Donald Trump s'en prend à Bruxelles, Arno lui répond

Par @Culturebox
Mis à jour le 28/01/2016 à 21H30, publié le 28/01/2016 à 19H52
Donald Trump le 2 décembre 2015 à Sterling (Virginie) ; Arno le 12 janvier 2016 au club L'Archiduc à Bruxelles 

Donald Trump le 2 décembre 2015 à Sterling (Virginie) ; Arno le 12 janvier 2016 au club L'Archiduc à Bruxelles 

© Andrew Harnik / AP / Sipa - Jean-Baptiste Quentin / PhotoPQR / Le Parisien

Le 26 janvier, Donald Trump, étonnant candidat à l’investiture républicaine, a traité la capitale belge de “trou à rats” où les musulmans n'auraient pas réussi à s'intégrer. Le chanteur Arno a décidé de contre-attaquer avec sa prose colorée, se fendant d'une lettre ouverte adressée à l'ineffable milliardaire américain.

C'est dans une interview accordée à Fow Business Network que Donald Trump, 69 ans, a considéré que la ville de Bruxelles, projetée dans le feu de l'actualité à la suite des attentats de Paris, était devenue tout simplement un "trou à rats" ("hellhole" en anglais).

“Quelque chose de mauvais est en train de se passer à Bruxelles (...) J’ai été à Bruxelles il y a une vingtaine d’années, belle, tout était tellement beau. Maintenant, c’est comme vivre dans un trou à rats”, a-t-il ainsi déclaré, cité par "Le Courrier international".

La réponse d'Arno

Il n'en a pas fallu davantage pour faire réagir Arno. Le chanteur-poète bruxellois a écrit une lettre en flamand, publiée sur le site de "Het Laatste Niews", dont voici des extraits traduits en français par plusieurs sites belges  :

"Hier, tu as catalogué Bruxelles de "hellhole". À vrai dire, ça m’a fait rire, parce que je n’ai jamais fait l’expérience d’une telle fournaise. Cela fera bientôt 33 ans que j’habite dans 'the capital of Europe', et je ne compte pas décamper. Même un chien enrhumé le sentirait à des kilomètres : Bruxelles, c’est ma ville."

"Je ne pense pas que tu sois passé souvent par Bruxelles. (…) Bruxelles est une ville qui en inspire plus d’un : cela explique aussi pourquoi tant d’artistes atterrissent ici. Lemmy de Mötorhead y a habité. Quand Edith Piaf voulait sortir, elle venait à Bruxelles. Le chanteur de Joy Division y est tombé amoureux. On peut y être connu ou célèbre et pourtant rester anonyme. En tout cas, on m’adresse plus souvent la parole ici qu’à Paris. Il m’est arrivé de voir passer Madonna à vélo Rue Dansaert, et de remarquer David Bowie assis tout seul à une table en terrasse : personne ne le dérangeait. Bryan Ferry donnait ses interviews à l’Archiduc, sans être submergé par les foules. Faut l’essayer ailleurs qu’à Bruxelles, ça. Nous n’avons pas de "Star System" comme le vôtre aux États-Unis.

Bruxelles pue la merde. Mais c’est l’odeur d’une bonne merde


"Nous avons notre cul dans une énorme motte de beurre ici, mec. En même temps, je ne mentirai pas. Bruxelles est probablement la ville la plus laide au monde. C’est un gros bordel, et ça pue la merde. Mais c’est l’odeur d’une bonne merde. Quand j’ai déménagé vers Bruxelles, je me suis souvent réveillé avec un gros mal de tête, et ce n’était pas à cause de l’alcool, parce qu’à l’époque, je ne buvais pas encore. C’était à cause de l’odeur. Bruxelles est une 'sale beauté'.

Oui, il y a plein de trucs qui ne tournent pas rond ici, chaque grande ville a ses problèmes. Il y a beaucoup de jeunes chômeurs d’origine étrangère, il y a du racisme partout. Chez les blancs-bleus belges, mais aussi dans d’autres communautés. Des gros cons, on en trouve partout. Aucune communauté ne pourra en revendiquer l’exclusivité. Pour moi, la rue appartient à tous ceux qui ont deux narines, qu’il soient Juifs, Arabes, Eskimos ou Africains. Peut-être as-tu peur de tous ces gens, et est-ce pour cela que tu dis que Bruxelles est l’enfer ?"

Toi, tu es un bonhomme dangereux, un psychopathe


"Car en toute franchise : je trouve que toi, tu es un bonhomme dangereux, un psychopathe. Un type qui se met à bander dès qu’on lui accorde un peu d’attention. Quelqu’un qui verrait bien un retour aux années 1930. Une époque à laquelle il y a avait une grosse crise et où tout le monde avait peur. S’est alors profilé un type moustachu en Allemagne, suivi d’un autre avec une moustache plus impressionnante encore, en Russie. Hitler et Staline, tu les connais, n’est-ce pas ? Ta drôle de chevelure montre selon moi clairement que tu as été taillé dans le même bois. Les Américains que je connais habitent New York, Los Angeles, Miami et Washington, et ils ne sont pas du tout impressionnés par ton discours. Mais il y a apparemment beaucoup d’Américains assez crédules qui adhèrent à tes propos ultraconservateurs. Quand les choses vont mal et que les gens ne sont pas rassurés, il est beaucoup plus facile de leur faire croire que tout est de la faute de l’autre."

La riposte des internautes belges

Arno n'est pas le seul à avoir réagi aux propos de Donald Trump. Avec le hashtag #hellhole, les internautes belges s'en sont donné à cœur joie pour rendre la monnaie de sa pièce au candidat américain.




En novembre 2015, lors d'une opération antiterroriste nocturne au long cours, à Bruxelles et Charleroi, lors de laquelle les autorités leur avaient demandé toute discrétion sur les réseaux sociaux, les internautes belges s'étaient déjà illustrés tant par leur sens de l'humour que leur sang froid, inondant Twitter de photos de chats.