Festival Rock en Seine

du 25 au 27 août 2017

Les Libertines à Rock en Seine : flop ou encore ?

Par @Nijikid Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Mis à jour le 11/09/2015 à 11H55, publié le 30/08/2015 à 03H50
Samedi soir sur la grande scène de Rock en Seine, les Libertines

Samedi soir sur la grande scène de Rock en Seine, les Libertines

© Gilles Scarella - Studio France Télévisions

Ils sont venus, ils étaient là, et certains se pinçaient pour y croire. Tout à la joie de retrouver les Libertines reformés, Rock en Seine a fait un triomphe samedi soir à Peter Doherty et Carl Barât en dépit d’un concert chaotique et imparfait.

Viendra, viendra pas ? C'était la grande question samedi à Rock en Seine concernant la présence des Libertines annoncés le soir même sur la Grande Scène. A la veille de la sortie d'un nouvel album, repoussé d'une semaine et promis désormais pour le 11 septembre, les retrouvailles des frères ennemis étaient attendues avec une folle excitation mêlée d'appréhension. Allait on rejouer le lachage au dernier moment des faux frères d’Oasis en 2009, trauma de ce festival encore dans toutes les mémoires ?

L'ombre d'un doute

Non, ils sont bien là, et qui plus est ponctuels, à 23h tapantes. Ils attaquent sur "Horrorshow" avec l’air renfrogné des mauvais jours – un sandwich avalé dans l’Eurostar qui ne serait pas passé ? Une contrariété survenue en coulisses ? Il faudra attendre trois titres pour entendre un vague bonjour de Carl et 45 minutes pour avoir droit à un sourire de Peter, qui a beaucoup forci.

Surtout, le début du concert, décousu, nous fait douter de la pertinence de cette reformation. Où sont la fougue, la tension et l’électricité d’antan ? On s’en voudrait de hurler avec les loups britanniques qui multiplient les faux procès ces derniers temps à leur endroit. D’autant que les derniers titres dévoilés de l’album à venir (Gunga Din, Anthem For Doomed Youth, Glasgow Coma Scale Blues) nous ont enthousiasmé. Pourtant, on sent bien qu’il va falloir ravaler nos attentes, trop ambitieuses sans doute, d’un concert joyeux, flamboyant et qui envoie.

Libertines 4 © Gilles Scarella - Studio France Télévisions

Désaccordés, comme s'ils n'avaient pas joué ensemble depuis des lustres

Ce soir, le quatuor manque d’allant, de nerf et surtout de fluidité. Chaque titre, de "Delaney" à "Can’t Stand Me Now", "Time For Heroes" ou "Begging", est suivi d’un long silence : Pete et Carl s’accordent ou se consultent – on les imagine s’interrogeant : qu’est ce qu’on joue après ? Pas idéal pour la dynamique.

A la guitare, les deux duettistes ne sont pas aux fraises mais laissent à désirer, peu concentrés, vaguement absents, désaccordés. Ils n'ont pas l'air ivres ou drogués mais plutôt rincés. En fait, on jurerait qu’ils n’ont pas joué ensemble depuis des lustres - ils étaient pourtant encore la veille au festival de Leeds (G-B) dans le même genre d’arène. Ce côté slacker est-il délibéré, voire surjoué ? On s’interroge.

De son côté, la rythmique ne démérite pas, avec un Gary Powell tout en muscles impeccable sur ses fûts et un John Hassall toujours aussi neurasthénique qui regarde le bout de ses pompes plus souvent que l’horizon.

Libertines 9 - public © Gilles Scarella - Studio France Télévisions

Lents à l'allumage mais ça finit par décoller

Bonne fille, la foule, une vague humaine de plus de 20.000 personnes, refuse de se laisser gâcher la fête. Les Libertines sont là, ils ont honoré leur contrat, on ne va pas se mettre la ratte au court-bouillon : une bonne partie du public semble avoir pris le parti d’ignorer ce qui cloche et sautille joyeusement.

Les fans ont sans doute raison. Rien de sert de prendre ces deux sales gosses trop au sérieux. Après tout, "it’s only rock’n roll". Et puis rock’n’roll ils le sont justement, sans doute plus que ce que cette Grande scène nous offre régulièrement de si carré, prévisible et bien cadré.

Ils ont raison d'être patients aussi parce que Pete et Carl ne sont pas des robots et qu’ils ont manifestement besoin de se chauffer. La preuve, on sent un frémissement à mi-parcours, la montée est lente mais ça finit par démarrer au deux tiers du concert, après "Anthem of a Doomed Youth", l’un des quatre nouveaux titres joués ce soir extraits de leur album à venir – avec "Gunga Din", "Fame and Fortune" et "Barbarians" au début du rappel.

On salue alors le retour de cette chose dérisoire et romantique qui faisait l'alchimie du duo : le duel. Ce plaisir à se défier au chant et aux guitares semble avoir survécu au fiel de la séparation et aux errances de l'un comme de l'autre. Elle est peut-être artificielle mais samedi soir, on voulait encore y croire.

Uptade 8 septembre : le concert est désormais visible dans son intégralité sur Culturebox jusqu'au 30 octobre.
On peut aussi en voir un extrait avec l'inusable "Up The Bracket" joué au rappel.