Alt-J : "En festivals, on vit dans l'instant"

Par @martelclem
Mis à jour le 24/08/2013 à 16H30, publié le 13/08/2013 à 14H08
Trois des membres de Alt-J, Gwil Sainsbury, Gus Unger-Hamilton et Thom Green lors du festival Beauregard 2013

Trois des membres de Alt-J, Gwil Sainsbury, Gus Unger-Hamilton et Thom Green lors du festival Beauregard 2013

© Clément Martel / Culturebox

Alt-J, c’est un triangle à quatre faces. Le quatuor britannique a choisi pour nom le raccourci clavier du symbole ∆. Dans ce groupe, originaire de Leeds on fonctionne en démocratie : personne ne tire la couverture à lui. Du coup, quand Culturebox a rencontré ce groupe qui se produira à Rock en Seine, le quatuor était trois. Public français, ambiance des festivals, nouvel album, Alt-J s’est livré.

Culturebox : Cet été, vous enchaînez les concerts, en particulier lors des festivals. Quand s’achève cette tournée très longue, et y survivez-vous, d’ailleurs ?
Gus Unger-Hamilton (clavier/chant) : Notre tournée s’achève le 5 octobre. De ça on est sûrs...
Gwil Sainsbury (basse/guitare), l’interrompant : Sûr et certain?
Gus Unger-Hamilton : Enfin, à peu près sûr quoi. Et on survit ! (rires) Je crois que l’énergie que l’on puise à jouer en “live” pour des gens aimant notre musique est très importante. Même si, assis dans les loges, un soir, il arrive de se dire “je suis crevé, j’ai le mal du pays, je suis fatigué d’être en Amérique depuis deux mois, je veux rentrer à la maison”, quand tu montes sur scène, et que tu vois des gens venus ici écouter ta musique parce qu’ils t’aiment, parce qu’ils aiment ton groupe, ça te fait tout donner.

Gwil Sainsbury : C’est assez facile d’être un peu déprimé en tournée. On est loin de ses amis et de sa famille pendant un long moment, et quasiment tout le temps dans des endroits non familiers. Pour nous, c’est comme des montagnes russes : on vit des hauts et des bas.

Et c’est très important de se prendre du temps pour nous-mêmes, c’est vraiment important. Juste faire une pause et faire des choses tout seul, ce qu’on a envie de faire. Ce n’est pas évident de trouver le temps, mais quand vous y parvenez, vous devez en profiter.

Y-a-t-il une différence à jouer en festival ?
G. U.-H. : Justement, les festivals sont mieux pour ça : il se passe toujours quelque chose. Il y a beaucoup d’activités, plein de monde et d’excitation. Quand vous faites une tournée en salles, ça peut devenir vraiment déprimant, car vous allez dans des loges qui se ressemblent toutes. Au moins, dans les festivals, où l’on vit dans l’instant, c’est une perpétuelle variété et… l’inattendu fait vraiment du bien !

"En France, le public est plus attentif. Ils parlent moins et sont plus là pour écouter la musique"

Qui vient vous voir jouer ?
G. S. : Même quand on joue en salle, j’ai l’impression que nous avons un public très varié, en terme d’âges surtout. On voit des enfants, pas mal d’adolescents, mais aussi des personnes plus agées, des parents ou ce genre de choses. C’est intéressant. On nous demande souvent au cours d’interviews si le public américain est différent du public européen, si les Français sont différents des Allemands. En fait, je crois que ce n’est pas une question de nations, ça a plus un rapport avec le lieu où l’on joue. Suivant le festival où l’on joue, le public ne réagit pas de la même façon... Oui, ce n’est pas une question de pays, mais bien de contexte.

Et le public français, qu’en pensez-vous ?
G. U.-H. : J’ai remarqué, en jouant dans les salles de France, que le public est plus attentif. Ils parlent moins et sont plus là pour écouter la musique. Mais lors des festivals, ce n’est plus vraiment le cas. Pour moi, le public des festivals est le même partout dans le monde.

G. S. : Oui, ils savent pourquoi ils sont venus, et ils en profitent. Ils ne sont pas là pour critiquer, mais pour passer un bon moment. Car au bout du compte, si ce qu’ils écoutent ne leur plaît pas, ils peuvent bouger, et aller voir un autre groupe. Donc ils sont assez tranquilles.

Avez-vous le temps d’écouter les autres artistes quand vous êtes en tournée des festivals ?
Thom Green (batteur) :
Parfois. En général, après qu’on ait fini de jouer, on peut aller regarder les têtes d’affiches. mais pendant la journée, avant le concert, c’est plutôt promo et repos. On est plein d’adrénaline après avoir joué, on a fini de bosser, donc on cherche à faire autre chose. Et c’est ça qui est vraiment sympa en festival, on peut toujours trouver quelque chose qu’on aimera.
Alt-J en concert à Chicago le 4 août

Alt-J en concert à Chicago le 4 août

© John Davisson/AP/SIPA
Vous avez connu un très grand succès avec votre premier album “An Awesome Wave”, couronné meilleur album britannique de 2012. Êtes-vous en train de travailler sur votre nouvel album ? Avez-vous le temps ?
G. U.-H. :
C’est difficile de dégager du temps pour ça. Oui, on y travaille, mais plutôt passivement qu’activement. Quand on est en tournée, c’est très difficile d’être créatifs et de travailler de façon cohérente, en tant que groupe. Individuellement, nous avons des idées, des propositions de chansons, mais nous travaillons mieux quand toutes nos idées sont regroupées et qu’’on bosse dessus en groupe, tous ensemble.
 
Et dès que nous aurons terminé notre tournée, on aura de nombreuses petites idées sur lesquelles travailler, de façon cohérente et structurée sur chaque chanson, avant de sortir un nouvel album.

G. S. : En fait, j’ai l’impression qu’on a aussi travaillé de cette façon - passive - sur notre premier album. On a eu tellement de temps pour le faire : on a joué ensemble pendant deux, trois ans. Et à un moment, on s’est dit “il faut qu’on écrive un album”. Ce n’était pas un souci, on a continué à faire ce que l’on faisait : écrire des chansons et traîner ensemble. Donc ouais, peut-être que notre manière de composer est passive jusqu’à ce que l’on entre en studio pour tout mettre à plat, et définir ce que sont nos chansons.

Avez-vous peur de l’écueil que peut constituer le second album pour un groupe ? Il faut transformer l’essai en ayant en général moins de temps pour façonner les titres...
G. S. : C’est important de se rappeler pourquoi nous avons fait ce premier album. D’une certaine façon, nous l’avons fait pour nous-mêmes, sans penser à ce qu’allaient en penser les gens. Personnellement, j’ai estimé qu’on faisait des choses vraiment bien, dont j’étais fier, et donc sortir l’album m’a semblé naturel.

On va essayer d’avoir la même approche pour le second album. On le sortira quand il sera fini, et on n’a pas de pression. Car au fond, ce qui nous intéresse, c’est de parvenir à faire la musique qui nous plaît, et on ne la sortira pas si elle n’est pas prête.