Festival Rock en Seine

du 25 au 27 août 2017

Etienne de Crécy présente Superdiscount 3 Live : interview

Par @Nijikid Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Mis à jour le 01/09/2014 à 22H15, publié le 21/08/2014 à 12H09
Superdiscount 3 en Live, été 2014.

Superdiscount 3 en Live, été 2014.

© Mathieu Ezan 2014

Figure de la French Touch historique, Etienne de Crécy est connu autant pour ses deux albums collaboratifs "Superdiscount" que pour ses Live en solo avec le Cube, dispositif qui a lancé la vogue planétaire des stage design spectaculaires pour tous les grands DJ's. Alors qu'un Superdiscount 3 se profile pour cet hiver, il vient à Rock en Seine présenter cet album Live en avant-première. Interview.

Avec le recul, c'était comment le Cube (dispositif Live de sa tournée en solo baptisée en réalité Beats N Cubes) ?

Etienne de Crécy : Le Cube a duré 5 ans et il y a en eu plusieurs versions. Je n'ai jamais arrêté de le travailler, c'était un work in progress permanent, aussi bien côté visuels que côté musique. Entre le tout premier (aux Transmusicales 2007) et le dernier, la musique et les visuels ont changé de fond en comble au moins deux fois, je réinjectais sans arrêt de nouvelles choses. Dans ma tête, c'est très clair : durant cette période, je n'ai pas fait de disque, mais à la place j'ai fait du live, j'ai travaillé un concert. En plus, après les avoir bien usés sur scène, j'ai même sorti des maxis comme "No Brain" ou "Binary". C'était super de travailler sur le live. En fait j'adore ça. Un disque, une fois qu'il est sorti, tu ne peux plus y toucher, si tu as fait une erreur c'est les boules pour la vie, alors que le live est évolutif : tu peux te planter un soir mais tu peux surtout améliorer le truc indéfiniment.
Un aperçu du Live Beats N Cubes 2008 d'Etienne de Crécy
En fait tu pourrais presque te passer de sortir des disques ?

En même temps j'aime les disques, et c'est quand même bien que ça reste. Le souci c'est que le live était conçu pour de gros festivals et j'étais donc contraint de faire une musique efficace pour 12.000 personnes. Même si ce sont de bons morceaux, ce ne sont pas des choses que tu écoutes à la maison. Et surtout, j'ai beaucoup de morceaux, plus doux, moins agressifs, qu'il m'était impossible de jouer dans ce contexte.

C'est la raison pour laquelle tu reviens à Superdiscount ?

Exactement. Parce qu'après le Cube, ce que je voulais faire, c'était arrêter complètement de faire des grosses scènes et des festivals et ne faire que de petits clubs. L'idée est partie de ça. Je me disais je m'en fous, si je dois rester trois jours dans une ville parce que le club local ne fait que 300 places, je ferais le jeudi, le vendredi et le samedi. Et je pourrais même inviter des dj's. Mais comment "brander" ces soirées ? Je me suis dit pourquoi pas Superdiscount ? Mais alors il faudrait faire un nouvel album de Superdiscount. Et ça tombait bien puisque j'avais déjà deux morceaux, "Cut The Crap" et "Hashtag my ass", qui seront les deux premiers maxis. Le nouvel album a démarré comme ça. Ces deux morceaux ont un peu défini la teneur de l'album. Ce qui explique que le Live arrive avant l'album, promis lui pour cet hiver. D'habitude c'est plutôt l'inverse : on sort l'album puis on le "défend" en tournée.

Je ne sais pas ce que font les autres. Moi je mélange tout, j'ai une réflexion globale. Donc oui, l'album est venu parce qu'il y avait l'idée de la tournée.

Cette tournée commence déjà par des scènes de festivals, donc pour les petits clubs, c'est loupé…

C'est vrai, je me retrouve avec la même problématique car j'ai à nouveau beaucoup de demandes pour de grosses scènes et des festivals. Mais la différence c'est que le nom Superdiscount est associé à une musique plus douce, je sais que je vais pouvoir  jouer des morceaux au tempo ralenti, plus house, moins offensifs. En réalité, cela fait un  moment que je joue de la musique moins agressive. Mais je sens quand je joue en dj sous mon nom que les gens m'attendent sur le côté agressif qu'ils ont connu avec le Cube. En général j'arrive à faire une heure de house et après je sens que les gens pensent "allez, envoie !" (rires). Alors qu'avec Superdiscount, ils s'attendent à ce qu'on joue des morceaux du premier album et du second.

Ce sera le cas à Rock en Seine ?

Mais oui ! Même si nous allons jouer surtout Superdiscount 3.
Visuellement, à quoi ressemble ce nouveau live ?

Après le live du Cube, ça a été un peu compliqué. J'avais le sentiment d'avoir démarré avant tout le monde…
C'est sûr, tu as même lancé une mode planétaire chez les dj's !
Oui mais il y avait eu Daft Punk et leur pyramide avant. C'est marrant parce que comme ils ont très peu tourné avec, tout le monde semble avoir un peu vite oublié la pyramide. 
Oui mais ce n'était pas du mapping comme ton Cube …
Non mais c'était du stage design. Et leur proposition de live techno spectaculaire était inédite, c'était eux les premiers. Pour moi en tout cas  ça a été une inspiration parce qu'en 2007, au moment où je commençais à me poser des questions sur ce qu'on pouvait offrir de plus en live, eux avaient déjà répondu à toutes les questions. Bon, après, je n'avais pas les moyens qu'ils avaient et j'ai eu la chance de rencontrer les 1024 (collectif  d'architectes et de designers) et qu'ils imaginent quelque chose de léger et d'économiquement viable. Parce que les Daft avaient je ne sais pas combien de semi-remorques et pour moi ce n'était pas faisable. Et puis après le Cube, il y avait eu entre temps une telle surenchère des dj's dans le spectaculaire – la soucoupe volante, la Ferrari sur scène etc – que je n'ai pas voulu me remettre sur la ligne de départ pour la course.

Donc, on n'aura pas droit à un truc spectaculaire pour le Live de Superdiscount 3 ?

Alors quand même…eh eh (rires). Il n'y a pas de concept stage design mais on a fait faire une grosse enseigne du logo Superdiscount lumineuse, en plexiglas blanc avec des Led, sur laquelle on a installé le matériel. L'enseigne s'allume et s'éteint mais ça ne fait pas le show comme le faisait le Cube, c'est plus un décor qui accompagne le live. Ca reste très simple. Du coup la musique prend plus d'importance. Avec le Cube, si tu n'aimais pas la musique tu avais malgré tout quelque chose à voir, mais cette fois il va falloir aimer la musique. (sourire)
Superdiscount 3 sur scène, été 2014.

Superdiscount 3 sur scène, été 2014.

© Mathieu Ezan 2014
Dans la mesure où tu faisais quasiment tout sur les Superdiscount 1 et 2, qu'est ce qui différencie les projets Superdiscount de ta discographie en solo ?

Le fil rouge des Superdiscount c'est que même si je garde la main sur le truc, ce sont malgré tout des projets de collaborations. D'habitude avec des producteurs. Cette fois avec des chanteurs et chanteuses. Mais en Live, Superdiscount c'est toujours Alex Gopher, Julien Delfaud et moi. En fait, c'est très confus depuis le début, même des gens très proches de moi ne savent pas qui fait quoi dans Superdiscount (rires). C'est de ma faute car j'ai entretenu le flou dès le départ en prenant plusieurs pseudos sur le premier Superdiscount. Finalement, après avoir essayé en vain de clarifier les choses je trouve ça plutôt marrant. Parce que le projet n'est pas attribué à quelqu'un, donc il a une existence propre assez forte qui marque bien les esprits.
 
Dans quel état d'esprit as-tu fait cet album ?

Je l'ai fait assez rapidement. Avec des featurings vocaux plutôt que des producteurs invités. Le principe c'est un morceau vocal, un morceau instrumental. Au total il y a dix morceaux, dont cinq vocaux. Pour le choix des chanteurs et chanteuses, j'ai regardé ma playlist Spotify et j'ai demandé aux cinq artistes que j'avais le plus écouté de faire des featurings sur Superdiscount 3. Je ne peux pas encore révéler les noms. Je peux juste dire que je me suis retenu de demander à Julian Casablancas des Strokes, parce qu'il avait déjà chanté sur l'album des Daft Punk.
 
Tu ne peux pas encore trop en dire sur ce disque mais où se situe-t-il musicalement ?

Actuellement j'adore la G-House, une nouvelle école hyper funky. Avec des artistes comme les Marseillais Amine Edge & Dance, qui sont des producteurs hip-hop au départ. Ce sont des morceaux assez lents, comme "Cut the crap", mais avec une énergie telle que je peux les passer au milieu d'un set qui tabasse. L'album est à cette image. C'est de la deep mais pas molle avec des nappes mineures, c'est de la house bon esprit mais un peu sale, un peu vulgaire, avec de la "badness". Avec Superdiscount 3 j'ai le sentiment d'avoir réussi à réunir les deux Superdiscount : le premier qui était très happy avec des samples et le second plus techno et dark avec des synthés. Là j'ai mis des samples et des synthés, c'est happy et dark en même temps, le principe est là.

Etienne de Crécy présente Superdiscount 3 à Rock en Seine vendredi, Scène Pression Live 23h20