir et à entendre tous les documents qui peuvent l’être pour reconstituer le puzzle. Pourtant, comme il en va de toute icône trop tôt disparue, en quittant la salle le mystère reste entier.

"Kurt Cobain : Montage of Heck" de Brett Morgen est projeté dans une centaine de salles françaises Lundi 4 mai à 20h. Une trentaine de salles ont également prévu des séances jusqu'au mardi 12 mai. La liste des salles pour réserver sa place est sur le site de Pathé. Une sortie en DVD est prévue plus tard cette année.

Kurt Cobain : Montage of Heck - L'affiche © Universal