Bertrand Cantat sort de son silence : "je sais que j'ai commis l'irréparable"

Par @Culturebox
Mis à jour le 25/10/2013 à 16H44, publié le 22/10/2013 à 19H12
Bertrand Cantat aux Eurockéeennes 2012 lors d'un concert avec Amadou et Mariam

Bertrand Cantat aux Eurockéeennes 2012 lors d'un concert avec Amadou et Mariam

© POL EMILE/SIPA

Bertrand Cantat parle pour la première fois de la mort de Marie Trintignant dans un long entretien aux Inrockuptibles publié mercredi. Il s'y exprime "Sur Vilnius, l’amour fou, la mort de Marie Trintignant, sa culpabilité de tous les instants, ses remords éternels, le suicide de Krisztina Rády ou, aussi dérisoire soit-elle au regard du désastre, la fin de Noir Désir", détaille le journal.

Cantat dit avoir été "dépossédé" du drame
"Je ne suis pas dans le déni de ce qui s'est passé, je sais que j'ai commis l'irréparable", déclare-t-il aux Inrockuptibles, dix ans après que l'actrice a succombé sous ses coups à Vilnius. "Je n'ai jamais fui ma responsabilité. Sauf peut-être en cherchant à mourir", ajoute le chanteur.
"Dès la première seconde, j'ai été dépossédé de l'histoire, du drame lui même", dit-il aussi. "J'ai très vite compris que mon histoire allait m'être volée. Ma vision, mon témoignage n'ont pas eu droit de cité : on est immédiatement dans le médiatique, le spectaculaire, on ne veut ma parole que pour alimenter le cirque. Et dans ces conditions, pas question, j'ai essayé de garder de la décence."
   
Bertrand Cantat a été condamné à huit ans de prison pour le meurtre en 2003 de sa compagne, Marie Trintignant. Il a été libéré en 2007 et est resté discret sur ce drame. Jusqu'en août 2010, un contrôle judiciaire lui imposait de s'abstenir de produire tout ouvrage ou oeuvre audiovisuelle liée à la mort de Marie Trintignant et de ne pas s'exprimer publiquement sur ces faits.
   
Dans Les Inrockuptibles, le chanteur  qui publiera le 18 novembre un nouvel album avec Pascal Humbert sous le nom de Détroit, évoque également le suicide de son épouse et mère de ses deux enfants Kristina Rady, en 2010. Le parquet de Bordeaux a indiqué la semaine dernière qu'il allait faire auditionner un ancien compagnon de Kristina Rady, qui estime que la jeune femme a pu en arriver là après des violences conjugales.
   
"Abject d'être devenu le symbole de la violence contre les femmes"
"Chaque proche se demande ce qu'il n'a pas vu, pas fait ou fait... Moi le premier, mais les raccourcis et les accusations délirantes me concernant sont inacceptables", dit Bertrand Cantat. "C'est affreux, abject d'être devenu le symbole de la violence contre les femmes", estime-t-il.
   
Dans un éditorial, Jean-Daniel Beauvallet, qui a réalisé l'interview, précise que le musicien s'est confié pendant "trois heures" et ne s'est "jamais défilé".

"En vous fixant de son regard délavé, il demande juste le pardon de ceux que son geste de folie a entraînés dans ce tourbillon de malheur et de vies brisées. Il le sait, de toutes les prisons, il en est une dont il ne sortira jamais vivant : Bertrand Cantat", conclut l'éditorial.
Le drame de Vilnius reste un sujet extrêmement sensible dans l'opinion,  ravivé par le suicide de Kristina Rady en 2010. Selon un sondage BVA – Le Parisien, plus de trois Français sur quatre qui connaissent Bertrand Cantat en ont une "mauvaise opinion".

La réaction de Jean-Louis Trintignant

De son côté, Jean-Louis Trintignant, père de Marie Trintignant, "croyait que Bertrand Cantat allait se suicider" après l'avoir tuée, mais "il ne l'a pas fait. C'est son problème", a-t-il déclaré mardi soir sur Europe 1. "J'ai essayé de ne pas l'accabler. Franchement, c'est quelqu'un pour qui je changerais de trottoir si je le voyais (...) Je l'ai rayé de ma vie (...) Je ne peux pas dire que c'est de la haine. C'est quelqu'un que je ne veux pas rencontrer", a ajouté l'acteur.