L’électro-hip-hop lubrique d’Odezenne au Festival Les Inrocks 2015

Par @Culturebox
Mis à jour le 16/11/2015 à 12H19, publié le 13/11/2015 à 16H54
Alix, Odezenne à la Cigale en novembre 2015

Alix, Odezenne à la Cigale en novembre 2015

© Boris Courret

Jeudi, le trio bordelais a choisi la Cigale et le Festival Les Inrocks pour présenter son nouvel album qui sort vendredi. Le début d’une tournée furtive et effrénée qui s’achèvera le 12 décembre à Marseille.

C’est l’entracte à la Cigale. Jack Garratt, le britannique à la barbe rousse aussi adepte de la guitare que des machines et claviers vient d’achever son concert. Dans la salle, ça pialle et ça braille. Les deux bars et les abords du complexe s’emplissent peu à peu. On se ravitaille.
Jack Garratt

Jack Garratt

© Boris Courret
Il faut dire que la soirée a débuté dès 19 heures avec Minuit, le quintette pop-rock-kitsch composé entre autre des enfants des Rita Mitsouko, Simone Ringer et Raoul Chichin. Suivis quelques instants plus tard de Rationale, chanteur londonien très discret, presque secret qui a sorti en septembre dernier son premier maxi, soul et sensuel.

Odezenne, en tête d’affiche

Mais l’évènement ce soir, c’est bel et bien le concert d’Odezenne. La sortie de leur album est prévue pour le lendemain. Et il faut dire que le trio bordelais qui remplissait déjà il y a quelques mois l’Olympia a habilement réussi à faire monter la pression. Car quelques heures avant, le groupe dévoilait au compte-gouttes, toutes les trois heures, un morceau de ce nouvel album sur leur site internet.
 
L’effervescence se fait. À l’extérieur, on écrase nerveusement sa dernière clope. Les bars se vident peu à peu et on rejoint empressement, pression vissée à la main, la fosse, pleine à craquer, pour la première fois depuis le début de la soirée. "Odezenne ! Odezenne !" scande le public. La lumière s’éteint, la musique d’ambiance s’estompe et le rideau s’ouvre. Il est 22h.
Odezenne, la Cigale © Boris Courret
Les trois trentenaires arrivent sur scène, acclamés. Il y a Alix Caillet et Jaco Cormary, les deux chanteurs et le bidouilleur de sons Mattia Lucchini. Pas de chichis, pas de blabla, sans s’étaler, le spectacle peut commencer. Alors qu’on les inscrit schématiquement dans la directe continuité de Fauve, il montre bien à l’image de leur entrée, se situer à l’exacte opposé de Quentin, le bavard invétéré du collectif parisien.
Odezenne, festival des Inrocks © Boris Courret

Inclassable

La scène semble leur ressembler. Sobre, esthétisante et épurée. Ni une, ni deux, nous voilà partis avec eux dans leur univers enivrant. Et ça n’est pas pour nous déplaire. "Vi-vilaine comme une chienne dans une bouche dégueu, vo-vodka dans la tête, y’a d’la house de goût", entonne Jaco repris en cœur par le public. Poésie crues, triturages de machines, influences arty, le trio est tout bonnement inclassable.
Il semble vouloir transgresser toutes les influences musicales. Et il faut bien le reconnaître, ça marche. Textes piquants, tout à la fois poétiques et potaches, ce rendu joliment trash rappelle quelque peu Diabologum, le groupe de rock toulousain des années 90, tout juste entre hargne, colère et désespoir dont le dernier album vient d’être réédité en version augmentée.
Odezenne, la Cigale, festival des Inrocks © Boris Courret

Un voyage grivois et hypnotique

Presqu'expérimental musicalement et plutôt déroutant textuellement, le deux chanteurs paraissent cracher nonchalamment leur talent, en donnant l’impression de n’avoir rien mais alors rien préparé gestuellement. "Pas là pour ça !", Odezenne. "C’est pas la dernière chanson, c’est juste rien", gueule Alix. Voilà comme seule interaction avec le public pour l’instant. "Je t’aime plus. Tu n’es rien pour moi. Pour moi tu n’es plus rien. Bitch, motherfucker", chante-t-il ensuite. 
Un rap crâne, grave, presque punk où il est plaisant pour le groupe qui vient de créer son propre label "Universeul", de cracher sur certaines multinationales du disque. "Hey tu t’emballes c’est du fric. T’as qu’à chier des S.M.I.C ! Rendez moi ma musique, je viens habiller le kick". Un flow qu'il dégueule, cabalistique et lubrique, comme avec "Je veux te baiser" que la salle semblait attendre avec une vive impatience. Le public et le trio ne semblent alors plus faire qu’un... "Nous voulons nous baiser", crient-ils alors tous ensemble.
Obsédé Odezenne ? Pas le moins du monde. D’ailleurs l’un des derniers morceaux est là pour le rappeler. "Bouche à lèvres", un voyage charnel de 3 minutes. "Souvent la tête dans la cuisine, je dessine, le goût amer de ta cyprine, mes babines, mes babines".  Un voyage par-delà les conventions. Un voyage grisant, grivois et hypnotique duquel ils ne sont pas près de revenir.