Festival Beauregard

du 03 au 06 juillet 2014

Entretien avec Oxmo Puccino, profession “poétiseur”

Par @martelclem
Mis à jour le 17/07/2013 à 16H11, publié le 15/07/2013 à 17H55
Oxmo Puccino à Paris en mars 2013

Oxmo Puccino à Paris en mars 2013

© Vincent Isore/IP3 PRESS/MAXPPP

Cet été, le “Black Jacques Brel” enchaîne les festivals. Lors de son étape à Beauregard, en Normandie, il s’est confié à Culturebox sur sa musique, ses textes et sa vision de la vie. Entretien avec un artiste en concert gratuit ce jeudi à l’Hôtel de Ville de Paris dans le cadre du festival Fnac Live.

Culturebox : Première question, période oblige : quel est votre rapport avec les festivals ?
Oxmo Puccino : C’est comme une récompense. Quand un artiste a la chance de tourner toute l’année, en hiver on attend impatiemment la période des festivals. Vivre les festivals, c’est le soleil garanti, les gens plus détendus, un public qui ne vous connaît pas forcément. Ce sont des rencontres qui facilitées par le mélange. Et c’est un tout autre côté de notre travail artistique. Que j’apprécie vraiment. 
 
Et le fait de les enchaîner n’est pas un problème ? Physiquement ?
Il faut gérer. C’est un travail comme un autre, il faut gérer pour que la passion reste intacte. Moi ça fait dix ans que je tourne, donc j’ai appris à repérer les astuces.
 
Avez-vous le temps d’écouter les autres artistes ?
Oui bien sur. C’est là où on est le plus à même de rencontrer les autres artistes. D’ailleurs, à force de rencontrer des artistes en festivals, on devient souvent amis avant d’avoir vraiment pu écouter notre travail. Juste avec des aperçus et de la rencontre humaine.
 

“En France, le rap est trop lié à des arguments sociaux pour être vu en tant que musique à part entière”

Vous mettez l’accent sur la musique live, sur vos musiciens. Vous sortez quelque peu de l’image qu’on peut avoir du rap français...
[il coupe] L’image qu’on a du rap français est tellement construite d’idées préconçues qu’aujourd’hui parler de rap dans les médias ne peut être qu’empli de maladresse. Quand je suis interrogé au Québec, je ne parle que de musique, alors qu’en France, le rap est trop lié à des arguments sociaux pour être vu en tant que musique à part entière. 
 
Venir avec des musiciens sur scène, ce n’est pas pour prouver quoi que ce soit, c’est juste pour être à la hauteur de la vision que j’ai de ma musique. Je la pratique depuis vingt ans maintenant, je n’ai plus aucun doutes sur sa réalité. Je laisse douter ceux qui n’y connaissent rien, mais je ne fais pas attention à eux. Il n’y a que le plaisir de faire de la grande musique. Je suis avec de grands musiciens, nous travaillons intensément pour ça, et nous voulons juste égaler les musiciens qu’on adore.
 
Du coup comment doit-on vous définir, musicien, chanteur ?
J’aime bien me définir en tant que poétiseur. Pour en avoir une idée précise il faut jeter un oeil à mon travail, écouter des phrases comme “le bout du monde c’est le bout de leur nez, c’est autour d’eux que la terre peut tourner” dans une chanson sur la paternité. Ou encore “les gens s’écoutent mais ne s’entendent pas beaucoup, parlent mal de ce qu’ils ne connaissent pas”. Ce sont des chansons d’amour, des chansons de vie, avec des petites moralités sans morale à la fin. Donc poétiseur, oui, poétiseur de la vie.
 
Avec ces textes ciselés, mettez-vous beaucoup de temps à écrire une chanson ?
Plus maintenant. Je manque tellement de temps que le peu de temps que je prends pour écrire mes chansons représente immensément dans mon agenda. Et c’est vrai que j’ai tellement travaillé à l’écriture qu’aujourd’hui écrire des chansons n’est qu’un problème de temps pour moi, parce que j’aime tellement ça que c’est de la récréation, vraiment. Vraiment. Et justement, écrire des chansons permet pour moi de fixer des moments récréatifs que je pourrai partager infiniment. 
Oxmo Puccino sur scène à Beauregard

Oxmo Puccino sur scène à Beauregard

© Clément Martel / Culturebox

Entre l’écriture de votre côté, et la mise en musique, combien de temps mettez-vous à écrire une chanson ?

Entre quelques heures et quelques jours, pour un résultat dont on n’aura pas honte dans quelques années. J’ai toujours su qu’une chanson pouvait se traîner très longtemps, donc qu’il fallait faire très très attention à la fabrication pour ne pas en pâtir plus tard. Donc il n’y a pas de chansons dont j’ai honte, ça n’est jamais arrivé parce que j’ai toujours été guidé par mon instinct. Pour moi, peu importe le gain, si la chanson ne vaut pas le coup, évitons d’aller jusqu’au bout.
 
Vous en êtes à votre sixième album en vingt ans de carrière, vous ne produisez pas les titres à la chaine.
Je les produit pour durer. J’ai pris l’habitude que mon travail mette du temps à être assimilé, donc forcément ça m’a mené à une certaine patience. Et plutôt que de répondre au mode de consommation d’aujourd’hui, j’essaie de rester dans le durable, comme à l’époque où j’ai commencé. Parce c’est ce que je maitrise le mieux. Et je pense que malgré toute la vitesse technique qui nous entoure et nous dépasse, nous aurons toujours besoin de cette dimension humaine... C’est sur ça que je compte
 
Quelle est votre évolution depuis vos débuts ?
J’évolue tous les jours ! Je discute, je réfléchis, je mets en question, je travaille la musique, j’écris je lis... J’évolue tous les jours. L’autre jour, je parlais à un ami de ma vision de la réussite. La réusisté c’est tous les jours, et si vous vous endormez le soir avec une réussite à votre actif, eh bien vous avez réussi votre journée. Il peut s'agir d'une belle rencontre, du début d’une chanson, d'une belle phrase. Il faut trouver le point d’accroche positive pour que cette journée soit une réussite.

Plus encore que poétiseur, c’est philosophe qu’il faudrait vous appeler

Ce n'est qu'un angle de vue. A force de se poser des questions et d’être confronté à certaines réponses, on essaie de se mettre dans l’angle sous lequel la vérité est plus belle.
 
Avez-vous l’impression d’être un exemple ?
Pas du tout.
 
Ni l’intention ? Pour des rappeurs, des musiciens...
Loin de là. J’essaie d’être moi-même, c’est déjà assez difficile. J’espère être un exemple de travail, une sorte de conseil de travail mais rien de plus. Et le travail est à la portée de tout le monde. 
 
Dernière question, le roi sans carosse, titre de votre dernier album, c’est vous ?
Oui aussi. Parce que j’arrive rarement comme on m’attend, quitte à décevoir. Parce que j’essaie d’être le roi de moi-même, de me gouverner. J’essaie de garder mon royaume en harmonie. Je n’aurai pas le carosse, peut-être pas la couronne, mais j’ai le contenu. Et aujourd’hui, à cette époque où l’on pense que tout est dans le visible, il faut rappeler que l’important est à l’intérieur. 

Oxmo Puccino sera en concert ce jeudi 18 juillet à 21h10 sur le parvis de l'Hôtel de Ville de Paris. Dans le cadre de la 3e édition du festival Fnac Live dont Culturebox est partenaire.