Charles Berry Jr. nous livre les secrets du dernier album de son père "Chuck"

Par @Culturebox
Mis à jour le 17/07/2017 à 18H56, publié le 21/06/2017 à 12H38
Charles Berry Jr., le fils de Chuck Berry, pose à côté de la statue de son père, à University City (St. Louis - Missouri), le 31 mai 2017

Charles Berry Jr., le fils de Chuck Berry, pose à côté de la statue de son père, à University City (St. Louis - Missouri), le 31 mai 2017

© Jeff Roberson/AP/SIPA

Il a joué avec son père Chuck Berry pendant 15 ans , il est guitariste comme lui, et il a supervisé la production de son dernier disque. Charles Berry Jr. était hier à Paris pour promouvoir l'album posthume "Chuck". Simple et chaleureux, il a accepté de nous raconter les coulisses de ce disque testamentaire de l'un des fondateurs du Rock'n'Roll. Rencontre.

Quand on a appris, ado, à jouer de la guitare sur les riff et solos de tous les guitar-heroes de l'histoire du rock, on ne peut s'empêcher de se sentir intimidé à l'idée de parler avec le fils du premier d'entre eux, Chuck Berry. On tremble un peu en révisant son anglais, on s'excuse à l'avance de son accent à couper à couteau, et puis on se lance...et on se surprend à discuter convivialement avec quelqu'un de très abordable, qui nous appelle par notre prénom, et avec qui on parle guitare, musique, rock'n'roll. L'occasion d'en savoir un peu plus sur la réalisation de cet album "Chuck", sorti le 9 juin.

Culturebox : Pourquoi cela a-t-il pris autant de temps pour réaliser cet album, après "Rock it" sorti en 1979 ?
Charles Berry Jr. : Mon père est retourné en studio juste après la sortie de "Rock it " en 1979, pour enregistrer de nouveaux morceaux, et pendant 10 ans il a  accumulé des heures d'enregistrement. Mais en 1989, son studio d'enegistrement (situé à Berry Park, dans la banlieue de St. Louis, Missouri - NDLR) a subi un énorme incendie et non seulement tout le matériel à été détruit, mais également les bandes d'enregistrement. Cela a pris environ 2 ans pour reconstruire le studio, et il a pu reprendre les enregistrements à partir de 1991. Vous savez, mon père était très créatif, donc 10 années, ça représentait une quantité énorme d'enregistrements. Et il devait en même temps gérer ses tournées, à l'époque il tournait encore beaucoup. Chaque fois qu'il avait un peu de temps, il retournait en studio à Berry park pour reprendre, peaufiner, finaliser les chansons, jusqu'à ce qu'il estime que ce soit publiable. Voilà pourquoi cela a pris tout ce temps.
Chuck Berry davant sa maison natale à St.Louis (Missouri) le 1er aout 2008

Chuck Berry davant sa maison natale à St.Louis (Missouri) le 1er aout 2008

© Dawn Majors/AP/SIPA
Est-ce que les morceaux ont été enregistrés live ou y-a-t-il eu beaucoup d'overdubbs ?
Il y a un titre vraiment live, il s'agit de "3/4 Time (Enchiladas)" qui a été enregistré en 2007 ou 2008 avec un large public au Blueberry Hill (célèbre club de sa ville natale où Chuck Berry a donné près de 200 concerts au cours des 20 dernières années - NDLR). Pour les autres chansons, mon père a d'abord réalisé ses maquettes seul, grâce à une boite à rythmes, sa propre basse, son piano, et bien sûr sa guitare et sa voix. Puis il a fait venir le groupe pour qu'ils enregistrent leurs parties d'abord en live dans le studio. Plusieurs prises de la section rythmique notamment. Ensuite il a fallu procéder à quelques retouches. C'était une combinaison des deux façons d'enregistrer. Par exemple, la basse a été réenregistrée. Puis Ingrid est venue pour ses parties vocales ou d'harmonica. Et enfin mon fils et moi avons enregistré les parties solo de "Wonderful woman" et "Lady B.Goode" à Nashville.

Vous parlez de "Lady B.Goode", où vous jouez avec votre fils. Qui joue quoi sur ce morceau ? Vous jouez sur votre Stratocaster ?
Je joue sur ma Telecaster bleue et mon fils joue sur son Epiphone blanche 335. Si je me souviens bien, sur "Wonderful woman", je joue la deuxième partie rythmique avec une Firebird noire. Je ne crois pas avoir utilisé ma Stratocaster sur les autres morceaux ; cet album c'est essentiellement une combinaison de ma Telecaster bleue et ma Firebird noire.
Ingrid Berry en concert avec son père à Londres, le 15 février 1975

Ingrid Berry en concert avec son père à Londres, le 15 février 1975

© Andre Csillag / Rex Fea/REX/SIPA
Je crois qu'on peut dire que c'est un album familial. Comment est venue l'idée d'enregistrer tous ensemble ? C'est venu naturellement ?
Oui bien sûr. Ma soeur a joué dans le groupe de mon père depuis 40 ans. J'ai rejoins le groupe depuis environ 15 ans. Mon fils avait vraiment envie de rejoindre le groupe, j'ai demandé à mon père s'il pouvait venir en tournée avec nous. Il a fait plusieurs concerts à St.Louis il y a 5 ou 6 ans, et mon père a dit "il fait du bon boulot !" Et nous sommes donc tous partis en tournée ensemble. Tout le monde dans notre famille est musicien, et nos parents ont toujours été très fiers de nous, ils ont été très heureux.
Ingrid Berry en concert avec son père : "Reelin & Rockin"
Pensez-vous que votre père sentait que ce serait son dernier disque ?
Je ne sais pas. C'est difficile de répondre à sa place. Il a commencé ce disque il y a très longtemps, et si l'incendie n'avait pas détruit le studio, cet album serait sorti plus tôt, sans doute entre 1990 et 1995, et il y avait beaucoup plus de chansons, donc il aurait sans doute pu sortir d'autres morceaux. Mais après l'incendie, il a du refaire les chansons, donc une fois qu'il a planifié de sortir cet album, est-ce qu'il pensait que ce serait son dernier ? Je ne peux pas dire, je ne sais pas.

On entend beaucoup de styles musicaux sur ce disque : du rock'n'roll bien sûr, mais aussi du blues, des ballades, du calypso....Etait-ce intentionnel de résumer en quelque sorte tous les styles de musiques abordés par votre père durant sa carrière ?
Vous savez, il faisait ce genre de choses tout le temps. Par exemple "Dutchman" qui est semi-parlé, bien qu'il y ait de la musique derrière, ça me rappelle que mon père était avant tout un poète. Autre exemple "she still loves you", qui est une magnigique ballade. Il n'y avait pas de but particulier, c'est juste les styles de musique qu'il aimait jouer et qui ont accompagné toute sa vie.
Charles Berry Jr. parle de son père lors des funérailles le 9 avril 2017

Charles Berry Jr. parle de son père lors des funérailles le 9 avril 2017

© Laurie Skrivan/AP/SIPA

Qui a eu l'idée de faire du slam sur "Dutchman" ? C'est lui ?
Oui c'était son idée. Cet album a été produit par mon père, il a eu le contrôle artistique total, il voulait ça. Ce disque c'est son bébé.

Et vous, comment avez -vous appris à jouer de la guitare ? En écoutant les disques de votre père ? Ou vous a-t-il appris ?
J'ai du apprendre sérieusement la guitare quand j'ai rejoint son groupe. Il m'avait montré 2-3 trucs quand j'étais gamin et un peu au fil des années, mais quand j'ai rejoint le groupe en 2001, j'ai du ré-apprendre. Il m'a tout montré, ainsi que les autres membres du groupe, mais j'avais 40 ans ! C'est à l'âge de 40 ans que j'ai réellement appris à jouer de la guitare !

La chanson "Johnny B.Goode" est la seule chanson de Rock'n'Roll figurant sur le disque "Voyager Golden Record" envoyé sur la sonde Voyager I en 1977 (Disque contenant des sons et des images, afin de présenter à d'éventuels êtres extraterrestres la quintessence de la production vivante sur Terre, sous forme d'un inventaire des Arts et des Sciences - NDLR). Qu'est-ce que cela signifie pour vous et votre famille ?
Ce que je peux vous dire c'est ce que ça signifiait pour mon père. Ca a été une de ses plus grandes fiertés. Penser que sa chanson pouvait représenter la musique du 20e siècle, il ne pouvait pas y croire. Il était tellement heureux. Ca a été une fierté pour moi aussi. Et penser qu'une bande de geeks de l'époque choisisse de mettre "Johnny B. Goode" sur ce disque, c'était tellement incroyable.
La statue de Chuck Berry à St-Louis (Missouri)

La statue de Chuck Berry à St-Louis (Missouri)

© Jeff Roberson/AP/SIPA

L'album "CHUCK" (Decca) de Chuck Berry est sorti le 9 juin