Rencontre avec KillASon, le rappeur français qui voit loin et vise haut

Par @Nijikid Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Mis à jour le 13/09/2016 à 15H25, publié le 24/08/2016 à 14H25
Le rappeur français KillASon en tenue princière.

Le rappeur français KillASon en tenue princière.

© N'Krumah Lawson Daku

Il a le profil d'un rappeur américain et aligne les punch-lines en anglais avec aisance, mais il est Français. Première surprise. Ensuite, quand beaucoup de ses congénères d'ici feraient bien de s'acheter un phrasé, KillASon a des flows de dingo à revendre. Mais l'agilité verbale est loin d'être son seul talent. Rencontre avec un petit prodige à découvrir dimanche à Rock en Seine.

Rap, production, danse, illustration : un artiste multi-talents

Il rappe, il danse (en pro dans les battles de hip-hop avec ses crews Wanted Posse et Undercover), mais il crée aussi ses beats et ses sons, réalise ses visuels et en partie ses clips. Artiste total ? KillASon impressionne en tout cas par le nombre de cordes à son arc et sa maîtrise de ces différentes disciplines.

Une mère chorégraphe, un beau-père ingénieur du son : Marcus Dossavi-Gourdot (son vrai nom) a certes été à bonne école. Mais on sent déjà chez ce garçon un univers affirmé prêt à éclore et à se déployer dans toutes les directions. A 21 ans, ce jeune étudiant en marketing grandi à Poitiers et basé à Paris montre déjà l'appétit, la curiosité, la force de travail et l'intelligence avec lesquels se forgent les grands entertainers.

Avec lui, on a un peu l'impression de redécouvrir le hip hop des origines. Pas dans sa musique, qui est résolument tournée vers le futur, mais dans sa curiosité tout azimuts et son énorme soif d'expression, multi-supports et multi-talents.

"The Rize", un premier album siphonné

Son premier album, "The Rize", paru en janvier 2016 sur le label indépendant Fin de Siècle, est un drôle d'ovni. Un disque totalement siphonné de rap libéré, sur lequel Killason expérimente avec les allumettes pop et électro. Et jongle surtout avec les flows les plus dingos en ne s'interdisant ni le chant ni le "toast" dancehall.

Les thématiques et les personnages variés défilent aussi dans ce kaléidoscope délirant et faussement dark qui ne ressemble à rien de connu. On peut néanmoins lui trouver des liens de parenté avec Outkast, Tyler The Creator, Raury, Danny Brown ou Childish Gambino pour le chaudron musical sans oeillères mais aussi avec Ol Dirty Bastard pour l'absolue liberté du phrasé ou Kool Keith pour l'habileté à endosser de multiples personnalités.

"The Rize" est un premier disque dense et ambitieux mais aussi imparfait et maladroit tant KillAson a voulu y montrer toutes ses facettes et tous ses talents. Cependant, si le rappeur se cherche encore, la singularité qu'il manifeste saute aux oreilles. Derrière l'ébauche se profile déjà le gros potentiel. 

Entretien avec KillAson

Alors que sa musique affectionne les climats sombres et faussement menaçants où rôde constamment le clin d'œil, Marcus-KillASon est beaucoup plus engageant, solaire et souriant dans la vraie vie. En face-à-face dans un bar du 10e, il se montre volubile et prêt à tout bouffer mais avec une fraîcheur désarmante, sans arrogance aucune. KillASon est une boule d'énergie et d'enthousiasme que rien ne semble pouvoir arrêter. Rock en Seine ? "C'est le rendez-vous de cette fin d'été. Je suis content de ouf, tout le monde m'en parle, ça va être une super expérience!"

Tes premières émotions musicales ?
KillAson : Elles remontent à mes toutes premières années, lorsque j'avais 3 ans. J'ai des souvenirs assez vifs de hip-hop, d'électro et de reggae. Il y a du Daft Punk, du IAM, du St Germain. Mes parents sont artistes et j'ai été baigné dans tout ça. Ma mère est chorégraphe et mon beau-père musicien. Aujourd'hui il est mon producteur artistique, mon conseiller et mon mentor et ma mère est ma manageuse. C'est une entreprise familiale (sourire jusqu'aux oreilles).

Quel a été ensuite ton cheminement musical ?
J'ai toujours voulu faire de la musique, avant même de faire de la danse, parce que je fais beaucoup de danse. J'ai vraiment démarré à 17 ans lorsque mon beau-père m'a offert un ordinateur dédié à la musique. J'étais déjà à fond dans la danse mais mes parents m'ont dit, si tu veux faire de la musique, il faut faire quelque chose, passer un cap. Après cet électrochoc je n'ai pas lâché et ça a donné l'album "The Rize", que j'ai fait tout seul.

Pourquoi as-tu fait le choix de rapper en anglais ?
Parce que j'ai toujours écouté à 98% de la musique anglophone. Dès 3 ans je chantais en yaourt mais quand tu es petit tu ne calcules pas que c'est du français ou de l'anglais. Eminem, par exemple, j'ai cru un moment qu'il rappait en français (rires). Ensuite, j'ai une bonne oreille, je sais bien imiter, c'est parti de ça. Je me suis tué à regarder des clips. Imiter, imiter, ensuite aller plus loin, chercher les paroles, communiquer avec les gens. Mais mon anglais n'est pas encore parfait. Par la suite je compte habiter dans des pays anglophones, acquérir du vocabulaire et les morceaux seront encore plus forts, plus recherchés.

KillASon démontre ses talents de danseur élastique et sans limites
 


De quoi parles-tu dans tes textes ?
Je me prends vraiment la tête sur les paroles, j'essaye d'apporter quelque chose, de raconter des histoires… Je n'ai pas envie que ce soit toujours les mêmes thématiques et les mêmes flows. Sur la chanson "The Rize", il s'agissait d'annoncer la couleur alors c'est un son plutôt egotrip mais avec une bonne couleur et des punch-lines. Sur "The Mind's Eye" je mêle les univers du rêve et de l'amour, je parle de cette femme composite à plusieurs visages dont on peut tomber amoureux en songes. Dans "Black Crook" il s'agit d'une histoire de sorcier maudit qui veut retrouver le cœur de sa dulcinée et créer la bague la plus belle de l'univers, et qui se fait duper par le Diable. C'est un peu un Faust moderne. Sur "UCWP", il est question de bipolarité, à la Billy Milligan, l'homme aux 24 personnalités : sur ce titre, je change de personnalité toutes les quatre mesures, de Killabang à Killasupernova et Killa The Monsta…

Ces flows très impressionnants que tu déploies, comment les as-tu affûtés ?
La danse (avec ses crews pros Wanted Posse et Undercover) m'a beaucoup aidé. Parce qu'en tant que danseur on scrute la musique et le but est de faire lire la musique à travers notre corps, de l'interpréter. J'ai joué aussi de la batterie pendant 7 ans, et ça m'a aidé également. Surtout au début, lorsque je faisais des freestyle en yaourt, ça donnait des flows complètement ahurissants. J'écoutais énormément Busta Rhymes à l'époque, c'était chaloupé de partout. Et puis j'ai l'oreille. J'écoute énormément d'artistes du passé. J'étudie certains de leurs mécanismes et je me les réapproprie. Dans un passage, tu peux ainsi retrouver des influences de quatre ou cinq artistes.

A part Busta Rhymes, qui d'autre t'a influencé ?
Enfant, j'ai écouté énormément Busta Rhymes, Outkast et Missy Elliott. Après j'ai découvert Lil Wayne et Ludacris, puis Kendrick Lamar. Il y a aussi ODB du Wu Tang Clan : j'aime sa manière super libérée de poser. J'adore passer d'une voix super aigüe à une voix ultra basse. Du coup dans un passage, même si la prod est toute simple, je peux moduler, changer de voix.

Qu'avais-tu en tête en créant l'album "The Rize", quel était ton objectif ?
Je voulais montrer que j'arrive et qu'il va falloir dealer avec moi. (sourire). C'est un exposé de toutes mes facettes, un éventail de tout ce que je peux faire. Du coup c'est assez varié mais c'était voulu, parce que je voulais que ma carte de visite soit vraiment ouverte. Et je ne compte pas me refermer. Le prochain EP est aussi très vaste : il y a des sons très hip hop mais aussi des sons d'influence jamaïcaine ou bien pop, sans beat, calmes ou plus dubbés, d'autres plus old school. Il n'y a pas deux morceaux dans la même veine et c'est voulu.

Un extrait de son concert à Dour en juillet 2016
 


Quand on explore un peu ton univers et ton personnage, on a l'impression de redécouvrir le hip-hop. Celui de la créativité sans limite, de la soif d'expression tous azimuts. Que signifie le hip-hop pour toi ? Est-ce que ça a encore un sens ?
J'ai grandi là-dedans, alors oui ça a du sens. C'est une communauté, c'est un état d'esprit, c'est une musique, c'est une danse, c'est un mode de vie. Mais en même temps je suis au-delà de ça. Disons que ce sont mes fondations mais que j'ai aussi plein d'autres influences, comme l'école, le cinéma et les mangas.

Comment comptes-tu te distinguer des rappeurs anglophones ?
Je suis quelqu'un qui vient de la compétition. Des battles, j'en fais depuis que je suis tout petit. Je sais comment passer du quart de finale à la demi-finale et gagner, donc ça ne me fait pas peur. En plus je ne fais pas que rapper : je danse, j'ai une identité visuelle, j'ai des idées et une ouverture d'esprit musicale. Je vais juste tirer mon épingle du jeu. Si c'était facile, ce serait moins marrant. Le but c'est d'aller à la charge intelligemment. Là j'ai déjà envie de conquérir la France avec une tournée jusque fin novembre, puis l'Europe.

On sent que tu as faim...
J'ai une dalle pas possible ! (rires) Je veux créer un miracle, comme Michael Jackson a pu le faire. C'est-à-dire être à la fois très original et apprécié par la masse. Je ne pense pas que ce soit incompatible. Je sais que ça paraît prétentieux mais mon objectif, à terme, c'est d'avoir le monde ! (rires)

KillASon est en concert à Rock en Seine dimanche 28 août à 16h10 sur la scène de l'Industrie. Suivez son Live en direct streaming sur Culturebox
Avec son crew de danse Undercover, il se produit aussi chaque jour à Rock en Seine sur la nouvelle scène Dancing


Découvrez l'album de Killason "The Rize" sur Deezer