Iggy Pop : 5 choses à savoir sur son nouvel album "Post Pop Depression"

Par @Nijikid Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Mis à jour le 13/05/2016 à 11H23, publié le 16/03/2016 à 14H58
L'équipe de "Post Pop Depression", le prochain album d'Iggy Pop avec Josh Homm (en bas à gauche), Dean Fertita et Matt Helders (derrière Iggy).

L'équipe de "Post Pop Depression", le prochain album d'Iggy Pop avec Josh Homm (en bas à gauche), Dean Fertita et Matt Helders (derrière Iggy).

© Loma Vista

A 68 ans, Iggy Pop sort un nouvel album qu'il a soigné et présente comme son possible chant du cygne discographique. Composé et enregistré en secret dans le désert californien en compagnie de Josh Homme, leader des Queens of The Stone Age, "Post Pop Depression" est un grand cru pour l'ancien Stooges. Voici l'essentiel à savoir sur ce disque.

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Un chant du cygne, vraiment ?

"Je crois que j'arrête après ça", a dit Iggy Pop ici ou là, non sans une certaine coquetterie, ces dernières semaines. Le vétéran du rock a tout connu, tout vu, son cuir épais et buriné en témoigne, mais il n'est pas fini, rassurez-vous.

A ce stade de sa carrière, il voulait juste faire "un album solo de qualité", "un projet d'exception" dont il puisse être fier. En quête de respectabilité, l'Iguane aspirait à pouvoir tirer le rideau, si besoin, sur quelque chose de bien. A terminer avec panache en sortant un 17e album capable de rivaliser en intensité avec les pics de sa carrière discographique au sein des Stooges et en solo, notamment les albums "The Idiot" et "Lust for Life" produits par Bowie en 1977.

Il s'en est donné les moyens. Lui qui avoue trembler de ne pas avoir de quoi subvenir à ses vieux jours y a même investi une partie de ses économies. Avec l'aide de Josh Homme, l'album a été entièrement auto-financé, zappant toute maison de disques, sa bête noire.

A 68 ans, il parait normal de regarder en arrière, même pour le premier des punks. De dresser une sorte de bilan, sans forcément parler de testament. "J'ai rassemblé plein de papiers, de textes, journaux intimes, pensées, idées rassemblées par moi depuis des années (…), vingt-cinq années d'écritures", dit-il à Rock & Folk. Et il les a envoyés via FedEx à Josh Homme.

"Tous ces papiers réunis, c'était la vie d'un être humain rassemblée là dans une boîte, ses désirs, ses coups de grisou, ses espoirs", se souvient le leader des Queens of the Stone Age. "Toute ma carrière j'avais attendu un truc comme ça."
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Pourquoi Josh Homme est-il son nouveau Bowie ?
"J'ai eu les Stooges, puis David Bowie. Avec Josh, je retrouve une alchimie du même calibre", explique l'Iguane à Télérama. "Ce n'est pas évident de tomber sur quelqu'un qui vous intéresse autant que vous l'intéressez (…) Josh a tous les talents. Il sait me stimuler, il fourmille d'idées. Une confiance s'est établie avec lui, sans rivalité ni jalousie."

Les deux hommes ont échangé durant des mois avant de se rencontrer dans le studio de Josh Homme, Le Ranch De La Luna, dans le désert californien, en janvier 2015. Ils ont ensuite enregistré les neuf titres du disque en deux fois, durant deux sessions d'une semaine chacune.

Homme orchestre, Josh Homme a composé les mélodies et il a produit et mixé l'album. Il est à la guitare, à la basse, aux claviers et aux chœurs. "Josh écrit des mélodies qui ont du cul, des trucs charnels. Ce garçon a de la voilure", complimente Iggy dans Rock & Folk.

Ce surdoué a aussi amené dans le sillage de ses santiags les deux pointures qui les accompagnent sur ce disque: Matt Elders des Arctic Monkeys à la batterie, et le multi-instrumentiste Dean Fertita (Queens of the Stone Age et Dead Weather) à la guitare et aux claviers.

A eux quatre ils se marrent. "On est les Iggiots, les Idiots d'Iggy", s'amuse Josh Homme. "Post Pop Depression" ? Ce titre est une idée de Dean Fertita. Lorsqu'Iggy a tourné les talons et que les trois musiciens se sont retrouvés seuls dans ce studio en plein désert, le vieil indien leur manquait terriblement. Ils se sont sentis au bord de la dépression, la post-Pop dépression. C'est dire le charisme du bonhomme.
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De quoi parle Iggy dans cet album ?
"Je suis devenu un senior, un gars vintage", dit-il à Rock & Folk. Dans "Post Pop Depression", Iggy parle de vieillesse et de mort. Du sentiment d'être bientôt inutile.

"Quel est le problème si je disparaîs ? Je suis mon ombre ce soir, loin de la lumière. J'espère que je ne perds pas ma vie ce soir", chante-t-il sur "In The Lobby", un titre délicieusement caustique dans lequel il exprime son dédain de l'injonction à socialiser – "and it's all about the hang, and it's all about the hook, and it's all about the sex".

"La mort est une pilule difficile à avaler", remarque-t-il sur "American Valhalla", une réflexion sur l'idée de paradis, basée sur celui des Vikings, qui se termine sur ce constat répété deux fois : "je n'ai rien d'autre que mon nom".

Pour autant, cet album est loin d'être sinistre. Juste un peu désabusé. Iggy y évoque d'anciennes amours, en particulier sur le magnifique et obsédant single "Gardenia". Et revient avec une certaine nostalgie sur sa virée berlinoise avec Bowie dans les années 70 sur "German Days".

La mélacolique et furibarde "Paraguay" referme l'album avec des désirs de tout quitter pour une nouvelle vie. "Je vais aller là où vont les losers. (...) Je ne connais pas la peur, si loin d'ici. (...) Je n'en pouvais plus (…) Fuck it mec, je vais faire mes bagages et filer là où les gens sont de vrais êtres humains", s'énerve-t-il. "Tout ce dont j'ai besoin c'est de tamales (petits pains de maïs latino-américains) et d'un compte en banque".

Ce titre, il l'a écrit chez lui, en Floride il y a quelques années, "en pleine tournée avec les Stooges, où tout n'était que bruit et fureur", se souvient-il dans Télérama. "J'étais las, fatigué d'Iggy le chien fou que tout le monde acclamait. J'avais envie de disparaître."
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Le vénérable punk a-t-il viré crooner ?
Un Iggy peut en cacher un autre. De fait, il n'y a pas qu'un seul Iggy, celui du punk statufié qui lui sert de bouclier depuis plusieurs décennies. Le Iggy de cet album a pris de la bouteille. Ce n'est plus le dingo imprévisible et auto-destructeur toujours prêt à exhiber ses bijoux de famille et à brailler.

Il ne vit plus depuis belle lurette dans un mobile home près de Detroit mais dans une villa en Floride. Et sait, comme tout récemment au Carnegie Hall, couvrir son corps musclé d'un élégant costume bleu qui lui va à ravir.

Ses deux précédents albums chantés en français, dont "Préliminaires" inspiré par Michel Houellebecq, lui ont permis de renouer avec le crooner qui a toujours couvé en lui. Attention, crooner n'est pas ici synonyme de guimauve. Ni de compromission. Chanter et moduler n'empêche pas Iggy de s'amuser encore avec sa voix, de gronder et d'éructer de temps à autre, comme autant d'auto-citations et de traits d'humour - comment ne pas sourire au hurlement stoogien inattendu à 2:26 de "In the Lobby" ?

Mais il souhaitait cette fois faire "autre chose que crier et hurler des insultes". "Je suis désormais un baryton", avait-il écrit à Josh Homme dès leurs premiers échanges. Le producteur s'est efforcé de composer un écrin sur mesure à cette merveilleuse voix de basse dont il a exigé le meilleur (et parfois le plus haut comme sur "Chocolate Drops")
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Où se situe cet album musicalement ?
Musicalement, Iggy ne voulait pas non plus faire un disque de heavy rock stoogien de plus. Amateur de défis, Josh Homme a pris soin de ne dupliquer ni le son des Stooges ni celui de Queens of the Stone Age.

Il y est parvenu avec une belle économie de moyens, de l'inventivité dans le song-writing, des arrangements subtils, une batterie versatile et de surprenants changements de cap au sein même des morceaux (la fin de "Sunday" ci-dessus par exemple ou "German Days" qui part dans tous les sens).

Obsédé par les deux albums de l'Iguane avec Bowie, Josh Homme pousse aussi Iggy à chanter dans un esprit proche du Thin White Duke – cela saute particulièrement aux oreilles sur "Gardenia" et "Sunday".

"Post Pop Depression" est au final un excellent album de rock à la fois romantique et désenchanté, suffisamment rèche et musclé pour survivre, dans la playlist d'une soirée, à la déflagration d'un titre des Stooges, mais doté par ailleurs d'un groove assez pop pour se mesurer à "The Passenger" ou à un tube de rock actuel, des White Stripes aux Arctic Monkeys. Qui dit mieux ? Le dernier des Mohicans peut enfin poser son arc et savourer le repos de l'âme: ses flèches ont toutes tapé dans le mille.

"Post Pop Depression" sort le 18 mars (Loma Vista / Caroline International)
Iggy Pop et ses acolytes mènent une petite tournée qui fait halte le 15 mai au Grand Rex (Paris, complet). Iggy se produira ensuite en version "solo" dans plusieurs festivals : le 1e juillet à Arras, le 6 juillet à Cognac et le 29 juillet à Saint-Nazaire (toutes les dates de la tournée)