"Blue and Lonesome", les Stones et leur passion pour Chicago

Par @Culturebox
Publié le 26/11/2016 à 11H20
Les Rolling Stones au Maracana, à Rio de Janeiro (20 février 2016)

Les Rolling Stones au Maracana, à Rio de Janeiro (20 février 2016)

© Antonio Lacerda / SIPA

Retour aux sources et bain de jouvence : onze ans après leur dernier album studio, les inusables Rolling Stones reviennent avec "Blue and Lonesone", dans les bacs le 2 décembre, un disque de reprises de standards du Chicago blues qui a nourri leur musique.

Du blues mais pas n'importe lequel : celui qui a pris son essor à Chicago dans les années 50 en raccordant les guitares à l'électricité, ouvrant la voie au rock'n roll. Ses figures emblématiques se nomment alors Little Walter, Eddie Taylor, Howlin' Wolf, Magic Sam, Jimmy Reed, Willie Dixon, Muddy Waters... 
 
Afin de boucler la boucle, les vétérans britanniques ont donc décidé de reprendre les chansons qui les faisaient vibrer gamins lorsqu'ils s'escrimaient au début des années 60 dans les pubs de l'ouest londonien. Soient douze titres, enregistrés en à peine trois jours en décembre 2015, aux British Grove Studios, non loin justement des clubs de leurs débuts. A l'origine, pourtant, ce 23e album devait être celui de compositions nouvelles, une décennie après le dispensable "A Bigger Bang". Mais en studio l'inspiration peine à monter. Keith Richards, qui venait de sortir deux mois plus tôt son troisième album solo, le bluesy "Crosseyed Heart", propose alors à ses partenaires de jouer "Blue and Lonesome", de Little Walter. "C'est un super morceau pour s'échauffer en studio ou quand on sèche sur une chanson", raconte au NY Times le guitariste au bandana et aux bagues de têtes de morts. "Nous le jouons, ça sonne super bien et c'est là que Mick nous dit faisons Howlin' Wolf. Et ça a décollé comme ça."

 

Little Walter, génial harmoniciste

 
La spontanéité est palpable à l'écoute de ces morceaux, qui sonnent forcément un peu plus électriques que les versions originelles. Le son, en revanche, est loin d'être propre. Peut-être une volonté de restituer l'ambiance des clubs du West Chicago où la chaleur compte plus que l'acoustique. Il y a pourtant une production derrière ce disque, notamment assurée par Don Was qui accompagne le groupe depuis plus de vingt ans. Elle est essentiellement effective sur la voix trafiquée (fatiguée ?) de Mick Jagger, 73 ans.
 
Mais dans cette session, le chanteur montre un réel talent à l'harmonica, très présent sur les reprises de Little Walter. Les quatre chansons de ce génie éphémère du blues, décédé à 38 ans, en 1968 à Chicago, après une bagarre de rue, s'avèrent être les meilleures: "Just Your Fool", "Blue And Lonesome", "I Gotta Go" et "Hate To See You Go". S'il y a un bienfait à cet album, c'est de donner envie de (re)découvrir cet harmoniciste hors pair. Sur ces chansons, les Stones convainquent.
 
Mais si "Everything Knows About My Good Thing" de Little Johnny Taylor, sur lequel Eric Clapton a été invité à rappeler sa dextérité guitare à la main, est une autre réussite, l'autre moitié de l'album laisse un souvenir moins impérissable. Néanmoins, sur chaque morceau, ponctué de petits coups de cymbales du métronome Charlie Watts, 75 ans, il y a comme une fraicheur retrouvée chez les Londoniens. "Les chansons sonnent parfaitement authentiques, nous avons joué exactement comme un groupe de Chicago", se félicite Keith Richards, 72 ans. Au point de les défendre sur scène en 2017 ? "Dans un stade, ce sera difficile à faire", estime Jagger. "Peut-être que dans un petit club, si on nous demandait de jouer doucement - enfin si c'est possible-, nous pourrions probablement le faire."