Daniel Darc... Je me souviens : les photos de ses dernières années apaisées exposées à la Galerie Stardust

Par @Nijikid Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Mis à jour le 07/03/2017 à 15H01, publié le 14/03/2016 à 18H59
Daniel Darc en fin de journée, sur  l'île de Ré, en 2011, saisi par Julien Lachaussée.

Daniel Darc en fin de journée, sur  l'île de Ré, en 2011, saisi par Julien Lachaussée.

© Julien Lachaussée

Trois ans déjà que le punk français numéro un nous a quittés, un jour de février 2013, à l'âge de 53 ans. Après une période de pudeur respectueuse, le photographe Julien Lachaussée, qui a fréquenté Daniel Darc durant ses dernières années, a accepté d'exposer une quarantaine de ses clichés, à voir à la Galerie Stardust jusqu'au 2 avril. Nous l'avons rencontré.

Deux ans avant de débusquer le punk écorché

Julien Lachaussée, 40 ans, est un maître du portrait. Un photographe venu du skateboard, qui aime avant tout les gueules. "Les gens excentriques, avec du relief." Rappeurs, rock stars, joueurs de blues et fous de tattoos sont les habitués de son objectif. Il ne travaille qu'en argentique, au moyen format, et souvent en noir et blanc.

Daniel Darc, il brûlait de le photographier avant même de le rencontrer. Chez un ami, vers 2009, il tombe en arrêt devant une coupure de presse montrant une photo du musicien. "J'avais bu deux-trois verres et j'ai été saisi par sa gueule, ses tattoos, ça me parlait énormément. Je me suis dit aussitôt : 'il faut absolument que je le shoote'. Je ne le connaissais pas du tout. J'avais entendu "Cherchez le garçon" de Taxi Girl, comme tout le monde, mais rien de sa carrière solo."

S'ensuit deux ans de chasse à l'homme. Le photographe est tenace. Et méthodique. Il fait le tour des tatoueurs qu'il connaît, à commencer par Tin-Tin, mais aussi des disquaires, pour retrouver sa trace. "Ce qui était étrange, c'est que tout le monde le connaissait mais que personne ne savait où le trouver", se souvient-il.
Daniel Darc, sur une plage de l'île de Ré en 2011.

Daniel Darc, sur une plage de l'île de Ré en 2011.

© Julien Lachaussée

Rencontre chez le disquaire Born Bad

A cette époque, Daniel Darc a laissé derrière lui ses années d'excès, d'errance, d'abus de drogue et d'alcool. Il a effectué un retour en grâce inespéré en 2004 avec l'album "Crève cœur", salué par la critique (et qui lui vaudra une Victoire de la Musique) et est bien entouré. Mais il reste un de ces poètes punks insaisissables. Le genre à surgir forcément lorsqu'on s'y attend le moins, au coin d'une rue, telle une apparition.

La chance finit par sourire à Julien Lachaussée. "Ivan, qui tenait le magasin Born Bad, rue Keller, m'appelle un jour et me dit 'Dépêche-toi, Daniel est à la boutique, il est OK pour te rencontrer'. J'ai pris mon vélo et j'ai foncé."
 
L'amitié entre les deux hommes se scelle en quelques heures ce jour-là. Daniel aime aussitôt le book que lui tend Julien. "Il m'a dit 'de toutes façons j'aime ce qui est rock, je n'aime pas le reste'. Là il s'est mis torse nu et j'ai fait une première séance improvisée, entre les bacs de disques."
Daniel Darc en fin de journée avec son ukulélé sur une plage de l'île de Ré.

Daniel Darc en fin de journée avec son ukulélé sur une plage de l'île de Ré.

© Julien Lachaussée

La pochette magistrale du dernier album de Daniel Darc

Moins de quinze jours plus tard, ils se recroisent au magasin et Daniel lui propose de faire les photos de pochette de son prochain album. Il s'agit de "La Taille de mon âme", le dernier album de l'écorché vif paru de son vivant, en 2011.

Julien Lachaussée a réalisé la photo saisissante de cette pochette à la composition magistrale. Un cliché improvisé en quelques minutes, dans une église près de chez Daniel. Le musicien y apparait à genoux, de face, flanqué d'une valise, dans la travée centrale, une vierge émergeant au dessus-de lui. Image de rédemption absolue pour le chanteur cabossé, rescapé, survivant.
Cette photo à la composition parfaite prise par Julien Lachaussée en 10 mn dans l'église Sainte Marguerite à Paris est devenue la pochette de l'album "La taille de mon âme" de Daniel Darc.

Cette photo à la composition parfaite prise par Julien Lachaussée en 10 mn dans l'église Sainte Marguerite à Paris est devenue la pochette de l'album "La taille de mon âme" de Daniel Darc.

© Julien Lachaussée

Trois jours apaisés à l'île de Ré

Mais Sony envoie néanmoins le duo faire une séance photos sur l'île de Ré. Une session "familiale" et détendue de trois jours, durant laquelle Darc, gueule d'ange déchu, silhouette voûtée et tatouée, apparait incroyablement serein et souriant. Qu'il joue de l'harmonica sur la plage au petit matin, s'immerge en T-shirt dans la mer jusqu'à la taille, joue de sa machine à écrire vintage comme d'une guitare ou serre son ukulélé dans la lumière dorée du soir, il semble apaisé comme jamais.

Ces photos, dont certaines ont servi pour le livret de l'album, se retrouvent avec une brassée d'autres, saisies chez lui, Canal de l'Ourcq ou dans les loges du Trianon, ainsi qu'une poignée de polaroïds, dans l'exposition à la Galerie Stardust. L'occasion de s'offrir un souvenir de cet amoureux des mots (toutes les photos, en tirage signé et numéroté sur 30, sont en vente, de 100 à 1.990 euros) ou de venir juste admirer l'élégance et la sérénité que dégageait encore le poète de la marge peu avant son dernier souffle.


Regardez notre Diaporama commenté des photos de Julien Lachaussée

Exposition "Daniel Darc… Je me souviens, je me rappelle"
Photographies de Julien Lachaussée
Galerie Stardust, jusqu'au samedi 2 avril 2016
19 rue Notre Dame de Nazareth Paris 3e
Entrée libre du mardi au vendredi de 13h à 19h
et le samedi de 11h à 19h