Tame Impala : autoportrait de Kevin Parker avant Rock en Seine

Par @Nijikid Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Mis à jour le 01/09/2015 à 21H48, publié le 24/08/2015 à 15H58
Kevin Parker de Tame Impala sur scène le 6 août 2015 à Los Angeles.

Kevin Parker de Tame Impala sur scène le 6 août 2015 à Los Angeles.

© Rich Fury/AP/SIPA

Chef du revival psychédélique ces dernières années, Tame Impala a sorti cet été un troisième album lumineux, "Currents". En concert, comme on pourra le constater dimanche à Rock en Seine où il est attendu avec impatience, Tame Impala est un groupe de cinq musiciens. Mais en studio, c'est le projet d'un seul homme, l'Australien Kevin Parker.

Avec "Currents" Kevin Parker, 29 ans, continue d'expérimenter et prend toujours plus de liberté avec les genres. Il joue beaucoup cette fois avec des échos de dance music (disco, soul et french touch inclus) qu'il fusionne avec sa formule d'origine et parvient ce faisant à rénover le psychédélisme dont il offre une version pop et moderne, aussi voluptueuse qu'addictive.

Premier single, "Let it Happen" en est une pépite exemplaire. Longue de 8 minutes, cette chanson hypnotique en plusieurs phases qui lorgne vers le disco et furète du côté de Air en se concluant sur de merveilleux chœurs à la Beach Boys est indiscutablement le titre phare de ce nouvel album.


"C'est une chose d'aimer toutes sortes de musiques, c'est autre chose de les réunir sans couture et d'en faire quelque chose de cohérent", élabore-t-il dans Rolling Stone. On ne saurait mieux dire. Mais encore ? Qu'est-ce qui a guidé l'élaboration de cet album et dans quel état d'esprit se trouvait-il lorsqu'il l'a composé, produit et mixé, tout seul de bout en bout dans le nouveau studio qu'il s'est aménagé dans sa maison de Perth ?

Tentative d'auto-portrait de ce perfectionniste du son et de son nouvel album en 10 extraits d'interviews récentes.

Non à la redite
"Il était hors de question de faire un "Lonerism 2" ou un "Innerspeaker 3 !", dit-il aux Inrocks. "Cet album raconte une transition personnelle, l'histoire de quelqu'un qui est en train de changer. J'avais envie de sortir certaines choses précises de ma tête. Pour ça, j'avais besoin d'un son nouveau."

"Je suis conscient que certains fans de mes précédents disques ne vont pas autant apprécier "Currents", précise-t-il à Pitchfork. Mais si je peux convaincre quelques fans de rock que des synthés eighties peuvent aller sur un beat seventies, si je peux les aider à voir au-delà du traditionnel psyché rock, alors j'aurai au moins accompli une mission."

Libre d'expérimenter
Durant l"élaboration de "Current", "Si me venait une idée pour une chanson ou un paysage sonore, j'y allais", se souvient-il dans Rolling Stone. "Je n'essayais pas de la faire entrer dans une notion préconçue de ce qu'est Tame Impala. (…) Une de mes devises pout "Currents" était "donne à cette chanson ce qu'elle mérite". Comment cette chanson pourrait-elle s'épanouir ? Si la chanson pouvait me dire ce qu'elle voulait, que pourrais-je lui donner? J'essayais de ne pas laisser la raison ou la logique dicter mes décisions."

Un album de rupture ?
Entre "Lonerism", son précédent album paru en 2012, et le nouveau, "Currents", Kevin Parker a rompu avec sa fiancée française, Melody Prochet de Melody's Echo Chamber. Les médias y ont vu aussitôt un album de rupture. "Je ne dirais pas que c'est un album de rupture au sens propre", se défend-il dans Pitchfork. "C'est davantage autour de l'idée que tu te retrouves dans un autre endroit qui n'est ni mieux ni moins bien. C'est juste différent. Et tu ne peux le contrôler."

"C'est un album qui parle d'une transition personnelle, de passer à autre chose", complète-t-il dans Tsugi magazine. "Alors il y a une part de rupture là dedans, des gens que tu laisses derrière, compagne, amis, endroits."

Le psychédélisme qu'est ce que c'est ?
"Le psychédélisme, c'est comme la pop : c'est un sentiment, une atmosphère, quelque chose qui permet de sortir de soi. Ca ne se résume pas à quelques effets de manche musicaux : certaines chansons (de "Currents") n'ont aucune réverb et pourtant, en les écoutant, on a l'impression d'être complètement défoncé au milieu du désert." (Les Inrocks)

La pop est-elle intello ?
"J'adore la pop. Longtemps je l'ai considérée comme taboue, je la voyais comme un plaisir coupable, en plastique, jetable. Mais plus j'y pense, moins je comprends pourquoi l'art-rock ou la musique expérimentale sont considérés comme plus intellectuels. Je pense même que ça requiert plus d'intellect de faire une bonne chanson pop que d'aller dans l'expérimentation, à l'aveugle. (Tsugi Mag)

De l'influence de Air et... Britney Spears
"Les Flaming Lips sont une grosse influence. Au départ j'étais un fan et maintenant nous sommes bons amis, ce qui est étrange. Air était l'un de mes groupes favoris en grandissant. Mais tout ce que j'ai écouté dans ma vie m'a tout autant influencé. Même les choses dont je n'avais pas conscience.", détaille-t-il à Entertainment Weekly. "Par exemple, les Beatles sont tout autant une influence que Britney Spears au final (…) Même si je n'ai jamais écouté un album des Beatles du début à la fin ni un album de Britney en entier non plus. Ce sont juste des choses autour de moi qui sont entrées dans mon cerveau. Et qui ont contribué à ma compréhension de la musique."

D'où vient cette séquence répétitive au Coeur de "Let it Happen" qui donne l'impression que le disque est rayé ou le cd bloqué ?
"J'ai eu cette idée de cd détraqué alors que je travaillais sur le morceau", raconte-t-il à Rolling Stone. "J'adore imaginer que quelqu'un écoute la chanson sur son autoradio et qu'il puisse penser que sa radio est cassée ou bien se dise "quelque chose ne va pas". (…) Pour moi, il s'agit de trouver un moyen d'altérer vos sens par rapport à ce que vous écoutez. Faire en sorte que les auditeurs se sentent étourdis, c'est tout ce qu'a toujours été le psychédélisme pour moi. Il s'agit juste de transporter les gens, même pour un instant."

Faut-il se droguer pour faire de la musique psychédélique ?
"Pour être tout a fait honnête, je fume parfois de l'herbe quand je fais de la musique", confie-t-il à Entertainment Weekly. "Parfois je bois. J'aime bien boire en composant tout simplement pour me détendre. Mais ce qui est marrant c'est que les chansons de Tame Impala qui laissent le plus imaginer que j'étais totalement perché en les faisant sont celles où j'étais en réalité le plus sobre."

Comment adapter des chansons si complexes en concert ?
"Plus ça va, plus nous acceptons que le live est complètement different des enregistrements d'albums", analyse-t-il dans Entertainment Weekly. "Plus nous abandonnons l'approche standard (de la scène), plus nous avons de liberté. Tant que nous gardons l'essence de la chanson, le feeling de la chanson, nous pouvons en faire tout ce que nous voulons et l'adapter au nouveau monde dans lequel elle se trouve, c'est-à-dire à cinq types jouant sur scène, plutôt qu'à ce gars seul dans son studio."

Comment gère-t-il la pression du succès ?
"Si je me réveillais soudain un jour, que j'avais 19 ans et que quelqu'un me disait "hey, tu dois faire un album par ce qu'il y a un paquet de gens qui attendent que tu l'aies terminé", je ferais une dépression nerveuse", assure-t-il à Abc. "Maintenant, disons que je suis plus sûr du fait que je suis un artiste. Avant je n'aurais jamais parlé de moi en tant qu'artiste parce que j'aurais pensé que c'était arrogant." En revanche, Kevin Parker a toujours du mal avec les deadlines. L'album a du être reporté de mai à juillet car il n'était pas prêt. "Personne ne termine jamais un album, on manque toujours de temps. C'est juste l'histoire de ma vie depuis cinq ans."

Tame Impala est en concert à Rock en Seine Dimanche 30 août à 19h45 sur la Grande Scène