Rock en Seine sous le charme de Lana Del Rey

Par @Culturebox
Mis à jour le 23/07/2015 à 15H51, publié le 24/08/2014 à 23H36
Lana Del Rey à Rock en Seine.

Lana Del Rey à Rock en Seine.

© Laure Narlian

Elle était attendue et elle n’a pas déçu. Lana Del Rey est aussi magnétique et gracieuse en réalité que dans ses vidéos. Charmeuse, généreuse avec ses fans, la chanteuse américaine a également fait taire les mauvaises langues concernant sa voix, qui n’a ni failli ni démérité avec un concert langoureux dont la setlist mixait ses deux albums.

Elle n’est pas ravissante, elle est magnifique ! Alors que les premiers rangs scandent « Lana, Lana » depuis une dizaine de minutes, Lana Del Rey fait son entrée et on est immédiatement sous le charme.
 
Vêtue d’une simple robe cache-cœur rose qui ne cache rien de ses longues jambes et de sandales légères, elle ressemble à une toute jeune fille, presque sans apprêts. Contre toute attente, elle qui semble ne pas toujours prendre un plaisir fou à ses concerts est ce soir extrêmement à l’aise, naturelle, sans signe aucun de trac, comme si elle déboulait dans votre salon pour une petite party sans chichis entre amis, comme s’il n’y avait pas une marée humaine de 20.000 personnes sous ses yeux.
 
Ce qui ne veut pas dire qu’elle oublie son public : d’emblée, dès le premier titre, elle va au contact direct en empruntant l’avancée de scène et en descendant jusque devant les barrières serrer longuement les mains que lui tendent les fans. « Je ne voudrais être nulle part ailleurs au monde en ce moment, so fun », dit-elle avec un sourire à se damner.
Lana Del Rey avec son guitariste à Rock en Seine.

Lana Del Rey avec son guitariste à Rock en Seine.

© Laure Narlian
 
Son jeu de scène n’est pas démonstratif, juste sensuel :  elle marche lascivement d’un côté à l’autre de la scène, tend son micro aux poumons des premiers rangs, ondule doucement, lance de petits baisers de la main, enlace son guitariste par derrière et l’accompagne durant tout le solo de « Body  Electric », s’asseoit sur la scène, et bien sûr c’est l’émeute lorsqu’elle réclame une cigarette qu’elle fume avec volupté.
 
Efficace mais sachant se faire oublier, la formation qui l’accompagne est elle aussi minimale, pas de choristes, juste un piano, une guitare, un batteur et un bassiste couteau suisse (il tient aussi contrebasse et claviers). Certains de ses clips, comme celui de « Video Games » ou de « National Anthem » occupent une fois de temps en temps l’écran en toile de fond. Rien de tapageur. C’est juste elle et nous.
Lana Del Rey s'asseoit sur scène.

Lana Del Rey s'asseoit sur scène.

© Laure Narlian
Bien sûr, elle souffre de la comparaison avec Portishead, qui la veille sur cette même vaste scène avait réussi à instaurer une intimité magique. Mais contrairement à eux, elle débute alors qu’il fait encore jour.  La lumière nocturne veloutée tombe au ralenti durant le concert, aussi doucement que ses titres qui sont joués plus lentement que sur disques, de façon une fois encore sensuelle et voluptueuse.
 
Toutefois, sur la durée, si l’on est pas de ceux qui, comme nous, sont totalement captivés par la belle, son concert pêche un peu par manque de nerfs. Le fait que chaque morceau soit suivi d’un long blanc perturbe aussi la fluididé du show. Mais à nos yeux c’est presque un nouveau bon point, signe que son concert n’est pas millimétré, étudié, pensé comme une machine de guerre à l’américaine. Lana Del Rey est à la cool. Rien ne presse. Cessons de la qualifier de fabriquée et d’artificielle, elle est tout sauf ça (juste bien marketée, on vous le concède).
 
Il faut d’ailleurs attendre le quatrième titre pour entendre une chanson de son nouvel album « Ultraviolence », en l’occurrence « West Coast ». Déjouant les pronostics sur sa setlist bien rôdée de l’été, la chanteuse pioche ce soir dans tous ses disques, du premier comme « Blue Jean’s » « Summertime Sadness » et « Video Games », à ceux du dernier, comme « Ultraviolence » et « Fucked my way up to the top », en passant par les titres sortis entre temps comme  "Young and Beautiful" (B.O. de "Gatsby) et "Cola" ("Born to Die, The paradise edition").
Lana Del Rey demande une cigarette... et c'est l'émeute.

Lana Del Rey demande une cigarette... et c'est l'émeute.

© Laure Narlian
Sur « Young and Beautiful" (et non pas "Old Money" comme nous le signalent des commentaires - excusez les gars, à la fin du 3e jour de couverture de Rock en Seine on peut avoir des défaillances...), elle semble sincèrement émue. Les paroles collent sans doute plus fort que d'autres à sa réalité : « Will you still love me when I 'm no longer young and beautiful ?".
 
Le concert se termine de façon inédite, sur “National Anthem”. Alors que les musiciens étirent le titre seuls sur scène, elle leur fausse soudain compagnie et retourne deux mètres plus bas au premier rang serrer des mains, embrasser chaleureusement des joues tendues, signer des autographes et même honorer les fans de selfies en sa compagnie. Elle ne remontera pas et le groupe quittera la scène sans elle. Quelle autre star planétaire fait ce genre de chose ?