Jimi Hendrix : qu'attendre de l'album "inédit" promis pour 2013 ?

Par @Nijikid Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Mis à jour le 09/01/2013 à 19H29, publié le 21/12/2012 à 18H40
Jimi Hendrix en 1967.

Jimi Hendrix en 1967.

© Marc Sharratt/Rex Features/Sipa

Les ayants droit de Jimi Hendrix s'apprêtent à sortir un nouvel album "inédit" du guitar héro en 2013. "People, Hell and Angels" promet de montrer une facette "plus expérimentale" de l'artiste, qui, en congé de son groupe The Experience, "explore des territoires nouveaux". Yazid Manou, le spécialiste français de Jimi Hendrix, a écouté l'album en avant-première. Il nous donne son sentiment.

On nous annonce la sortie en mars 2013 d’un album « inédit » de Jimi Hendrix. De quoi s’agit-il ?
Yazid Manou : Il faut savoir que durant les quatre dernières années de sa vie, de 1967 à sa mort en septembre 1970, Jimi n’a pas arrêté d’enregistrer. Dès qu’il avait cinq minutes, il allait en studio. « People, Hell & Angels » reprend le même principe que le dernier album « Valleys of Neptune », sorti en 2010. Ce sont des morceaux sur lesquels ce perfectionniste travaillait, travaillait et retravaillait, avec différents musiciens, ceux qu’il avait sous la main. Sur le nouvel album, on trouve notamment « Somewhere » enregistré en mars 1968 avec Buddy Miles à la batterie et Stephen Stills à la basse. Et « Hear My Train A Comin' », avec Billy Cox et Buddy Miles à la section rythmique.

A quel point s’agit-il d’inédits ?
Entendons-nous bien sur les mots : si l’on considère qu’est un inédit toute version différente non publiée officiellement, ce sont des inédits. Evidemment, il ne faut pas attendre 12 compositions absolument jamais entendues. Il s’agit davantage d’une compilation de versions inédites, de reprises de morceaux rares qui ne font pas partie des trois albums sortis officiellement du vivant de Jimi Hendrix. 

Vous qui avez écouté cet album en avant-première et êtes un grand fan, connaissiez-vous tous les morceaux ?
Je tiens à préciser que je suis un spécialiste d’Hendrix mais pas un collectionneur de disques pirates – je n’ai pas les 42 versions différentes d’Izabella à la maison, par exemple. Mais je dirais que la moitié de l’album est constituée de versions que je ne connaissais pas. Et le son est très bon. Certaines versions top vont hérisser le poil des fans. Il y a surtout des morceaux dont on a restitué la section rythmique originale, qui avait été ôtée sur les albums sortis du temps où Alan Douglas gérait l’héritage (jusqu’en 1995).
La pochette de l'album de Jimi Hendrix  "People, Hell and Angels" à paraître en mars 2012.

La pochette de l'album de Jimi Hendrix  "People, Hell and Angels" à paraître en mars 2012.

© Droits réservés
On nous vend ce disque comme faisant partie du double album qu’il préparait à la suite de « Electric Ladyland ». Qu’en pensez-vous ?
Officiellement,  Jimi travaillait sur « First Rays of the New Rising Sun », dont les morceaux ont été éparpillés après sa mort sur trois ou quatre disques. Mais au fond, le mystère reste entier : on ignore à quels projets étaient destinés tous ses enregistrements. S’il avait vécu trois ans de plus, quels morceaux aurait-il mis sur « First Ray » ? Il n'avait écrit les titres que pour trois faces (soit un album et demi). Quant à « People, Hell & Angels », un titre lancé parmi d’autres, aurait-il vu le jour ? Est-ce que ç’aurait été un double, un triple album ? Et puis, côté cohérence, on peut s’amuser de constater que la photo choisie pour la pochette soit datée 1967, donc avant « Electric Ladyland » (rires)

On nous présente aussi « People, Hell & Angels » comme un album où le guitariste explorait des territoires sonores inédits...
Dans tout ce qu’il faisait, Hendrix expérimentait. C’était un magicien du son en recherche permanente. Mais depuis sa mort, dès qu’on exhume un titre où il joue avec un musicien différent, on dit qu’il explorait de nouveaux territoires. En réalité, ça reste une base de blues.

Quels sont vos morceaux préférés de cet album à paraître en mars ?
« Hear My Train a comin' » et surtout « Mojo Man » car je n’en connaissais que 90 secondes et cette version là est très roots, la prise est restituée dans sa version originale brute. Le grand public ne l'a jamais entendue. En réalité ce n’est pas un morceau de Jimi mais des Ghetto Fighters alias les jumeaux Albert et Arthur Allen. Il leur avait donné un coup de main en rajoutant sa partie de guitare. Intéressant et totalement inédit, «Let Me Move You», un titre rock-soul un peu R&B, une sorte de longue jam avec le saxophoniste Lonnie Youngblood datant de 1969, que Jimi avait croisé au début de sa carrière.
Question subsidiaire : qu’en est-il du biopic sur Jimi Hendrix, censé sortir en 2013 avec Andre 3000 de Outkast dans le rôle titre ?
Yazid Manou: Plus rien ne filtre au sujet de ce film depuis des mois. Ils ont lâché les premières infos et les premières photos plutôt convaincantes peu après le début du tournage en Irlande cet été, et puis ils ont stoppé net. Aucune date de sortie ne filtre. Le film n’est peut-être pas encore terminé. Mais c’est intelligemment fait de leur part. 

Que voulez-vous dire ?
Les producteurs n'ont pas demandé à utiliser la musique originale de Jimi Hendrix sachant pertinement que les ayant-droits (Janie Hendrix la soeur adoptive du guitariste) auraient exigé d'être impliqués dans le film, ce qui n'était absolument pas envisageable. Pour Janie, pas question de parler ni drogue ni de sexe, ce qui est plutôt coquasse dans le cas de Jimi Hendrix !! 

Le scénario a donc du s'adapter à cette problématique. Comment faire un film sur Jimi Hendrix sans sa musique ?! La solution : le scénario couvrira la période de la découverte du génie à New York en 1966 et son arrivée à Londres soit avant qu'il ne se mette à composer ses propres morceaux. Il ne jouait à cette période que des reprises comme "Hey Joe", "Killing Floor" et autres "Wild Thing".

Mais tout le monde sera gagnant au final car le grand public va se précipiter à la sortie du film pour acheter la vraie musique du guitar hero. Le précédent album posthume,  « Valleys of Neptune », élaboré sur le même principe que le prochain, s’est écoulé à plus de 400.000 exemplaires dans le monde (près de 40.000 en France qui reste un gros marché pour Hendrix). C’est un business. Hendrix fait tout simplement partie des icônes qui fascinent encore, 40 ans après sa mort.
Jimi Hendrix en octobre 1968 aux studios TTG d'Hollywood.

Jimi Hendrix en octobre 1968 aux studios TTG d'Hollywood.

© Experience Hendrix Legacy