Gaëtan Roussel cherche l'or et le trouve sur "Orpailleur"

Par @Nijikid Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Mis à jour le 18/07/2014 à 18H22, publié le 04/10/2013 à 15H48
Gaëtan Roussel en 2013

Gaëtan Roussel en 2013

© DR

Trois ans après "Ginger" son superbe premier album en solo qui lui avait valu trois Victoires de la musique en 2011, Gaëtan Roussel revient enchanter notre automne avec une nouvelle pépite. Riche et vagabond, ouvert et généreux en trouvailles, "Orpailleur" stimule une nouvelle fois le rock français avec onze chansons impeccables.

Se renouveler, une obsession
On sait combien il est casse-gueule de revenir après un gros succès à la "Ginger", écoulé à 200.000 exemplaires. C'est un cap souvent paralysant à passer pour les artistes - faire ou défaire, comment continuer à plaire ? Gaetan Roussel, ancien pilier de Louise Attaque, n'a pas ce souci car il sait comment le conjurer : en continuant sans relâche à chercher, à défricher, et surtout en évitant à tout prix de se répéter, son obsession. 

C'est précisément ce qui frappe sur "Orpailleur" : on y retrouve la merveilleuse patte fuide et généreuse de Gaetan Roussel mais les atours sont neufs. Rien ne bégaye ici, rien de sent le réchauffé ou les arrière-pensées. Roussel ne cherche manifestement pas à appliquer une recette qui a déjà fait ses preuves (au hasard, le tube "Help Myself"), mais plutôt à se renouveler tout en se faisant plaisir. Car on perçoit toujours dans ses disques une gourmandise, une vraie volupté à jouer.

"Je suis allé en studio avec l'envie de faire de la musique et non un deuxième album, ce qui fait une petite différence", confirme-t-il dans un entretien à l'AFP. "J'étais obnubilé par le fait qu'Orpailleur ne soit pas le même disque que Ginger". 

Rencontre avec Gaëtan Roussel- Reportage : C. Airaud, Y. Moine, L. Ledu, Y. Fullière
Un rock aux idées larges
Une fois encore, cet orpailleur (chercheur d'or) sonore semble prendre à bras le corps tout ce qui lui plaît dans la musique et l'essayer avec audace dans ses compositions. Ainsi, dans le rock aux idées larges d'"Orpailleur" peut on entendre aussi bien des blips et boucles électroniques que de la musique symphonique, du scratch hip-hop (le sautillant "Cha Cha Cha") que du dub ("Par dessus tes épaules").

Pour ce disque, "j'ai ressorti des disques de Portishead, de Massive Attack, des Happy Mondays", se souvient-il. "Pour "Ginger", j'avais plutôt sorti des disques des Talking Heads...que je n'ai pas rangés pour autant", ajoute-t-il.
Deux nouveaux venus
Il s'est entouré pour cette seconde aventure en solo de quelques nouvelles têtes. Côté musique, Benjamin Lebeau (moitié de The Shoes), déjà aux manettes de "Ginger", reste l'artificier en chef et continue de faire des étincelles reconnaissables entre mille (les splendides choeurs de "We Will be Strong" par exemple). Mais il est épaulé cette fois de Julien Delfaud, ancien de Superdiscount avec De Crécy, qui a travaillé avec Phoenix, Woodkid et Sébastian Tellier.

Pour les textes, il a fait appel à Pierre-Dominique Burgaud, connu pour "Le Soldat Rose" et l'excellent "Une vie Saint-Laurent" d'Alain Chamfort. "On a co-écrit, mais pas à quatre mains autour d'une table", précise Gaëtan Roussel. "Il m'a donné des textes et je lui ai demandé si je pouvais me permettre de m'amuser avec ses mots, de les malaxer, de rajouter les miens".

Poésie subtile
Cela donne une poésie subtile, sans ostentation, ouverte à l'interprétation, qui ne cherche ni à s'imposer ni à séduire. Mais qui a la simplicité de l'évidence, cette qualité si difficile à approcher.

"C'est un paradis escarpé, un oiseau que tout effraie, c'est rien mais c'est si compliqué, la simplicité (...) Combien de feuilles de cahier, de ratures pour s'en approcher, c'est rien mais c'est si compliqué, la simplicité", élabore-t-il d'ailleurs lucidement sur "La simplicité".

Quant au texte qui referme l'album, "La Barbarie", où le mot lui même n'est jamais prononcé, c'est un sommet :
"On dirait le nom d'une fille/On l'imagine douce et jolie/ Est-ce pour mieux séduire les hommes ?/Ces trois syllabes qui sonnent/Pour mieux se glisser dans leurs rêves/Un couteau entre les lèvres/C'est presque un prénom/Presque un pays/C'est une invitation/C'est presque un prénom/Presque un fruit/C'est une tentation...".
Les promesses du live
Comme Bashung, dont il a tenu la main sur l'ultime album "Bleu Pétrole", Gaëtan Roussel ne cesse de se renouveler et de se mettre en danger. Un jour il écrit une BO ("Camille Redouble"), le lendemain le générique d'une émission musicale ("Alcaline" sur France 2). Cet été,  il a ébloui le public des Francofolies en reprenant sur scène intégralement l'album "Play Blessures" de Bashung. Toutes ces expériences alimentent et irriguent son travail.

Ainsi, cette création aux Francofolies lui a donné des idées pour la scène. "C'est la première fois que je faisais un concert avec une scénographie assez forte et je me suis dit que j'allais réutiliser ça. La façon dont j'ai travaillé sur "Play Blessures" avant le concert m'a donné des idées, démonter une chanson une fois finie et la remonter, pour voir ce que ça fait".
On a d'autant plus hâte de le voir sur sa prochaine tournée qui démarre le 6 novembre à Anzin et fait halte à Paris dans trois salles différentes début décembre (le 2 décembre à La Cigale, le 3 au Trianon et le 4 à la Gaîté Lyrique). 

"Orpailleur" (Barclay/Universal) est sorti le 30 septembre - de longs extraits sont à l'écoute sur le site de Gaëtan Roussel

Retrouvez Gaëtan Roussel dans l'émission Alcaline, le Mag (France 2)