Disquaire Day : portrait du Walrus, le disquaire-café du futur

Par @Nijikid Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Mis à jour le 16/04/2015 à 10H38, publié le 15/04/2015 à 11H20
Julie David dans ses murs, devant les bacs à disques du Walrus.

Julie David dans ses murs, devant les bacs à disques du Walrus.

© Laure Narlian/Culturebox

C'est un disquaire, c'est un café, et c'est surtout un micro-climat unique apprécié des clients. Ouvert il y a tout juste un an dans le quartier en pleine mutation de la gare du Nord à Paris, le Walrus est un modèle de diversification : le néo-disquaire de demain ? A la veille du Disquaire Day, sa fondatrice Julie David détaille pour nous ses succès, ses écueils et ses espoirs pour le futur.

Une ancienne de la Fnac passée de l'autre côté

Julie David ne s'est pas jetée à l'eau dans cette entreprise sans réfléchir. Elle qui qui a passé l'essentiel de ses 17 ans de carrière à la Fnac, terminant directrice de magasin à Amiens, a mis un an à boucler son projet de disquaire-café. Et une autre année à chercher un soutien bancaire et surtout un lieu.

"Je savais dès le départ que je voulais diversifier l'activité. Je ne voulais pas faire uniquement disquaire parce que l'économie du disque est bien trop fragile même si le marché est en train de se reconstruire", explique-t-elle. "Il fallait une bonne visibilité et on est ici (rue de Dunkerque, Paris 10e) dans une rue très passante. Les gens entrent ou n'entrent pas mais au moins les habitants du quartier savent qu'on existe."

De fait, on ne peut pas louper cette boutique. Elle donne envie d'entrer. Derrière la vitrine, deux cabines transparentes rétro-futuristes abritent des bornes électroniques, façon iPod géant, pour écouter la sélection maison - en ce moment Temples, La Femme, Aphex Twin, Ariel Pink, The Do etc. Dans la seconde vitrine, des pochettes d'albums vinyles – White Stripes, Arcade Fire, The National et Stooges -  annoncent la couleur de la sélection : rock indé, pointue, avec des repères forts.

A droite de l'entrée, un splendide comptoir en céramique à damiers noirs et blancs où l'on sert soft drinks, jus de fruits et cafés crème, jouxte une poignée de tables vintage. A gauche, des bacs à disques vinyles (3.000 références) courent tout le long du mur, et au fond, sous l'œil d'un cerf, une petite sélection de CD a été conservée. Plus pour longtemps. "Au départ, j'étais partie sur un ratio de 70% vinyle et 30% CD, mais aujourd'hui on est davantage sur 96% de vinyle et 4% de CD".
Les bornes d'écoute rétro-futuristes du Walrus.

Les bornes d'écoute rétro-futuristes du Walrus.

© Laure Narlian/Culturebox
Pour Julie, l'avenir est au streaming et au vinyle

Le retour du vinyle, Julie le sent depuis longtemps. "On a commencé à remettre du vinyle en rayons à la Fnac à partir de 2007", se souvient-elle. "Dès ce moment, on a senti dans un magasin aussi grand que celui des Halles (Paris) qu'il y avait une demande exponentielle."

Aujourd'hui, cette progression du vinyle lui paraît totalement logique. Et même durable. "C'est le contre-coup du tout dématérialisé et du streaming", analyse-t-elle. "Actuellement, le consommateur de musique a le choix de multiples supports (smartphone, iPod, streaming, platine vinyle etc) pour écouter sa musique et il ne se prive d'aucun. Or, on sait bien que le streaming va finir par l'emporter sur le MP3 car il n'y a aucune raison de posséder un fichier numérique, c'est inutile".

"En parallèle au streaming, lorsqu'on aura un coup de cœur, on préfèrera se l'offrir en vinyle, par fétichisme pour l'objet, mais aussi parce que le son est d'une chaleur incomparable. Le vinyle restera un marché modeste mais solide et surtout plus raisonné que la débauche de sorties des années 90 durant lesquelles les maisons de disques s'en sont mis plein les poches en exploitant les back-catalogues jusqu'à plus soif", prophétise Julie.
Le Walrus côté disquaire.

Le Walrus côté disquaire.

© Laure Narlian/Culturebox
En douze mois, des hauts et des bas

Aujourd'hui, un an tout juste après l'ouverture du Walrus, le bilan de l'aventure est plutôt positif. La principale difficulté vient des majors du disque. "Il y a encore des disques qu'on ne reçoit pas le jour de la sortie parce que pour une petite structure comme la nôtre, c'est difficile de travailler avec certaines majors, qui ont des paliers de commandes trop importants pour nous. Nous n'avons pas réussi à négocier des conditions correctes avec eux. Du coup, on travaille plutôt avec des indépendants, qui ont envie que des endroits comme le Walrus existent."

Côté économique, les objectifs ne sont pas atteints, mais le chiffre d'affaire est en croissance depuis décembre et Julie est confiante. "J'avais juste sous-estimé le temps nécessaire pour se faire connaître des Parisiens, au-delà du périmètre du quartier", reconnaît-elle.
Julie David côté bar, au Walrus.

Julie David côté bar, au Walrus.

© Laure Narlian/Culturebox
Showcases et tournages

On vient d'ailleurs au Walrus de plus en plus loin, attiré par les "showcases" (petits concerts de découverte), qui s'y donnent régulièrement, un par semaine en moyenne. La pop rock des Parisiens Burning Peacocks, la pop sixties de Gaspart Royant et le rock d'Elliott Murphy sont au programme des prochains jours.

Et puis il y a la cerise imprévue sur la galette vinyle. "Ce double statut de disquaire et de bar a attiré chez nous des tournages pour la presse et la télévision auxquels je n'avais pas du tout pensé. J'avais prévu les showcases mais pas qu'Alcaline l'Instant tourne son Instant ici tous les quinze jours ou que Baxter Dury vienne faire une session acoustique filmée pour Le Monde.fr."
Le coin CD du Walrus.

Le coin CD du Walrus.

© Laure Narlian/Culturebox
Disquaire et bar, un mix réussi qui attire aussi les petits

Ce mariage du disquaire et du café, un peu risqué sur le papier, est effectivement une vraie réussite. "Je voulais un lieu décloisonné et ça fonctionne très bien." Les amateurs de rock ne prennent pas forcément un verre et à l'inverse, beaucoup de clients du bar ne viennent pas du tout pour la musique. "Ils aiment juste venir boire un café dans un environnement agréable", et certains apprécient le Wifi pour travailler.

Le Walrus a aussi séduit les familles avec un lieu adapté – on y propose des jouets, des crayons et même une table à langer dans les toilettes. Le week-end, les parents viennent écouter les nouveautés et boire un verre pendant que les enfants s'amusent, dans un environnement musical 3 étoiles.

Samedi prochain, mieux vaut laisser les enfants à la maison, car la journée s'annonce un peu particulière avec le Disquaire Day, jour d'affluence record chez les disquaires indépendants. "Nous aurons une sélection de disques très large, ça fait partie du jeu", assure Julie. "C'est le jour où il ne faut pas se tromper parce qu'on va voir des gens qu'on ne voit jamais d'habitude. C'est une opportunité de capter une nouvelle clientèle."

Dimanche, en revanche, les petits seront à nouveau bienvenus : place au goûter d'anniversaire avec spectacle pour enfants et gâteau pour tous, pour fêter la première année du Walrus. Si tout se passe bien, conformément au vœu de Julie, ce disquaire atypique pourrait bien avoir fait des petits d'ici deux ou trois ans.

Le Walrus fête sa première année cette semaine avec un showcase par jour : Giorgio The Dove (mardi 14 avril), Les Burning Peacocks (mercredi 15 avril), Gaspard Royant (jeudi 16 avril), Elliott Murphy (vendredi 17 avril), avant l'apothéose du Disquaire Day samedi 18 avril, clôturé par un showcase de Baden Baden.

Le Walrus, 34 Ter rue de Dunkerque 75010
Ouvert du mardi au dimanche
Tel : 01 45 26 06 40
La façade du Walrus, rue de Dunkerque à Paris 10e.

La façade du Walrus, rue de Dunkerque à Paris 10e.

© Laure Narlian/Culturebox