Bob Dylan ré-enfile son costume de crooner sur "Fallen Angels"

Par @Culturebox
Publié le 18/05/2016 à 18H12
Bob Dylan en mai 2004 à Los Angeles.

Bob Dylan en mai 2004 à Los Angeles.

© L.Cohen / Getty Images

Qu'ont en commun Frank Sinatra et Bob Dylan ? Pas la voix - de velours chez l'un, rugueuse et nasale chez l'autre. Et pourtant, le Zim semble prendre goût à l'interprétation des grands standards américains popularisés par le crooner de légende. Sur son nouvel album qui sort vendredi, Bob Dylan pioche à nouveau dans ce riche répertoire.

Des réinterprétations dépouillées

Sur son précédent album "Shadows In The Night", paru l'an dernier, Bob Dylan, qui aura 75 ans le 24 mai, interprètait des standards américains popularisés par Sinatra, avec un dépouillement classiquement "dylanien". Il remet ça avec "Fallen Angels".

Le 37e album studio de la légende du folk, débute avec "Young At Heart", chanson-titre du film tourné par Sinatra en 1954 avec Doris Day, fréquemment reprise depuis. Mais alors que la version originale était traversée d'orchestrations lumineuses, en écho à des paroles rêvant d'une vie qui durerait jusqu'à 105 ans, Dylan y met beaucoup plus de nuances: la chanson semble ici davantage celle d'un cow-boy solitaire plongé dans ses réflexions, sur un air de "steel guitar", la guitare de la musique country.

L'ambiance sombre, voire vaporeuse, de "Fallen Angels" est plus perceptible encore sur "Melancholy Mood", l'un des titres les plus tourmentés du vaste répertoire de Sinatra.

Un des titres de son précédent album de reprises de standards popularisés par Sinatra

Bannir la nostalgie et se renouveler

Enregistré entre les nombreux shows qu'il continue de donner dans le cadre de son "Never Ending Tour", ce disque montre l'envie de Dylan de continuer à sortir des sentiers battus et se renouveler. A l'instar de ses concerts où il préfère largement présenter ses nouvelles chansons, reprenant très peu de ses anciens tubes, comme ceux du célèbre album "Blonde on Blonde" dont on fête ces jours-ci le 50e anniversaire.

Ce nouvel album, où Dylan ne se contente pas des chansons les plus connues de Sinatra, tourne autour du désir, comme dans la chanson "On a Little Street in Singapore". Dylan, malgré le renfort de six musiciens, privilégie l'économie et le côté direct, la délicatesse de sa guitare prenant les intonations d'un Django Reinhardt sur "Polka Dots and Moonbeams".

Et puis il y a évidemment la voix de Dylan, plus nasale que jamais sur le titre "Skylark", un autre standard américain chanté notamment par Bing Crosby et Ella Fitzgerald, mais le seul des douze titres de l'album jamais repris par Sinatra.
La pochette de "Fallen Angels" de Bob Dylan

Dylan rêvait de reprendre les chansons de sa jeunesse

Dans une interview accordée l'an dernier au magazine de l'AARP, l'association américaine des retraités, Dylan expliquait avoir toujours voulu enregistrer ses propres versions des chansons de sa jeunesse. Exprimant au passage sa déception à propos de projets similaires, comme celui de Rod Stewart qui s'était, selon lui, trop reposé sur la technique et les orchestrations. Ce sont des chansons, rappelait-il, que le rock n'est pas arrivé à faire oublier.

Le centenaire de la naissance de Frank Sinatra, largement célébré l'an dernier, a prouvé que personne n'a oublié le roi des crooners (mort en 1998), qui fut surnommé "The Voice". "Je n'ai jamais acheté un disque de Frank Sinatra", racontait Dylan. "Mais vous l'entendiez de toute façon, dans la voiture, dans les jukebox... Vous connaissiez Frank Sinatra quel que soit votre âge. C'est certain, il était moins vénéré dans les années 60 que dans les années 40, mais il n'a jamais disparu".

"Fallen Angels" de Bob Dylan (Columbia/Sony) sort vendredi 20 mai 2016