Festival des Inrocks : The Shoes loupe la marche pour son retour scénique

Par @Culturebox
Mis à jour le 07/10/2015 à 14H45, publié le 14/11/2014 à 16H17
Guillaume Brière et Benjamin Lebeau, alias The Shoes, à la Ciagle le 13 novembre 2014.

Guillaume Brière et Benjamin Lebeau, alias The Shoes, à la Ciagle le 13 novembre 2014.

© Nathalie Guyon / FTV

Le premier album du duo The Shoes a marqué les esprits. Pétillant, intelligent, dansant, « Crack My Bones » et son electro-pop jouissive avait déboulé avec éclat en 2011 et enchanté 2012. Jeudi soir à la Cigale, le duo rémois était attendu avec impatience : il présentait en avant-première son second album à paraître l’an prochain. Hélas, son option maximaliste n’a pas vraiment convaincu.

Une apocalypse sonore

La dernière fois qu’on avait vu The Shoes, c’était à l’Olympia, en juin 2012. Et déjà ça déménageait sévère. Pas moins de quatre batteurs dressaient un mur de percussions derrière eux. Mais le public connaissait les chansons par cœur et ce surplus de muscle venait en renfort, pour emmener plus loin dans la danse ces chansons vitaminées et attachantes.

Jeudi soir, à la Cigale dans le cadre du festival des Inrocks, Benjamin Lebeau et Guillaume Brière, penchés sur leurs claviers et leurs machines, n’étaient entourés que de deux batteurs. Pourtant, ce sont bien les basses qui frappaient au plexus en priorité.

Problème : derrière ce gros son tabasseur, pris en pleine figure, on peinait à distinguer les mélodies. Elles étaient écrasées, broyées, par la dance-machine qui a pris semble-t-il le pouvoir sur le nouvel album baptisé « Chemicals », promis pour 2015.
Le chanteur anglais Esser est à nouveau de l'aventure sur le second album The Shoes.

Le chanteur anglais Esser est à nouveau de l'aventure sur le second album The Shoes.

© Nathalie Guyon / FTV
Détails et chanteurs noyés sous les basses
 
Les trois chanteurs qui se sont succédés sur scène en ont aussi fait les frais, en particulier l’Anglais Esser, déjà présent sur « Crack My Bones », dont la jolie voix ne faisait pas le poids face à cette apocalypse sonore, mais aussi Thomas Azier (protégé de Woodkid) et Sage, le délicat chanteur de Revolver, chacun au micro sur deux nouvelles chansons.
 
D’ailleurs, le doute n’est plus permis lorsque The Shoes, visiblement très impliqués et en nage, abordent leurs anciens hits. Les joyaux « Time to Dance », « Stay The Same » ou « Wastin Time » deviennent sous nos yeux consternés des pachydermes dont les détails et la grâce se perdent derrière le rythme tout puissant. Comme si cela ne suffisait pas, le light show aveuglant surligne encore ce manque de délicatesse.
 
Bien sûr, présenter un album en avant-première, lorsque le public n’est pas encore familiarisé avec les morceaux, est toujours casse-gueule. Et donc courageux. Qui plus est lorsqu’on est programmé juste après le prometteur australien Chet Faker, qui, seul avec ses machines et sa voix envoûtante, a régalé le public durant 45 minutes de son électro-soul impeccable (revoir son concert sur Culturebox).
Le chanteur Thomas Azier sur scène avec The Shoes à la Cigale.

Le chanteur Thomas Azier sur scène avec The Shoes à la Cigale.

© Nathalie Guyon / FTV
Le combe-back du son techno-rave des années 90
 
Alors quelle mouche a piqué Benjamin Lebeau et Guillaume Brière ? Ont-ils bouffé du lion ? Ils sortent à peine de studio où ils ont passé plusieurs semaines, à Londres. Cela explique-t-il cette option techno qui convoque les fantômes du passé ?

Sur « Stay the same », le groupe joue avec l’intro de l'emblématique « Born Slippy » d’Underworld. Un clin d’œil qui confirme une impression générale : le duo lorgne vers les sons techno-rave des années 90, acid et big-beat – le titre de leur second album, « Chemicals », convient d’ailleurs parfaitement à un tel revival. De même que le sifflet qu'arbore Guillaume Brière en sautoir.
 
Ont-ils traîné plus que de raison ces derniers temps dans les nights-clubs londoniens, jusqu’à perdre toute mesure ? Leur nouvel album semble en tout cas taillé pour les méga-pistes des clubs anglais, ces usines à dance du week-end.
The Shoes à la Cigale avec leurs deux batteurs en surplomb.

The Shoes à la Cigale avec leurs deux batteurs en surplomb.

© Nathalie Guyon / FTV
L'euphorie des grandes arènes ?
 
Depuis 2012, Guillaume et Benjamin, qu'on a connus orfèvres de la production pour Gaëtan Roussel ou Yuksek, ont beaucoup travaillé pour la pub mais aussi participé activement à la réalisation du premier album de Woodkid. Ce dernier, présent dit-on en coulisses jeudi soir, a embarqué ses deux complices sur sa récente tournée.
 
Cette euphorie des grandes arènes a-t-elle gagnée The Shoes ? On est tentés de le penser en constatant combien leur son est inadapté à la petite salle chaleureuse de la Cigale. Une erreur de jugement ?
 
Cette mauvaise impression ne nous empêchera pas d’écouter avec intérêt lorsqu’il sortira l’ album de ces piliers de la scène rémoise. Pas question de juger "Chemicals" sur un premier concert, alors qu'il n’est même pas encore dans les bacs. Ce ratage ne nous fait pas perdre espoir. On y croit encore. 
Benjamin Lebeau de The Shoes à la Cigale le 13 novembre 2014.

Benjamin Lebeau de The Shoes à la Cigale le 13 novembre 2014.

© Nathalie Guyon / FTV