David Bowie : l'auteur de la pochette de "Blackstar" en révèle le sens caché

Par @Nijikid Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Mis à jour le 22/01/2016 à 17H10, publié le 22/01/2016 à 16H53
David Bowie à Cannes en 1983 et la pochette de son ultime album "Blackstar",  paru le 8 janvier 2016, deux jours avant sa mort.

David Bowie à Cannes en 1983 et la pochette de son ultime album "Blackstar",  paru le 8 janvier 2016, deux jours avant sa mort.

© Robert Patrick / Sipa - Album Columbia/Sony

"C'était un homme face à sa propre mortalité", explique le designer Jonathan Barnbrook, qui a réalisé la pochette de "Blackstar", le dernier album de David Bowie. Une pochette très épurée montrant une étoile noire sur fond blanc, dont il dévoile le sens, plus complexe que ne le laisse supposer sa simplicité graphique.

"Ce sont des choses en rapport avec la mortalité"

"Le symbole de l'étoile noire (★ ), plutôt que l'écriture Blackstar, a une sorte de finalité, de simplicité, une noirceur, qui est une représentation de la musique", explique Jonathan Barnbrook dans une interview au site d'architecture et de design Deezen.

"Beaucoup de gens ont dit que c'était une pochette merdique au moment de sa sortie, que ça avait pris cinq minutes à dessiner", regrette-t-il. "Je crois qu'il y a un malentendu au sujet de la simplicité, elle peut prendre beaucoup de temps à atteindre. (...) Nous sommes confrontés à tant d'images sur internet qu'il est nécessaire d'être direct."

David Bowie et lui ont travaillé sans intermédiaire et essentiellement par e-mails, le Thin White Duke étant basé à New York et Barnbrook en Angleterre. Ils confrontaient régulièrement leurs idées, Bowie étant toujours très clair sur ce qu'il souhaitait.

"L'idée de mortalité est là, et bien sûr l'idée d'un trou noir absorbant tout, le Big Bang, le début de l'univers, s'il y a une fin à l'univers", remarque le graphiste. "Ce sont des choses en rapport avec la mortalité."

Sur la pochette de la version vinyle, l'étoile est découpée et laisse apparaître le disque vinyl en dessous. "Le fait qu'on puisse voir le disque en tant qu'objet physique qui se dégrade (…) est également un commentaire sur la mortalité." "Il m'a dit que les paroles de Blackstar étaient très honnêtes. C'était un homme face à sa propre mortalité, et j'espère que le dessin est approprié."

Les pochettes de "Blackstar" de David Bowie signées Jonathan Barnbrook (à droite, la version disque vinyle).

Les pochettes de "Blackstar" de David Bowie signées Jonathan Barnbrook (à droite, la version disque vinyle).

© DR

Eclairage sur la pochette de "The Next Day"

Diplômé de la Saint Martin's School of Art de Londres, Jonathan Barnbrook, 49 ans, se dit très influencé par le Constructivisme (courant artistique né au début du XXe siècle en Russie), un point commun avec David Bowie pour lequel il a travaillé durant plus de dix ans. Outre celle de "Blackstar", il a en effet signé les pochettes de "Heathen" (2002), "Reality" (2003), "The Next Day" (2013) et la compilation "Nothing has changed" (2014).

La pochette de "The Next Day" paru en 2013, qui jouait avec une précédente pochette de Bowie, celle de "Heroes" (1977), occultée dans sa nouvelle version par un grand carré blanc, a fait couler beaucoup d'encre. Barnbrook avait expliqué alors qu'elle symbolisait "l'oubli ou l'effacement du passé."

Les pochettes de "Heroes" (1977) et de "The Next Day" (2013).

Les pochettes de "Heroes" (1977) et de "The Next Day" (2013).

© Masayoshi Sukita - John Barnbrook

"The Next Day" est la pochette qui a le plus divisé, parce que nous n'avons pas fait ce que les gens attendaient, c'est-à-dire une belle photo récente de David Bowie", explique-t-il à présent. "Nous avons décidé de jouer avec cette attente d'image", analyse-t-il. Il revendique pour ce travail l'influence de Kazimir Malevich et John Baldessari pour l'oblitération et les formes abstraites. "Je pense que personne d'autre que Bowie n'aurait pris ce risque", remarque-t-il. "Il était très curieux de connaître la réaction des gens."

David Bowie "était toujours très respectueux des personnes qui achetaient sa musique,et il voulait qu'ils comprennent les idées", se souvient encore Barnbrook. "Il comprenait la valeur de l'image sur une pochette d'album quand tous les autres l'avaient oubliée."