Foo Fighters : écoutez le nouvel album "Concrete and Gold", mariage des extrêmes

Par @Nijikid Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Mis à jour le 18/09/2017 à 10H14, publié le 15/09/2017 à 11H04
Dave Grohl des Foo Fighters au festival de Glastonbury le 24 juin 2017.

Dave Grohl des Foo Fighters au festival de Glastonbury le 24 juin 2017.

© Richard Isaac/Shutterst/SIPA

Le nouvel album des Foo Fighters est selon le leader Dave Grohl leur "plus grand" à ce jour. "Concrete and Gold" célèbre surtout le mariage des extrêmes, celui de la brutalité et de la dentelle, du heavy rock et de la pop. Sorti vendredi, il est à l'écoute ci-dessous avec un rappel de tout ce qu'il faut savoir sur ce neuvième album studio du gang américain.

Un producteur pop, celui du "Hello" d'Adele, dans la maison heavy

"Je voulais que ce soit l'album des Foo Fighters le plus puissant jamais fait", détaille le jovial patron des Foo Fighters qui a autant le sens de la formule que de l'auto-promo. "Un disque de rock gigantesque mais avec le sens de la mélodie et les arrangements de Greg Kurstin…. La version de Sgt. Pepper par Motörhead…ou quelque chose du genre."

Pour ce neuvième album, le producteur Greg Kurstin a concrétisé ce rêve de Dave Grohl de marier les extrêmes - bruit et silence, riffs saignants et choeurs célestes. Musicien de jazz au départ, Kurstin est un magicien pop, connu pour son travail avec Sia et Adele ("Hello"), peu coutûmier du rock qui tache. Fan de son groupe pop The Bird and the Bee, l'ancien Nirvana s'était dit que "demander à Greg de produire un album de heavy rock serait un vrai défi, pour lui comme pour nous."

De fait, Kurstin imprime sa marque sur les harmonies et les arrangements, plus délicats et complexes que d'ordinaire, mais il a surtout imposé les chœurs, peut-être bien la grande affaire de ce disque. C'est bien simple, ils sont omniprésents. Servis par petites touches ou proposés en couches millefeuilles, propulsés par de gros riffs heavy à la Sepultura et mâtinés de braillements à la "White Limo" (sur l'album "Waisting Light"), ces choeurs donnent une couleur inédite, une sorte de psychédélisme heavy rock un poil rétro à ce curieux album. La chanson titre "Concrete and Gold", une longue plage planante de plus de 5 minutes qui referme l'album, est d'ailleurs sous forte influence Pink Floyd (tout comme la rythmique de "Sunday Rain").

Un enregistrement à la cool, avec barbecue imposé

Côté enregistrement, alors qu'il avait cherché l'originalité en enregistrant dans huit studios de légende différents pour le précédent ("Sonic Highways" en 2014), Grohl est allé cette fois au plus simple avec un enregistrement normal, dans le même studio de Los Angeles du début à la fin. Sauf que l'hyperactif leader des Foo Fighters ne fait jamais rien comme tout le monde.

Ces temps-ci, quand il ne tient pas la six cordes ou les baguettes, Grohl fait des barbecues. Le gars s'est pris d'une telle passion pour les grillades qu'il avait même installé son barbecue dans le patio du studio d'enregistrement et s'était autoproclamé rôtisseur en chef du bâtiment. "Je faisais des barbecues pour genre 40 personnes par soir", se vante-t-il dans Rolling Stone. "J'étais au milieu d'une prise vocale et je faisais 'fuck, je dois aller surveiller la viande'."

Justin Timberlake et Paul McCartney en invités de luxe

Un enregistrement très détendu des machoires, donc. Mais pas seulement. Car le studio EastWest de Los Angeles, construit à l'origine pour Frank Sinatra, voit passer toutes les pop stars. On y croise aussi bien Justin Timberlake que Alison Mosshart des Kills, ou Shawn Stockman de Boyz II Men. Et comme Grohl est du genre à payer son coup et son entrecôte, et qu'il adoooore jammer, tout ce beau monde se retrouve naturellement sur l'album (Justin Timberlake et Shawn Stockman tiennent les choeurs ici ou là).

On retrouve aussi l'immense Paul Mc Cartney, cette fois derrière la batterie. C'est Dave qui a demandé cette faveur à l'ancien Beatles après qu'il leur eut emprunté leur producteur Greg Kurstin quelques jours durant l'enregistrement. "Il a été tellement bon", assurent Dave Grohl et le batteur Taylor Hawkins dans Rolling Stone. "On a joué pendant une heure, puis on a fait une pause et pris un thé. Pensant qu'on en avait terminé, j'étais sorti fumer une clope quand quelqu'un a dit "Hey, Paul veut jammer encore". Il a rassemblé tout le monde et on a jammé pendant des heures."  Est-ce pour cela qu'on pense régulièrement aux Beatles sur cet album ? - en particulier sur "Sunday Rain" et "Happy Ever After (Zero Hour)".

Un festival pour célébrer cet album prêt à "frire les stéréos"

Les paroles, Dave Grohl les a écrites comme a son habitude sur les instrumentaux en quelques jours, enfermé seul avec une caisse de vin dans une semi-retraite au milieu des oliviers. Donald Trump venait juste de décrocher l'investiture républicaine dans la course à la Maison Blanche. Loin d'être franchement politique, l'album reflète néanmoins ce climat entre les lignes comme sur "T-Shirt" qui ouvre l'album en assenant "vous avez ce que vous méritez", sur "Run" qui appelle à se "réveiller et courir pour ta vie avec moi si tu veux", ou sous l'exaspération rageuse de "The Sky is a neighborhood". Pourtant Dave Grohl le répète, les Foo Fighters, qui sont avant tout un groupe de scène, jouent en tournée "pour tout le monde", y compris pour les partisans de Trump. 

Or quoi de mieux pour célébrer la sortie de cet album "prêt à frire les stéréros d'ici à Fukuoka", qu'une fête géante où sont conviées 50.000 personnes ? C'est ce qu'a organisé Dave, sous le nom de Cal Jam 17, un festival prévu le 22 octobre dans un parc régional de San Bernardino. Au menu : 12h de live des Foo Fighters et d'une vingtaine de leurs groupes préférés, de Queens of the Stone Age à Royal Blood, Liam Gallagher, The Kills, Cage The Elephant ou Japandroids. Moyennant 99 dollars et un aller pour la Californie, il reste encore quelques tickets pour le paradis rock. 

"Concrete and Gold" des Foo Fighters (Elektra) sort vendredi 15 septembre 2017